La crise que nous vivons est-elle une crise de civilisation ? La perte de valeurs que je constate comme vous, à chaque niveau de la société, individuel, familial et collectif, semble bien l’indiquer. Qu’est ce qui nous unit encore ?
Sur le plan sociétal d’abord. Nous avons sous les yeux le résultat de l’incapacité du monde des adultes, et plus précisément des parents, à transmettre les valeurs qui nous ont forgés – respect, travail, droiture – aux générations suivantes. Cela se traduit en ultra-violence des mineurs. Avec un système judiciaire qui paraît impuissant à mettre fin à des parcours de délinquance débutés parfois à douze ans. Ne pensez-vous pas que c’est tout notre modèle d’autorité qui est en faillite ? Les enfants ont littéralement « licencié » leurs parents, comme le décrypte Alain Bauer, professeur de criminologie, dans son dernier livre*.
Sur le plan économique, la France semble à l’arrêt. Le niveau d’épargne atteint un taux record : c’est vous dire si les Français ont confiance en l’avenir ! Il y a aussi la révolte des grands patrons qui, à l’unisson de Bernard Arnault, dénoncent la folie des taxes d’un État autophage menaçant la production française. J’ai parfois l’impression que notre pays marche sur la tête et que l’on cherche à casser ce qui fonctionne, pour permettre aux dysfonctionnements de perdurer.
L’impuissance de nos dirigeants se lit cruellement dans l’impuissance de l’État à se réformer
Autre constat, les incendies criminels d’églises sont en hausse de 30 % l’an dernier, les actes d’antisémitisme explosent, les cimetières sont profanés : autant de signes de décivilisation, terme repris par Emmanuel Macron lui-même.
Et lorsque je vois l’état de l’Éducation nationale, déboussolée à force d’injonctions contradictoires venues de ministres éphémères (sept en deux ans), rien d’étonnant à ce que l’on ne sache plus former les consciences et les esprits de nos enfants, dès lors que l’on n’arrive plus à se faire respecter d’eux. L’appauvrissement du langage, l’abaissement de la capacité à réfléchir et à penser parfois contre soi-même, à débattre tout simplement, font que les discours raisonnables sont balayés. Nous vivons un temps déraisonnable, comme le chante le poème d’Aragon. Seuls émergent les discours les plus courts – à tous points de vue – et les plus radicaux, véhiculés par des activistes enragés.
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Sur le plan politique, enfin. La dissolution a achevé de diluer ce qui restait du pouvoir exécutif du président de la République. Le Parlement s’est retrouvé éparpillé façon puzzle. Le 49.3 est devenu l’arme du pauvre, qui permet de faire passer les textes à la hussarde. La responsabilité est devenue l’irresponsabilité. Et l’impuissance de nos dirigeants se lit cruellement dans l’impuissance de l’État à se réformer.
Si tous les critères de la crise de civilisation semblent remplis – j’ajoute à la liste le culte de la mort plutôt que de la vie –, il n’en reste pas moins que la nôtre bouge et respire encore. Alors avant l’effondrement, soyons optimistes, il nous reste encore l’option du sursaut !
*Alain Bauer, La Conquête de l’Ouest, Fayard.
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