Il est rare qu’un discours prononcé par un représentant américain suscite un tel écho en Europe, mais le vice-président J.D. Vance, à Munich, a prononcé des mots qu’il serait fou de balayer d’un revers de main comme certains sont tentés de le faire aujourd’hui. En règle générale, je me méfie des leçons venues de l’étranger, tout particulièrement lorsqu’elles viennent des États-Unis. En l’occurrence, ce discours mérite une réflexion approfondie.
L’ironie, c’est que ces avertissements, bien qu’émanant d’un Américain, auraient dû être prononcés par un Européen, voire un Français. Si certains points de son allocution auraient eu plus de poids venant de nos propres élites, force est de constater qu’ils mettent en lumière des réalités européennes qui ne sauraient être ignorées.
Le premier point notable, et qui mérite notre attention, est la mise en garde du vice-président sur la fracture grandissante entre les élites et le peuple. À ce sujet, Vance a raison : « Les élites ne doivent pas se couper du peuple ». Ce n’est pas un discours démagogique. C’est un discours de démocrate. L’argument est simple et implacable : un écart croissant entre une élite déconnectée et des peuples en souffrance est une menace pour la démocratie.
En Europe, cette fracture est désormais manifeste. Les questions liées à l’immigration, à l’identité, aux inégalités sociales et bien d’autres encore, illustrent ce fossé grandissant. Une société qui ne comprend pas les aspirations de son peuple court le risque de voir s’installer « la défiance » pour employer un mot à la mode. Une défiance qui fragilise la démocratie, engendre la démobilisation électorale, et finit par ouvrir la voie aux « populistes ». C’est là que réside le danger : un système démocratique affaibli, où les citoyens se sentent éloignés des centres de pouvoir.
Quel comble ! Se faire aujourd’hui traiter de réac simplement parce qu’on défend la démocratie
Le paradoxe d’aujourd’hui est que ce discours de Vance, pourtant fondé sur des principes démocratiques essentiels, a été immédiatement rejeté par certains comme émanent d’un « conservateur dangereux ». Quel comble ! Se faire aujourd’hui traiter de réac simplement parce qu’on défend la démocratie, le respect de la souveraineté populaire, ou la liberté d’expression, est une dérive plus qu’inquiétante. Au nom de la bien-pensance, certains n’hésitent plus à traiter comme archaïques et rétrogrades des valeurs pourtant fondamentales de nos démocraties. En somme, aujourd’hui, le respect des libertés est perçu comme suspect. Voltaire lui-même, serait-il, de nos jours, accusé de conservatisme ? Cela prêterait à rire, si ce n’était pas aussi inquiétant.
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Le problème avec ceux qui critiquent le discours de Vance en Europe, c’est qu’ils ignorent sciemment ou non, une part considérable des aspirations populaires du continent. L’Europe, avec ses institutions en déclin démocratique, devrait cependant considérer ses avertissements avec plus de discernement. En effet, les institutions européennes, tout sauf démocratiques, ne font pas suffisamment de place à la libre expression des peuples. L’Union européenne, tout en prônant des principes de liberté et d’unité, a trop souvent tendance à ignorer les désirs profonds des nations. Ce déni de démocratie est l’une des raisons pour lesquelles le populisme est en forte croissance. Ceux qui gouvernent à l’insu de leurs peuples rendent service à ceux qui prônent la rupture avec le système. Au contraire, il serait plus sage de renouer avec la volonté populaire et de respecter la souveraineté des nations.
Loin d’être l’ennemi que certains veulent en faire, JD Vance incarne une voix qui plaide pour une politique plus enracinée dans la réalité des peuples. Ce que Vance défend, c’est la voix de ceux que l’on a trop souvent oubliés dans les grandes métropoles et les cercles décisionnels. Ce sont eux qui, au final, font la grandeur de la démocratie. C’est donc à l’Europe de prendre ce discours au sérieux et de remettre les peuples au cœur de ses préoccupations. Si l’on ignore la montée des tensions sociales, des frustrations populaires, et des fractures identitaires, on court droit vers un délitement des valeurs démocratiques.
Le vice-président Vance conclut son discours par une note essentielle, qui mérite toute notre attention : « Croire en la démocratie, c’est comprendre que chacun de nos citoyens a de la sagesse et une voix. Et si nous refusons d’écouter cette voix, même nos combats les plus fructueux n’aboutiront à rien. » Cette conviction, qu’il articule avec une simplicité frappante, rappelle l’essence même de la démocratie : la reconnaissance de la sagesse du peuple et la nécessité de lui accorder une place dans le débat politique. Nous ne devons pas avoir peur de notre peuple, même lorsqu’il exprime des opinions qui ne sont pas en accord avec ses dirigeants. L’acceptation de cette pluralité d’opinions, parfois discordantes, est ce qui permet à une démocratie de respirer et de rester vivante.
Le modèle européen doit apprendre à écouter les voix dissidentes et à cesser de considérer ses propres peuples comme des adversaires
Aujourd’hui, plus que jamais, le modèle européen doit apprendre à écouter les voix dissidentes et à cesser de considérer ses propres peuples comme des adversaires. Le discours de JD Vance à Munich n’est pas une attaque contre l’Europe, mais un appel à l’urgence de restaurer un véritable dialogue démocratique entre les élites et les citoyens. Ignorer cet appel serait une grave erreur, qui affaiblirait encore un peu plus l’âme démocratique du Vieux Continent.
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