C’est un joli pied de nez au destin. Fin 2010, quelques mois avant que Pyeongchang, en Corée du Sud, ne soit désignée ville hôte des Jeux de 2018, Edgar Grospiron, conscient des faiblesses du dossier français, avait démissionné de son poste de directeur général de la candidature d’Annecy.
Quinze ans plus tard, le fantasque roi des bosses d’Albertville en 1992 retrouve les sommets, puisqu’après le désistement de dernière minute de l’ex-biathlète Martin Fourcade, « Crazy Eddie » prendra officiellement, mardi à Lyon, la tête du comité d’organisation des Alpes françaises 2030. Bernard Accoyer, qui fut pendant près de vingt-cinq ans député haut-savoyard et président de l’Assemblée nationale de 2007 à 2012, connaît très bien Egdar Grospiron. Ils ont d’ailleurs travaillé ensemble lors de la candidature ratée d’Annecy. Pour lui, c’est l’homme de la situation.
Avec Grospiron, une amitié de plus de trente ans
« Edgar est un garçon qui a toutes les qualités pour porter un tel projet. C’est un ancien très grand champion qui a su, après avoir atteint le plus haut niveau, se reconstruire après une opération et revenir tout en haut [un an après son titre olympique, il subit une intervention au genou et décroche malgré tout le bronze à Lillehammer en 1994, NDLR]. Cela démontre le courage du personnage. Il est charismatique et fait passer les messages facilement. Sa reconversion professionnelle [comme conférencier] est une réussite. Ce n’est pas un garçon conflictuel. Au contraire, il est capable de rassembler et ce sera nécessaire après les petits atermoiements qu’on a connus. »
Le désistement de Martin Fourcade
« Vous savez, je regarde ça de ma fenêtre. C’est sûr que Martin aurait été le candidat idéal. Il a renoncé pour des raisons qui lui sont propres et qu’il faut respecter [Fourcade n’est pas parvenu à s’entendre avec certains élus]. Je suis assez optimiste pour la suite, même si j’aurais voulu éviter ce petit retard dans la constitution de l’équipe qui conduira le projet jusqu’en 2030. »
Un dossier trop politique ?
« Edgar Grospiron est tout le contraire d’un politique. Il a été sur ma liste aux élections municipales en 2008 mais il était en dernière position, inéligible. Il n’a pas d’engagement officiel. Après, dans une candidature olympique, il y a toujours des élus qui portent le projet, comme ici les présidents des deux régions que sont Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Je ne sens pas de tensions entre eux et le monde de la montagne. »
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2030, c’est déjà demain
« Bien sûr, les délais sont extrêmement serrés. Mais on l’a vu avec la reconstruction de Notre-Dame, avec de la volonté, on peut y arriver. Il faudra que tout le monde s’y mette et que l’État accepte qu’on passe parfois au-dessus d’un certain nombre de ces procédures interminables dont la France a la spécificité et qui paralysent bien souvent des domaines entiers. Je pense à l’aménagement, au développement industriel, à la mise à niveau d’équipements importants. Connaissant bien la ténacité des gens de la montagne, je suis persuadé que 2030 sera une réussite. »
L’échec d’Annecy 2018
« Au départ, c’était une idée de campagne municipale de Jean-Luc Rigaut [ancien maire de la ville]. Il avait mis ça dans son programme électoral. Ce n’était pas l’idéal parce qu’en réalité, une candidature aux JO s’anticipe avec les membres du Comité international olympique. Celle d’Annecy 2018 était, si j’ose dire, mal née. Évidemment, je l’ai soutenue autant que j’ai pu, même si je n’étais pas à la manœuvre. Au niveau central, c’était Jean-Luc Rigaut et le président du conseil départemental de Haute-Savoie qui étaient derrière. Il y avait même quelques tensions entre les deux. »
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