
Le monde est unanime, la France a organisé de magnifiques Jeux olympiques et paralympiques en 2024. Que d’émerveillements devant Céline Dion, trônant en haut de la Tour Eiffel, le tir à l’arc aux Invalides, le cyclisme sur route à Montmartre, les épreuves de triathlon dans la Seine, la voile à Marseille, le football dans des enceintes neuves en province ou encore la grande vague de Teahupo’o, pour ne citer qu’eux ! Il y a bien sûr eu quelques ratés dans la cérémonie d’ouverture, dont je m’inquiétais déjà dans une tribune publiée le 19 juillet dernier, heureusement rapidement éclipsés par les performances remarquables de nos athlètes.
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Nous avons encore une fois démontré au monde entier que la France savait organiser des grands événements sportifs internationaux, elle qui est déjà à l’origine des plus grands d’entre eux (JO modernes, Coupe du monde de foot, Tour de France…). Ce savoir-faire a manifestement aidé à remporter l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver en 2030 qui se tiendront dans les Alpes françaises (Rhône-Alpes et Côte d’Azur).
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La candidature du président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), Monsieur David Lappartient, à la présidence du CIO, qui se décidera lors de la 144e Session en Grèce du 18 au 21 mars 2025, et ses chances réelles de succès, pourraient nous laisser croire que la France est sur le toit du monde et qu’elle utilise avantageusement le sport afin de renforcer son soft power, c’est-à-dire son rayonnement et son influence à l’international. Pourtant, cette question de l’héritage de ces Jeux et de la stratégie sportive à l’international de la France pose question, les deux étant finalement intimement liés.
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La France manque de clubs, d’équipements sportifs, d’éducateurs et de structures adaptées
En effet, les Jeux de Paris 2024 ont suscité un engouement fort pour la pratique sportive, ce qui se manifeste par la hausse des demandes d’inscription dans toutes les disciplines (olympiques et paralympiques). Néanmoins, la France manque de clubs, d’équipements sportifs, d’éducateurs et de structures adaptées pour répondre à cette demande croissante que les pouvoirs publics ont pourtant, et à juste titre, poussée.
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Ainsi, le projet de loi de finances 2025 a été vécu comme un coup de Trafalgar par tous les acteurs de la filière car il prévoyait une réduction de 100 millions d’euros du budget du ministère des Sports qui ne représente pourtant que 0,2 % du budget de l’État. Pire, le gouvernement avait même déposé un amendement pour une réduction supplémentaire de 34 millions d’euros, heureusement rejeté par le Sénat et par la Commission Mixte Paritaire qui a suivi. C’est dire l’ambition de l’exécutif pour ce fameux héritage des Jeux. La grande nation sportive, ce n’est pas pour maintenant.
Pourtant, investir dans le sport, c’est construire une société plus saine et plus solidaire. C’est aussi préparer nos champions de demain. Et si ce désengagement ne concernait pas uniquement les affaires intérieures de la France ?
En effet, rogner le budget de l’avenue de France, c’est aussi remettre en cause nos politiques stratégiques de rayonnement à l’étranger. Depuis plusieurs années, le ministère, l’Agence nationale du sport (son bras armé) et le CNOSF ont noué un partenariat autour de la French Sport Touch qui comprend plusieurs programmes : le Parcours Ambition Internationale, pour former les dirigeants français et les accompagner dans leurs candidatures pour prendre la tête d’organisations internationales. Ce programme a porté quelques fruits notables avec des victoires françaises pour les têtes de l’UCI, la Fédération Internationale de Hockey sur Glace, la Fédération Européenne de Canoé-Kayak, de Surf… Sans oublier les relations avec les unions sportives francophones, sujet ô combien stratégique pour maintenir (sauver ?) les relations de la France avec le continent africain, mises à mal par la politique du président de la République Emmanuel Macron.
Investir dans le sport, c’est construire une société plus saine et plus solidaire
La French Sport Touch réunit également Business France et de nombreux acteurs économiques français dont certains fleurons du BTP et de l’innovation. Par la voie de la diplomatie sportive, et aux côtés du Quai d’Orsay qui met à disposition un ambassadeur du Sport, un vrai diplomate de carrière, nos entreprises peuvent acquérir des parts de marché dans nombre de pays clés qui organiseront de grands événements sportifs à l’avenir.
L’enjeu va donc bien au-delà de simples lignes d’un tableur Excel. Une économie de quelques dizaines de millions d’euros – une goutte d’eau même dans le difficile contexte économique que nous connaissons – c’est un recul international net de la France. Dernière désillusion en date : alors que les Comités Olympiques Européens (COE), sorte d’Union Européenne du Sport, renouvellent leur exécutif du 28 février au 1er mars prochain, la France n’a envoyé aucun candidat ! En conséquence, le CNOSF, et donc la France, vont disparaître de l’instance européenne du sport durant les quatre prochaines années. C’est clairement un échec qui ne devra pas se répéter à l’avenir.
Pour cela, il ne faudra pas abandonner nos ambitions et nos programmes pour accompagner nos dirigeants dans leurs prises de poste dans les organisations internationales et pour continuer à accueillir des grands événements sportifs. En accueillant les Jeux d’hiver en 2030, la France a une responsabilité historique majeure pour réinventer ces Jeux, qui ne concernent que 91 pays du monde (climat et géographie obligent), dont seulement cinq États africains.
Pourquoi ne pas, par exemple, intégrer des disciplines indoor pour concerner le monde entier ? Il nous faudra investir dans cette réflexion pour demeurer fidèles à l’esprit visionnaire du baron Pierre de Coubertin, à l’image de ce que nous fûmes pour nos Jeux d’été de Paris. Réussir l’héritage des Jeux de Paris 2024, c’est devenir une nation sportive qui forme et promeut ses athlètes et ses dirigeants pour peser dans le mouvement olympique et rayonner encore davantage.
*Aymeric Durox est sénateur Rassemblement national de Seine-et-Marne et vice-président du groupe RN au Conseil régional d’Île-de-France.
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