Il y a trop de talents à droite. Deux ans avant l’élection présidentielle, ce drôle de constat, qui en d’autres circonstances apparaîtrait comme une formidable opportunité, représente en réalité le pire poison pour une famille politique. Il suffit de regarder ce qui s’est passé cette semaine pour se rendre compte que, décidément, la droite ne changera jamais.
Tandis que les Français ont le nez dans le guidon et surtout dans leurs problèmes, deux poids lourds des Républicains ont choisi ce moment précis pour se disputer le parti. Bien sûr, il y a rarement un agenda idéal pour afficher ses ambitions et sortir ses crocs, toutefois Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont décidé de dégainer au moment même où la droite LR commençait un peu à sortir la tête de l’eau grâce aux derniers succès électoraux, notamment à Villeneuve-Saint-Georges face à La France insoumise. Pour les avoir souvent interviewés, je ne trouve aucune différence indépassable sur les grands sujets de fond entre les deux hommes. Tout est affaire de nuance.
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À tort ou à raison, un procès d’insincérité a toujours collé à la peau de Laurent Wauquiez alors que Bruno Retailleau est parfois crédité, à l’inverse, d’une cohérence presque trop rigide entre ce qu’il dit et ce qu’il incarne. Sans aller jusqu’à sonder les reins et surtout les cœurs, l’étiquette de non franchise accolée au chef de file des députés de la Droite républicaine à l’Assemblée est assez injuste quand on connaît l’homme depuis des années. Toutefois, son talent à se faire des ennemis, y compris et surtout dans son camp, vient trop souvent assombrir le profil de premier de la classe qu’il est toujours resté.
Du côté du premier flic de France, l’image de rigidité qui lui est trop vite associée est trompeuse pour qui sait combien l’élu de Vendée sait faire preuve d’intelligence et de sensibilité derrière son ascétisme de façade. Malgré toutes ces qualités réunies dans un même parti, le scénario du film reste toujours le même à droite. Seul le nom des prétendants change au fil du temps. « On va se diriger vers la cent-cinquantième guerre des chefs », a ironisé Jordan Bardella en regardant avec gourmandise le remake de la bataille des chefs à plume LR.
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Le duel à fleurets mouchetés entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau risque de virer à la bastonnade
N’oublions pas au passage les caractères qui ne cessent de s’affirmer comme le président de l’Association des maires de France David Lisnard reconnu pour sa constance à pourfendre le délire bureaucratique français. J’ajouterai au portrait du maire de Cannes une propension à la modestie qui étonne et détonne. Finalement, tous ces talents vont se neutraliser plutôt que s’additionner. C’est le mal qui ronge le parti de droite, bonapartiste jusqu’à la moelle, et pourtant incapable de faire émerger un seul et unique chef qui s’imposerait à tous.
En attendant, le duel à fleurets mouchetés entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau risque de virer à la bastonnade. Le premier ne supportant pas l’idée de ne pas être le candidat naturel de son camp après avoir patiemment attendu sur son Aventin rhônalpin et le second se voyant enfin en haut de l’affiche après des années à trépigner derrière les murs épais du Sénat. Ces deux-là ont tout pour réussir ensemble. Ils auraient même pu conclure un pacte faustien en confiant à l’un les rênes du parti et à l’autre la conquête de l’Élysée. Mais rien ne se passe jamais en bonne entente chez les Républicains. Et surtout, quand il s’agit d’une histoire d’hommes. Pardonnez-moi cette réflexion que vous jugerez peut-être sexiste à l’endroit des mâles, mais je trouve qu’il manque une sacrée bonne femme pour relever le niveau. Qu’aurait dit Marie-France Garaud si elle était encore de ce monde et encore aux affaires face à une telle situation ? Elle qui avait fait, avec Pierre Juillet, de Chirac son poulain, qu’aurait-elle pensé des profils actuels de la droite ?
Nous manquons de ces personnalités hors-normes capables de siffler la fin de la récréation au nom de l’intérêt général de la France. Pour le peuple de droite, il faut espérer que Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez finissent par s’entendre. Pour le reste, on se souviendra encore longtemps que Marie-France Garaud était en réalité le vrai chef de guerre de la droite. Femme ou homme, peu importe, elle savait d’une phrase tout dire d’une situation comme cette fois où elle rappela à la télévision cette citation du cardinal de Retz pour mieux résumer la situation du gaullisme. « Les grands noms sont toujours de grandes raisons aux petits génies. »
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