
Dix membres du comité de soutien de l’écrivain Boualem Sansal, incarcéré depuis plus de trois mois, ont adressé une lettre ouverte au président de la République pour lui demander de cesser sa « bienveillance constante » à l’égard de l’Algérie. Il en va, expliquent-ils dans ce courrier publié par Le Figaro, de la survie de Boualem Sansal et de l’honneur de la France.
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Dans ce texte, les membres du comité affirment que Boualem Sansal, âgé de 75 ans, est devenu l’otage d’un régime algérien qui bafoue la liberté d’expression – « le bien le plus précieux de l’homme », selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ils dénoncent l’arrestation de l’écrivain à l’aéroport d’Alger, qui, selon eux, ne repose sur aucun fondement juridique, mais uniquement sur la force d’un pouvoir militaro-policier.
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La seule « faute » de l’écrivain, pour les auteurs du texte, résiderait dans sa volonté d’écrire en français, de publier en France et d’alerter sur les dérives susceptibles de mener à un basculement similaire dans l’Hexagone à celui vécu lors de la guerre civile en Algérie. « Boualem Sansal est puni d’être un défenseur de la liberté. Il paie de sa personne pour défendre la nôtre », estiment-ils. Le comité rappelle à Emmanuel Macron que leur « ami »est français et bénéficie des mêmes droits que tout autre citoyen, notamment celui d’être protégé. « Sinon, que vaut la naturalisation si elle ne permet pas de bénéficier de la même protection en cas de danger sur sa personne que tous les autres Français ? Il s’agirait donc d’une naturalisation de papier ? », s’interroge-t-il.
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Le comité de soutien redoute la mort de l’écrivain
« Si tant est que Boualem Sansal, gravement malade, survive à son incarcération, ce simulacre ne pourrait que conduire à la rupture des liens entre nos deux pays », alertent les signataires. Et à quiconque invoquerait la souveraineté algérienne dans cette affaire, ils répondent : « Est-ce au nom de la souveraineté que le pouvoir algérien met au cachot des missionnaires religieux ou fait condamner des caricaturistes réfugiés en France, tel Ghilas Aïnouche, à des peines hallucinantes de 20 ans de prison pour de simples dessins ? »
« Solder ses principes n’est pas une option pour la France »
« Boualem Sansal est la victime sacrificielle et emblématique d’une relation empoisonnée par une mémoire hémiplégique que vous avez fort justement qualifiée en octobre 2021 de “rente mémorielle” », regrettent les signataires. Ils enjoignent au président de la République de « défendre nos principes face à un pouvoir qui, à travers Boualem Sansal, cherche à humilier la France ». Céder à une politique de compromis ne ferait que saluer la « falsification de l’histoire » et affaiblir l’honneur national, préviennent-ils.
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« Amadouer le pouvoir algérien ne fonctionne pas »
Quant aux responsables qui prônent la « discrétion » face à la détention de l’écrivain, une posture jugée inacceptable par les auteurs, le comité met en garde : « Derrière la soumission, l’histoire nous enseigne qu’il peut y avoir l’infamie et en l’occurrence le risque d’une tache indélébile dans l’histoire des relations entre la France et l’Algérie. » Son appel est clair : il est temps pour l’exécutif français de reconsidérer sa position et d’exercer « tous les leviers possibles » pour éviter l’irréparable. « L’incarcération sans fin de Boualem Sansal, voire sa mort. »
« Amadouer le pouvoir algérien ne fonctionne pas », concluent les signataires, suggérant d’autres pistes au chef de l’État : « Visas, fin de l’accord de 1968… » Parmi les signataires figurent Noëlle Lenoir, présidente du comité, Arnaud Benedetti, Georges-Marc Benamou, Kamel Bencheik, Jean-Michel Blanquer, Lyne Cohen-Solal, Xavier Driencourt, Alexandre Jardin, Alexis Lacroix ou encore Stéphane Rozès.
Pour rappel, Boualem Sansal, écrivain critique du pouvoir algérien, a été arrêté le 16 novembre dernier en Algérie. Il est poursuivi au titre de l’article 87 bis du Codé pénal. L’auteur de 2084 : la fin du monde est accusé « d’acte terroriste ou subversif, visant la sûreté de l’État, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ». Selon Le Monde, le pouvoir algérien aurait mal pris des déclarations de l’artiste au média Frontières, sur le fait que le territoire du Maroc aurait été tronqué sous la colonisation française au profit de l’Algérie. Le 6 janvier dernier, devant les ambassadeurs français réunis à l’Élysée, Emmanuel Macron a estimé que l’Algérie se « déshonorait » en retenant en détention Boualem Sansal. De son côté, Abdelmadjid Tebboune a qualifié l’écrivain « d’imposteur » envoyé par la France.
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