De Nick Broomfield. 1h38.
Peu probable que le nom du coupable vous soit dévoilé à la fin de ce brillant documentaire : la mort de Brian Jones, retrouvé le 3 juillet 1969 noyé dans sa piscine, c’est le crime de l’Orient-Express. De Mick Jagger à Keith Richards en passant par le manager Andrew Loog Oldham, aucun n’a les mains propres. Tous ont planté un coup de couteau à ce gars de 27 ans qui, en fondant les Rolling Stones, s’est créé une nouvelle famille après avoir été chassé de la sienne. Nourri de témoignages et d’archives exceptionnels jusqu’à la voix du père de Brian Jones, ce film raconte surtout comment de jeunes loups de la classe ouvrière sont venus à bout d’un gamin issu de la bourgeoisie dans l’Angleterre de l’immédiat après-guerre. Éjecté de son propre groupe, Brian Jones finira, comme tous les animaux rejetés de leur meute, par aller se cacher dans la forêt pour y mourir. L. P.
[embedded content]
Mercato ★★★
De Tristan Séguéla, avec Jamel Debbouze, Monia Chokri. 1h59.
Agent chevronné sur le déclin depuis les déboires de son joueur vedette écarté du Paris Saint-Germain, Driss a sept jours, soit jusqu’à la fin du Mercato, pour réaliser le transfert qui lui permettrait de rembourser l’argent que lui réclament des voyous. Metteur en scène de comédies, si l’on excepte la très réussie série Tapie (2023), Tristan Séguéla change de registre avec ce thriller tendu et bien mené qui visite les coulisses du foot, mais sans abandonner l’humour non plus. De Paris à Dubaï, en passant par Reims ou Salzbourg, il tient en haleine de bout en bout et peut compter sur une solide distribution, avec un Hakim Jemili très drôle en footeux plus intéressé par la vie nocturne que par le terrain et un Jamel Debbouze qu’on n’avait pas vu aussi inspiré depuis longtemps. Bap. T.
La suite après cette publicité
[embedded content]
September & July ★★★
D’Ariane Labed, avec Mia Tharia, Pascale Kann. 1h40.
Deux sœurs à la marge sont contraintes de quitter leur lycée pour une maison de campagne isolée. Un beau premier long métrage que celui d’Ariane Labed, adaptation du roman gothique Sœurs de Daisy Johnson. C’est peu dire que celui-ci nous a séduit, surpris jusqu’à l’inconfort même, par son regard singulier sur l’adolescence, son mélange de prosaïsme cru et de fantastique, son atmosphère aussi fascinante qu’inquiétante, enveloppant la relation tout à la fois fusionnelle et toxique de ses personnages. Au-delà de ses thématiques, ce film au style très affirmé est cohérent avec le parcours de sa réalisatrice, comédienne vagabonde ayant aussi bien tourné en France qu’à l’étranger, comme chez son mari Yorgos Lanthimos. Bap. T.
[embedded content]
L’Attachement ★★★
De Carine Tardieu, avec Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï. 1h45.
Un matin, Sandra accepte de garder le jeune garçon de sa voisine de palier qui part en urgence pour accoucher. La femme décède, laissant son compagnon seul avec leur bébé et le fils qu’elle a eu avec un autre mais qu’il considère comme le sien. Touchée par son désarroi, cette féministe farouchement indépendante va tisser des liens profonds avec cette famille en pleine réinvention. Carine Tardieu fait preuve d’une merveilleuse intelligence et d’une infinie délicatesse pour analyser un sentiment différent de l’amour, mais tout aussi fort, qui unit des êtres pour très longtemps. Les acteurs, tous d’une grande justesse, et des dialogues mordants emportent cette histoire tour à tour dramatique et drôle, jamais larmoyante, surtout formidablement émouvante et réconfortante. B. T.
[embedded content]
When the Light Breaks ★★★
De Runar Runarsson, avec Elin Hall, Mikael Kaaber. 1h22.
L’histoire commence par un coucher de soleil et les silhouettes de deux jeunes amoureux. Il lui promet de quitter sa copine. Le lendemain, une tragédie les sépare à jamais. Sur vingt-quatre heures, le réalisateur islandais de Sparrows (2015) suit avec acuité les étapes du deuil de cette étudiante en art (magnifique Elin Hall) ayant vécu sa relation en secret, d’abord dans sa douleur rentrée, puis dans son ouverture aux autres, notamment à la petite amie de son amant avec laquelle se tisse un lien. Son film est d’une rare délicatesse, refusant le pathos sans empêcher l’émotion dans une mise en scène épurée mais inspirée, jusqu’à son beau final faisant écho à son ouverture pour conclure cette éprouvante journée entre ombre et lumière.Bap. T.
[embedded content]
La Fabrique du mensonge ★★
De Joachim Lang, avec Robert Stadlober, Fritz Karl. 2h04.
A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Joseph Goebbels est missionné par Adolf Hitler lui-même pour façonner son image publique et qu’il devienne l’incarnation du national-socialisme. Ainsi, le ministre de la propagande nazie va utiliser tous les moyens afin de contrôler la presse, manipuler et mobiliser la population allemande… Ce drame historique opère une plongée dans les coulisses du IIIe Reich en adoptant le point de vue de l’éminence grise du Führer, un parti pris aussi périlleux qu’édifiant car il est question de mise en scène, d’illusion et de détournement de faits réels afin de servir la cause.
Le cinéaste Joachim Lang superpose des images d’archives parfois choquantes avec une reconstitution ultra-précise (certains dialogues et discours répétés à la virgule près), si bien qu’on oscille sans cesse entre documentaire et fiction. Le travail des acteurs est en cela stupéfiant de mimétisme. Un récit chronologique implacable et didactique, qui tient cependant le spectateur à distance, sans doute délibérément. S. B.
[embedded content]
Dis-moi juste que tu m’aimes ★★
D’Anne Le Ny, avec Elodie Bouchez, Omar Sy. 1h50.
Quand l’ancien amour de son mari revient s’installer en ville après une longue absence, Marie craint pour son couple. C’est à ce moment-là qu’elle se rapproche de Thomas, un cadre supérieur qui lui offre la promotion qu’elle attend. Et lui fait des avances… Avec son talent pour raconter des histoires toujours très humaines, Anne Le Ny réussit à mêler intrigue sentimentale, thriller prenant et réflexion sur la durabilité de l’amour le temps de cette chronique riche en rebondissements. Et portée par le charme d’Elodie Bouchez, à la fois drôle et paniquée, comme la face sombre et toxique de José Garcia, étonnant manipulateur. B. T.
[embedded content]
Young Hearts ★★
D’Anthony Schatteman, avec Lou Goosens, Marius De Saeger. 1h37.
Dans un village de Flandre, Elias voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’Alexander, un ado de son âge dont il tombe amoureux. Il y a des correspondances (même côtés lumineux et bucoliques) entre ce joli premier long métrage et Close (2022) de Lukas Dhont, les deux jeunes réalisateurs sont d’ailleurs amis, mais Anthony Schatteman raconte une histoire différente en suivant le cheminement intime de son héros confronté à la découverte de son homosexualité. À l’inverse de nombreux films sur le sujet, il préfère à la brutalité des autres le conflit intérieur qui secoue celui-ci au fil d’un récit un peu programmatique mais dont la tendresse et la sincérité touchent. Bap. T.
[embedded content]
Source : Lire Plus






