
Mais pourquoi diable les relations entre la France et l’Algérie sont-elles si compliquées ? Pour Benjamin Stora, intervenu sur la chaîne d’État AL24 News le lundi 10 février, la réponse va de soi.
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Les tensions que nous connaissons sont imputables à la montée, en France, d’un puissant courant d’extrême droite. Le téléspectateur attentif cherchera en vain le moment où l’historien français aborde la guerre hybride que mène un pays revanchard sur le sol français, la persécution des opposants exilés sur la rive nord de la Méditerranée, la nature dictatoriale d’un régime où la liberté et l’égalité relèvent de la science-fiction, sans parler des courants islamistes qui traversent le monde arabe et ses diasporas installées en Occident, ce qui n’est pas sans effet sur la qualité de cette diversité que l’historien chérit, en France bien entendu. Dans une Algérie qui persécute ses minorités et ferme les églises au motif de prévenir l’apostasie de ses ressortissants, la diversité ne semble pas être un thème assez porteur pour que l’historien juge utile de s’inquiéter de son état.
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Celui qui appartient au comité de soutien de Boualem Sansal n’a pas non plus jugé opportun de glisser un petit mot en faveur de son compatriote embastillé, quand il ne s’était pas privé de le sermonner sur le service public. Monsieur Stora, qui met un point d’honneur à disserter sur les crimes de la colonisation française, feint d’ignorer que l’Algérie ne déteste pas la France pour ce qu’elle a fait, mais bien pour ce qu’elle est. C’est pourquoi l’intransigeance qu’elle manifeste vis-à-vis d’une France de plus en plus étrangère à l’épisode colonial à mesure que le temps s’écoule se double d’une désinvolture totale envers son passé criminel, son incapacité à bâtir une société viable, plus généralement, les forfaits du monde arabo-musulman.
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À l’évidence, l’Algérie ne se désole pas beaucoup d’avoir été l’un des épicentres de l’esclavage méditerranéen, jusqu’à ce que la diplomatie de la canonnière des puissances européennes, puis leur intrusion, mettent fin à la détention de captifs chrétiens, puis au trafic d’esclaves noirs qui ont transité par millions dans les pays du Maghreb. Des sources indiquent que l’on recensait des esclaves noirs au début du vingtième siècle dans certaines demeures arabes aux alentours d’Alger, sans que ce pays ait été le terreau d’une société civile abolitionniste sur le modèle de la Société des amis des noirs. Et que dire du statut des minorités juives dans cette régence puissamment stratifiée sous l’effet du joug d’une caste militaire turque, dont la main « indigène » n’était pas plus douce que celle du colonisateur français ?
Dès lors, pourquoi un historien compétent et reconnu courbe-t-il autant l’échine devant un régime dont nul n’ignore la nature ? Difficile de ne pas y voir cette arrière-pensée raciste et paternaliste typique des postures tiers-mondistes, qui estiment qu’il est vain d’exiger quoi que ce soit de ces Arabes incapables de faire leur examen de conscience. En ce sens, l’autocritique exclusive ne serait que la manifestation de ce qu’Alain Finkielkraut a très justement baptisé le « narcissisme pénitentiel ». Cette hypothèse n’en exclut pas d’autres, comme celle de la lâcheté ou d’un sentiment de culpabilité que l’on décèle dans la manière dont l’intéressé parle de sa propre expérience algérienne.
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Dans un petit livre autobiographique, Benjamin Stora raconte en effet comment les Juifs d’Algérie ont espéré, jusqu’au bout, que celle-ci demeure française, conscients de l’impossibilité d’une existence sereine pour les israélites dans un pays qui repasserait sous domination musulmane. Curieusement, cette expérience tragique, qui sonne comme un aveu spectaculaire des carences du monde arabo-musulman, ne sert pas de guide à l’historien pour évaluer les conflits du temps présent et désigner ceux qui, entre les Français et les Algériens, ont le plus de travail à effectuer pour soigner leur rapport à l’altérité. C’était la question que l’auteur de ces lignes avait posée lors d’une conférence publique à l’Institut du monde arabe qui s’est tenue quelques mois plus tôt, et à laquelle l’historien a refusé de répondre. Une dérobade qui en dit long sur la sincérité de celui qui prétend guérir les blessures mémorielles, mais qui détourne le regard sur les maux actuels.
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