Les vacances d’hiver sont un bon moment pour prendre la température d’un secteur à la croisée des chemins. D’un côté, il y a cet indicateur percutant : avec près de 54 millions de skieurs chaque saison qui fréquentent ses 500 stations, la France occupe la deuxième place mondiale derrière les États-Unis. De l’autre, ce chiffre plus inquiétant : près de 200 d’entre elles, le plus souvent situées entre 900 et 1 300 mètres d’altitude, ont fermé ces cinquante dernières années.
« Le chiffre peut paraître spectaculaire, mais cela ne représente que 2 % des pistes du domaine skiable français, explique au JDD Pierre-Alexandre Métral, chercheur doctorant en géographie à l’université de Grenoble qui consacre sa thèse au sujet. Cela touche tous les massifs, en grande partie des micro-stations familiales ou communales. Mais récemment, des domaines plus touristiques comme le Grand-Puy, dans les Alpes-de-Haute-Provence, ont été touchés. »
« On se dirige vers la fin d’une forme de ski social »
Raison principale, la rentabilité. Le chiffre d’affaires de ces stations dépend à hauteur de 25 % en moyenne des subventions de collectivités de plus en plus exsangues. C’est le cas de Métabief, dans le Haut-Doubs, qui, en 2023, a dû, la mort dans l’âme, fermer un tiers de son domaine skiable pour survivre. « On vit le début de la fin du ski en moyenne montagne dans le massif du Jura, c’est une réalité qui s’impose à nous. Il faut commencer à en faire le deuil », déplore Raphaël Krucien, conseiller départemental.
Les colossales charges d’entretien des remontées mécaniques et un enneigement aléatoire les contraignent à accélérer la transition vers un modèle « quatre saisons » en capacité de proposer d’autres activités sportives, été comme hiver. « Le cycle de vie de ces sites est de trente ans en moyenne, mais l’attachement pour le ski sur les territoires en France revêt un aspect sentimental, voire patrimonial », ajoute l’universitaire.
Conséquence, les stations doivent se réinventer et développer un tourisme écoresponsable moins dépendant de la neige. Luge sur rail, tyrolienne géante, parcours de trail, de VTT, jeux de piste en pleine nature, les offices de tourisme rivalisent de créativité pour attirer les vacanciers. « Ne faut-il pas plutôt relancer ce qui marchait bien avant, au lieu de vouloir à tout prix innover ? » s’interroge Jean-Luc Crétier, champion olympique de descente à Nagano en 1998 et désormais entraîneur national et moniteur de ski à Courchevel. « On a péché à trop vouloir soigner le haut de nos stations avant de penser à ce qui se passe en bas, dans la vallée. Pourquoi, par exemple, ne pas remettre en circulation les trains de nuit de Paris à Bourg-Saint-Maurice pour fluidifier l’accès à nos stations ? Se réinventer n’implique pas forcément de construire dans tous les sens. »
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Dans un rapport publié en février 2024, la Cour des comptes alertait déjà sur l’indispensable transformation de ce secteur fragilisé en attribuant un indice de vulnérabilité à chaque station. D’ici à 2050, il sera donc encore possible de skier dans de la bonne poudreuse à Tignes, Val-Thorens, Chamonix, Val-d’Isère, les Deux Alpes ou encore aux Ménuires, mais ces domaines de haute montagne devront aussi gérer un afflux massif de skieurs. Une clientèle de privilégiés ?
« La carte de France du ski se rétracte, conclut Pierre-Alexandre Métral. On se dirige doucement vers la fin d’une forme de ski social, accessible à tous, comme par le passé. » Avec comme conséquence sociale la menace qui plane désormais sur des dizaines de milliers d’emplois saisonniers.
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