
Autant le dire d’emblée : vous n’êtes pas prêts. La rétrospective dédiée à l’œuvre monumentale de Domenico Dolce et Stefano Gabbana, à la tête de la célèbre maison de haute couture italienne née en 1985, est historique. Jamais une collection n’a été à ce point sublimée par une scénographie si spectaculaire, au diapason de ce qu’elle représente : l’émerveillement, l’élégance, le raffinement, la sensualité, la démesure, l’audace, l’irrévérence, la subversion. À l’image de son titre, « Du cœur à la main », qui retranscrit bien la très vive émotion ressentie quand on pénètre à pas feutrés dans ce temple de la mode portant aux nues un savoir-faire inestimable. La commissaire Florence Müller a effectué un travail de titan : 200 robes et costumes répartis sur 1 200 mètres carrés, dans un parcours thématique proposant dix salles plongées dans une ambiance unique.
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De quoi laisser éclater les différentes influences du tandem de génie et détailler le processus de création, le cheminement des idées venant du cœur jusqu’à leur réalisation à la main. Ainsi, très attachés à des traditions familiales perpétuées de génération en génération (siciliennes pour Domenico Dolce et milanaises pour Stefano Gabbana), ils regardent la peinture, la sculpture, l’architecture, les arts décoratifs, l’artisanat ancestral, les cultures régionales, le folklore et la topographie de leur pays, qui se transforment en sources d’inspiration afin de confectionner des tenues et des accessoires (chaussures, sacs, bijoux) d’exception.
Le résultat est inouï, un éblouissement permanent. Chaque alcôve est séparée par d’épais rideaux, qu’on franchit timidement. On découvre alors une véritable caverne d’Ali Baba qui témoigne de la passion de Dolce & Gabbana à travers des pièces uniques grandioses à la virtuosité technique incomparable. L’exposition immersive sollicite tous les sens : la vue évidemment, mais aussi l’ouïe et l’odorat. La bande-son est particulièrement soignée : des battements cardiaques (pour traduire notre excitation ?) résonnent dans la première salle, comme plus tard les voix puissantes de Maria Callas et de Luciano Pavarotti, des chants grégoriens et les musiques du maestro Ennio Morricone, dont The Ecstasy of Gold, le thème du film iconique de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand (1966).
On évolue dans une atmosphère parfumée pour parfaire ce voyage en Italie époustouflant qui donne les larmes aux yeux quand on se retrouve dans l’espace consacré à la dévotion, où tout est noir et or, du sol au plafond. Un autel érigé au culte de la quête d’excellence et du don de soi pour parvenir à d’authentiques œuvres d’art, comme un manteau à capuche et à traîne en satin duchesse brodé d’ornements ou la robe de mariée d’un blanc immaculé, dont la jupe est couverte d’angelots en relief. Deux morceaux de bravoure de la prodigieuse « Siracusa collection » (automne-hiver 2022-2023).
La quintessence absolue de l’art de Dolce & Gabbana, pour qui la beauté est capable de transfigurer le monde
L’opéra et le cinéma enflamment aussi l’imagination des stylistes qui rendent hommage au Guépard (1963) de Luchino Visconti, dont des images sont diffusées dans des miroirs sans tain face à leur reconstitution des costumes. Jusqu’à l’apothéose qui provoque des palpitations : la robe en dentelle macramé à structure panier, agrémentée d’un corset, d’une couronne en filigrane d’or et d’un voile en tulle (« Milano collection », printemps-été 2013), une évocation de la Madonnina, statue baroque de la Vierge Marie située au sommet de la plus haute flèche de la cathédrale de Milan. La quintessence absolue de l’art de Dolce & Gabbana, pour qui la beauté est capable de transfigurer le monde.
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« Du cœur à la main : Dolce & Gabbana ». Jusqu’au 31 mars. grandpalais.fr
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