Un matin, Sandra accepte de garder le jeune garçon de sa voisine de palier qui part en urgence accoucher. Carine Tardieu fait preuve d’une merveilleuse intelligence et d’une infinie délicatesse pour analyser un sentiment différent de l’amour, mais tout aussi fort, qui unit des êtres pour très longtemps. Les acteurs, tous d’une grande justesse, et des dialogues mordants emportent cette histoire tour à tour dramatique et drôle, jamais larmoyante, surtout formidablement émouvante et réconfortante. Barbara Théate
De Carine Tardieu, avec Valeria Bruni-Tedeschi, Pio Marmaï. 1 h 45.
Mercato
Les films sur le milieu du ballon rond sont rarement des réussites. On n’attendait donc pas grand-chose de ce Mercato qui se révèle être une belle surprise. Porté par un Jamel Debbouze impeccable en agent endetté devant trouver l’argent qu’il doit à des voyous avant la fin de la période des transferts, le film épouse la forme d’un thriller tendu mais pas dénué d’humour qui séduit aussi par son réalisme. Baptiste Thion
De Tristan Séguéla, avec Jamel Debbouze, Monia Chokri. 1 h 59.
Écouter
Grandiose et triste
Les cordes faussement gentilles d’un ukulélé, une batterie qui tape fort, un bourdon de voix féminines comme un écho qui vous soutient, des plages électroniques d’une mélancolie rageuse, une orchestration grandiose : la musique de Solann suffit déjà à faire comprendre ses intentions dans ce premier album droit au but. Et quand s’ajoutent des textes, caustiques, rudes, chargés en spleen et une voix aérienne comme Pomme, on se dit que le vague à l’âme rapproche du beau et du vrai. Georges Grange
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Si on sombre ce sera beau, Solann, Wagram Music/Cinq 7.
Expos
Au fil de l’or
Tous au musée du quai Branly pour découvrir la nouvelle exposition thématique consacrée à l’or et à son utilisation pour rehausser les textiles ! Un parcours géographique, historique, scientifique et artistique d’exception qui raconte comment le métal précieux, symbole de richesse et de faste, n’a cessé de fasciner, de l’Orient au Soleil-Levant. Travaillé dans un premier temps pour fabriquer des bijoux, des parures et des armes, il est transformé en fil pour orner les vêtements des personnes de pouvoir et asseoir ainsi leur statut social. Éblouissant ! Stéphanie Belpêche
quaibranly.fr. Jusqu’au 6 juillet.
Valadon en couleur pastel
Tandis que le Centre Pompidou lui consacre une exposition, que le critique d’art Clément Dirié lui offre une biographie enamourée aux éditions Les Pérégrines, Suzanne Valadon continue de se laisser découvrir dans un beau roman graphique. L’histoire de l’artiste, touchante malgré ses rudesses, méritait bien ces pleines pages au pastel, ce fragile bâtonnet intense dans ce qu’il a de doux. On remonte ainsi l’existence de celle que rien ne prédestinait à devenir cette artiste autodidacte et reconnue et à côtoyer Erik Satie, Renoir et Toulouse-Lautrec. Une vie dense, tour à tour joyeuse et douloureuse et surtout résolument libre. G. G.
Suzanne Valadon sans concession, Flore Mongin, Coline Naujalis, éditions Seghers, 240 pages, 25 euros
Série : Cassandra
L’intelligence artificielle se retournera-t-elle un jour contre nous ? C’est en tout cas le filon exploité brillamment par cette mini-série allemande aussi addictive que terrifiante. On suit une famille qui emménage dans la première maison connectée du pays afin de démarrer une nouvelle vie. Ce qu’ils ignorent ? Que les précédents occupants ont péri dans des conditions bien mystérieuses. Cassandra, leur « hôte » numérique va en effet progressivement dévoiler à ces nouveaux locataires que c’est elle, et elle seule, qui fixe les règles à suivre en sa demeure… Florian Anselme
De Benjamin Gutsche. Avec Lavinia Wilson, Mina Tander et Joshua Kantara. Six épisodes de 50 minutes. Disponible sur Netflix.
Livres
L’intrépide Lagardère
« Et quand il sera temps, si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ». En une réplique, le chevalier de Lagardère est devenu un héros français au même titre que d’Artagnan ou Cyrano de Bergerac. Cet intrépide chevalier a juré de protéger Aurore, la fille du duc de Nevers, assassiné par un ignoble criminel. Le Bossu ou le petit parisien (le titre original) n’est pas seulement un époustouflant roman de capes et d’épées, avec son lot de guet-apens, de duels et de coups de théâtre, il est aussi une satire féroce du Paris de la Régence (1715-1722), littéralement possédé par la fièvre de l’argent. Publié en feuilleton dans le journal Le Siècle du 7 mai au 15 août 1857, le roman de Paul Féval a traversé les siècles sans prendre une ride. Pascal Meynadier
Le Bossu ou le petit parisien, de Paul Féval, éditions 10/18, 840 pages, 9,60 euros
Sœurs amies
Il y a chez Donatella Di Pietrantonio des lignes de fond : son œuvre est habitée par des âmes blessées et malhabiles. Alors, que ce soit dans les rapports tumultueux mère-fille de L’âge fragile ou dans les méandres de la sororité de son deuxième roman, on retrouve les mêmes élans de complicité qui échouent ou triomphent. Avec son écriture lumineuse et intime, la romancière italienne célèbre ce qu’on trouve de détresse autant que de réconfort dans la vie familiale. G. G.
Borgo Sud, Donatella Di Pietrantonio, Livre de Poche, 240 pages, 8,70 euros.
Hedy Lamarr, la sulfureuse
Sa vie ressemble à un roman d’espionnage. Célèbre et scandaleuse, Hedwig Kiesler a d’abord fui en 1937 l’Autriche et son premier mari, un jaloux obsessionnel, magnat de l’armement, principal fournisseur de Mussolini, qui la tenait enfermée. Une fuite rocambolesque au cours de laquelle elle drogua sa gouvernante ! Arrivée à Hollywood, elle devient Hedy Lamarr, femme fatale qui tourne avec les plus grands, Clark Gable et Spencer Tracy. Inventrice de génie, elle développe avec un de ses amis compositeur la technologie à l’origine du Wi-Fi. Cette croqueuse d’hommes qui se vantait d’avoir gagné 30 millions de dollars au cours de sa vie finira pourtant sans le sou, arrêtée plusieurs fois pour vol à l’étalage. Une vie hors du commun. P. M.
Ecstasy and me, la folle autobiographie d’Hedy Lamarr, Séguier, 480pages, 16,90 euros.
Le mot rare
Sportule : aumône puis pot-de-vin
Dans la Rome antique, les puissants distribuaient chaque jour à leur client une sportule – à l’origine un panier-repas puis une somme d’argent – en échange d’une escorte sur le forum et d’une influence sur les élections. Avec le temps, le mot a désigné les gratifications illicites versées avec régularité, toujours contre services rendus. Les esprits taquins y trouveront un synonyme de « subventions publiques ». G. G.
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