C’est une belle idée née il y a tout juste dix ans en Bretagne, et qui se décline petit à petit à l’international : chaque mois, plus de 250 000 grands-parents reçoivent dans une gazette familiale imprimée en couleur des photos et des messages de leurs enfants et petits-enfants. Retour sur un succès.
Le JDNews. Famileo va fêter ses dix ans cette année. Tout part d’un cadeau raté ?
Tanguy de Gélis. Effectivement. Dans ma famille comme dans beaucoup d’autres, nous avons une conversation WhatsApp entre cousins, la « Gélis Family » (rires), pour se donner des nouvelles et échanger des photos. Tout le monde y participait sauf ma grand-mère, donc on a décidé de lui offrir une tablette. Mais lors d’une visite chez elle, je me suis aperçu que la tablette était toujours rangée au fond du secrétaire et que ce n’était pas adapté.
Elle m’a fait comprendre d’une manière très touchante qu’elle regrettait les lettres et les cartes postales qu’on lui envoyait. Je suis sorti de chez elle en me disant : « Je comprends son attente, mais pour nous, c’est compliqué ». D’où cette idée qui est notre ADN : le respect des habitudes de chaque génération, avec une interface digitale pour les enfants et les petits-enfants et un support papier pour les grands-parents.
Au départ, Famileo n’était proposé qu’aux Ehpad et pas aux particuliers.
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Une fois l’idée en tête, j’en ai parlé à Armel [de Lesquen, cofondateur, NDLR]. C’est là que notre binôme s’est formé. Il fallait qu’on aille sur le terrain, notamment pour rencontrer des directeurs de maison de retraite. On y a consacré six mois, et pas mal de professionnels nous ont dit que Famileo devrait pouvoir trouver sa place. Ça a bien pris et Famileo a assez rapidement été utilisé par plusieurs centaines d’établissements. En parallèle, de nombreuses familles nous ont envoyé des messages pour nous dire : « C’est super votre truc, mais mon autre grand-mère vit chez elle, pas en maison de retraite. Quand est-ce que vous proposez Famileo à domicile ? » Alors on s’est lancés.
Aujourd’hui, Famileo en est où ?
Près de 260 000 grands-parents reçoivent une gazette tous les mois, dans des maisons de retraite ou chez eux. Cela représente 1,8 million d’utilisateurs, ceux qui contribuent aux gazettes via l’application ou le site internet. L’entreprise Famileo, elle, c’est 65 employés et un chiffre d’affaires d’à peu près 15 millions d’euros.
Vous êtes établis à Saint-Malo ?
Oui. Quand vous montez une boîte, l’idée c’est de ne pas trop bouger les curseurs de votre vie parce que vous ne savez pas trop où ça vous mènera. On a choisi de rester où nous vivions. C’était important pour l’équilibre de nos familles. Ça faisait aussi un peu partie du projet de créer une entreprise à Saint-Malo.
Notre succès est la preuve concrète que l’amour est là, au sein des familles
Nous nous sommes battus pour avoir des bureaux bien placés, près de la gare, de la plage et des restaurants. Et on est ravis de voir nos équipes aller courir sur la plage ou se baigner entre midi et deux. Nous sommes persuadés que cela fait partie de l’épanouissement personnel de chacun et que tout le monde y est gagnant.
L’épanouissement passe aussi par le produit que vous proposez ?
On a la chance d’être dans un projet à la fois entrepreneurial et social. La mission du produit est d’apporter des preuves d’amour aux grands-parents, et c’est source de nombreux témoignages des familles qu’on reçoit tous les jours et qu’on diffuse au sein de l’équipe. Ça touche tout le monde.
Vous revendiquez une marge peu élevée pour ne pas faire de sélection par l’argent…
C’est un point important de nos valeurs : avoir un prix accessible. Cela impose une certaine rigueur. En blaguant entre nous, on dit qu’on est des « centimiers », parce que le moindre centime compte. Ce n’est pas facile car on n’a quasiment pas monté notre prix depuis le début (5,99 euros par mois). Or, les prix du papier mais aussi du timbre augmentent tous les ans. La chance qu’on a, c’est que le volume est au rendez-vous. Et nous sommes heureux de proposer ce service à un prix aussi bas, sachant qu’il existe aussi une cagnotte via l’application pour partager en famille le coût de l’abonnement.
Vous proposez en plus de l’abonnement la possibilité d’imprimer un album annuel.
Oui, le recueil des gazettes de l’année. C’est commandé pour offrir aux grands-parents sous le sapin, mais pas seulement. C’est un complément à l’usage de notre gazette pour historiciser au sein d’une bibliothèque les chroniques familiales des années passées. C’est génial de pouvoir feuilleter ça en fin d’année.
Vous avez ouvert des filiales à l’étranger. Famileo se décline donc partout ?
Oui, il y a un besoin immense. Notre succès, c’est d’abord la preuve concrète que l’amour est là, au sein des familles, et qu’il a besoin de s’exprimer vis-à-vis des grands-parents. Et oui, on voit qu’on peut être utiles dans pas mal de pays. Avec les réseaux sociaux, tout le monde est familier des interfaces digitales, donc on est pleins d’espoir. On existe en Espagne, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique, et on vient de lancer notre application en allemand.
On avait cette image de la tablée familiale autour de laquelle chacun s’adresse aux grands-parents
Il y a le lien avec les grands-parents, mais Famileo est aussi un réseau social familial…
Ça, on ne l’avait pas mesuré au départ. Mais effectivement, on a eu beaucoup de retours d’utilisateurs qui nous disent à quel point Famileo les a rapprochés de cousins lointains. Ça montre la place qu’ont les grands-parents dans une famille.
C’est eux qui réunissent. Et quand on a créé Famileo, on avait cette image de la tablée familiale autour de laquelle les uns et les autres s’adressent aux grands-parents dans un brouhaha maîtrisé et où tout le monde prend des nouvelles.
Brouhaha maîtrisé, car il n’y a pas de likes ou de commentaires sur Famileo…
Depuis le début, certains utilisateurs nous demandent d’ajouter ces fonctionnalités car les réseaux sont construits comme ça. Mais on n’a jamais été pour. On aime l’idée que Famileo soit un cadeau et qu’on ne l’utilise pas pour « recevoir des likes ». On ne veut pas rentrer là-dedans. Et puis on craignait qu’en intégrant des commentaires, cela crée des fils de discussion parallèles.
Quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?
On aime bien le parcours de WhatsApp, qui est un réseau qui a pris une ampleur immense mais qui n’a pas modifié son ADN. C’est un peu comme ça que l’on imagine la suite. On se dit qu’il faut que l’on conserve ce qui fait notre spécificité : le lien familial au bénéfice des grands-parents, avec une approche authentique et pragmatique, tout en touchant de plus en plus de familles en France comme à l’étranger.
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