
Qui aurait cru, il y a quelques années, que la liberté deviendrait un instrument du mal, à museler d’urgence ? Pourtant, le discours anti-liberté d’expression s’impose désormais parmi les élites mondialisées. Loin de défendre le pluralisme et la confrontation des idées, ces nouveaux censeurs définissent une nouvelle morale et l’invoquent ensuite pour imposer un contrôle toujours plus strict de la parole publique. La logique est ensuite implacable : toute contestation est une manipulation, toute opposition une menace, toute divergence un danger.
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Prenons l’exemple de Jacinda Ardern, ex-Première ministre néo-zélandaise, qui, en 2022, s’exprimait à la tribune des Nations unies. Évoquant le Pacte de Christchurch, élaboré avec Emmanuel Macron pour lutter contre les contenus terroristes en ligne, elle établissait un glissement troublant : de la nécessité d’empêcher la propagation de la haine, elle passait insidieusement à une justification plus large de la censure. « Comment réussissez-vous à mettre fin à une guerre si les gens sont amenés à croire que la raison de son existence est non seulement légale mais noble ? Comment lutter contre le changement climatique si les gens ne croient pas qu’il existe ? » Le sujet, ce n’est pas la guerre, ni le climat, c’est ce que les gens pourraient croire à leur sujet.
Ce n’est pas la lutte contre la désinformation qui est en jeu mais contre les mauvaises opinions
Cette logique s’étend bien au-delà du terrorisme et du climat. Il y a peu, Sibyle Veil, présidente de Radio France, enfonçait le clou : « La liberté d’expression est le cheval de Troie du néo-impérialisme américain. » Il ne s’agit plus seulement de lutter contre la désinformation, mais bien d’inscrire la défense de la liberté d’expression au registre des idéologies néfastes. Ce principe démocratique fondamental ne serait plus qu’un outil de déstabilisation, une ruse étrangère à combattre. Invoquée pour des opinions dont ils contestent la légitimité même, la liberté devient une menace.
Cette croisade se traduit forcément par un mépris croissant pour l’expression populaire. Quand les urnes contredisent leurs discours, ces élites trouvent une explication commode : les électeurs se sont laissé manipuler, intoxiquer, tromper. Il ne peut y avoir d’autre explication. Le Brexit ? Un vote sous influence des mensonges et des réseaux sociaux. La réélection de Donald Trump ? Le produit d’une désinformation de masse. Le référendum de 2005 en France ? Une erreur de jugement populaire, qu’il a d’ailleurs fallu corriger. Les peuples ne votent plus, ils se fourvoient.
Et la dernière frontière vient d’être franchie en Roumanie. Pour la première fois, un scrutin a été invalidé par la Cour constitutionnelle sous prétexte de fake news ayant circulé sur les réseaux sociaux. Un précédent alarmant : quand le résultat d’une élection ne convient pas, il suffit de juger qu’il a été biaisé par la « désinformation » pour le balayer d’un revers de main. Car les « preuves » peinent à convaincre. Qui contrôle l’information contrôle donc les élections. Ce n’est pas la lutte contre la désinformation qui est en jeu, mais la lutte contre les mauvaises opinions. Et la définition même de la vérité. Mais quand une élite décide pour les peuples ce qui doit être dit, par peur de ce qui pourrait être cru, c’est l’impossibilité du débat démocratique qui triomphe. Et la mort de la souveraineté populaire.
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