Les effets spéciaux sont impressionnants et le voyage vers la nostalgie des années 1980 efficace. Quarante ans après la sortie du blockbuster de Robert Zemeckis, Retour vers le futur est devenu une comédie musicale. Dès les premières notes qui reprennent le thème du film, on se replonge avec plaisir dans les aventures temporelles de Marty McFly, vêtu d’une doudoune rouge sans manches comme celle portée par Michael J. Fox qui avait assis une tendance.
Les numéros, joués, chantés et dansés, sont menés tambour battant sur un ton résolument burlesque. Quand la fameuse voiture, la DeLorean, roule à toute allure à travers le temps, on en prend plein les yeux grâce à la magie de panneaux immersifs (300 millions de pixels LED au total !) de la scène à la salle et jusqu’au plafond. Dommage que les chansons du spectacle ne soient pas plus marquantes.
À quelques rues de là, Le Diable s’habille en Prada. Ce dernier s’est offert les talents de compositeur d’Elton John pour briller dans un show fastueux. Il apporte une nouvelle dimension au long métrage de 2006 où Meryl Streep campait la redoutable rédactrice en chef d’un magazine de mode. Son rôle est tenu sur scène par la comédienne Vanessa Williams (Desperate Housewives). Des tableaux magnifiques aux costumes somptueux, nous sommes bien dans la haute couture de la scène musicale servie par une formidable partition pop-rock et quelques airs plus opératiques dont le très faustien The Devil wears Prada.
L’égal de Broadway
Tout cela se passe à Londres, ville-temple du musical avec New York, dans le quartier du West End, où sont regroupés les théâtres. On y joue Mamma Mia, Mrs Doubtfire, Moulin Rouge, Oliver… Soit près d’une quarantaine de spectacles, sans compter les pièces, aux enseignes aussi lumineuses que monumentales. Un article paru dans le Financial Times début janvier sous le titre « Le West End connaît un renouveau théâtral. Broadway saura-t-il suivre ? » se félicitait du succès des productions et du retour des spectateurs britanniques depuis le Covid.
À New York, la reprise a été certes plus longue et compliquée. En cause, des prix de places plus élevés, des difficultés de circulation devenue infernale, une nouvelle taxe pour entrer dans la ville. Mais le record battu par Wicked la semaine de Noël avec un extraordinaire chiffre d’affaires de 5 millions de dollars est de très bon augure.
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Pour Patrick Niedo, auteur de Hello, Broadway !, les deux cités font match nul : « Les Américains baignent dans la comédie musicale depuis ses débuts, vers 1860. C’est vraiment dans leur ADN. Les Anglais sont arrivés plus tard, avec l’émergence de la comédie musicale moderne dans les années 1960. Pendant longtemps, Broadway a produit des créations qui se jouaient ensuite dans le West End. » Puis, dans les décennies 1980-1990, Londres est passé majeur dans la production de spectacles exportés ensuite à Broadway, avec Cats, Les Misérables, The Phantom of the Opera. « Depuis les années 2000, c’est assez équilibré : Wicked ou Hamilton ont par exemple été créés à New York, Mamma Mia ou Mary Poppins à Londres », analyse Patrick Niedo.
Des recettes qui marchent
Une majorité des spectacles à l’affiche sont des adaptations de films piochés dans le catalogue des blockbusters hollywoodiens, eux-mêmes souvent inspirés de best-sellers. Avant Le Diable s’habille en Prada, Jerry Mitchell, metteur en scène et chorégraphe primé, avait déjà transposé sur scène d’autres succès du 7e art comme La Revanche d’une Blonde ou Pretty Woman.
« Les prix des shows ont très largement augmenté. Prendre des risques peut coûter très cher, observe Patrick Niedo. Même si ce n’est pas forcément un gage de succès, les producteurs et les auteurs de livrets recherchent des marques fortes, des films déjà connus et appréciés du public. » La tendance n’est pas nouvelle : dans les années du « Golden Age » de Broadway, de 1943 à 1964 environ, les comédies musicales étaient déjà adaptées d’ouvrages littéraires. « Show Boat (1927), considéré comme le grand point de départ de la comédie musicale contemporaine, est basé sur un livre d’Edna Ferber. »
Et Paris, dans tout ça ? Le 23 juin prochain, au théâtre Mogador, Patrick Niedo va présider la septième édition des Trophées de la Comédie Musicale. L’année dernière, Molière a été élu meilleur spectacle. Depuis une vingtaine d’années, le secteur s’est dynamisé, notamment avec l’arrivée de Stage Entertainment France (Le Roi Lion) et de Jean-Luc Choplin au théâtre du Châtelet (il est aujourd’hui directeur du Lido 2 Paris). Les productions françaises, Mozart, l’opéra rock ou Notre-Dame de Paris se vendent très bien à l’étranger. Sauf dans le West End et à Broadway, qui ont déjà tout ce qu’il leur faut.
« Back to the Future » ★★ À l’Adelphi Theatre (Londres). Jusqu’au 3 janvier 2026. 2 h 40. backtothefuturemusical.com
« The Devil wears Prada »★★★ Au Dominion Theatre (Londres). Jusqu’au 3 janvier 2026. 2 h 35. devilwearspradamusical.com
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