
En 2004, Marie Nimier publiait La Reine du silence, prix Médicis, dans lequel elle racontait sa relation avec son père, l’écrivain Roger Nimier (1925-1962), mort à l’âge de 36 ans dans un accident de voiture. Un roman pudique et bouleversant auquel Juliette Gréco lui suggéra d’écrire une suite. C’est aujourd’hui chose faite avec Le Côté obscur de la Reine. Il aura donc fallu un peu plus de vingt ans pour que l’écrivain ose délaisser le roman et aborde, par le biais de l’autobiographie, celle qu’elle n’appellera qu’une seule fois maman.
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D’emblée, le ton est donné : « Comme je l’aimais, comme nous nous aimions. Cela va sans dire, et l’écrire me serre le cœur. Ma mère, ma maman, il n’y a qu’une femme au monde que je peux appeler ainsi. Quel dommage. Quel gâchis. » Trois semaines après sa naissance, Nadine Nimier dépose sa fille en Bretagne chez une nounou pendant un mois pour se refaire une santé sur les bords du lac Léman. Roger Nimier, quant à lui, écrit à un ami le lendemain de sa naissance : « Au fait, Nadine a eu une fille hier. J’ai immédiatement été la noyer dans la Seine pour ne plus en entendre parler. »
Ceci explique-t-il cela ? Vingt-cinq ans plus tard, Marie Nimier ira se jeter dans la Seine. Comment se construire entre un père absent – à profession du père, la petite Marie écrira toujours : décédé – et une mère vénérée mais distante ? C’est cette enfance chaotique, douloureuse, que retrace ce livre qui fait la part belle à la mère et où le père ne tient qu’un rôle secondaire.
On y découvre une femme au soir de sa vie, que sa fille soutient vaille que vaille. Un accompagnement de tous les instants dont elle ressort chaque jour un peu plus « lessivée ». Et qui, pour survivre aux lamentations incessantes, aux chantages et à « l’agressivité déguisée en tendresse », décide de raconter. Raconter cette femme dont tous s’accordaient à saluer la grâce, l’esprit.
« Elle était si jolie, si blonde, si drôle. Elle sentait si bon. Elle maniait si bien les ficelles de la séduction. » Même sa fille tombera dans le panneau qui l’aimera au-delà du raisonnable et ne sera jamais payée de retour. Roman d’amour et de détestation, Le Côté obscur de la reine est un livre sans concession. Un livre plein de colère et de larmes retenues, dans lequel Marie Nimier ne se départit pourtant jamais de sa délicieuse fantaisie.
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Le côté obscur de la Reine, Marie Nimier, Mercure de France, 264 pages, 22,50 euros.
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