La décision a fait bondir dans les ministères. « Ce pays est givré ! » enrage une source au gouvernement. « Le jour où la Jordanie interdit les Frères musulmans… » s’exaspère un conseiller. En rétablissant, mercredi 23 avril, le contrat entre l’État et le lycée Averroès, le tribunal administratif de Lille a cassé une décision prise fin 2023 par la préfecture du Nord, motivée par une série de dysfonctionnements constatés au sein de l’établissement musulman lillois. Résumés dans un rapport de douze pages que le JDNews a pu consulter, ceux-ci sont accablants pour le lycée.
Au-delà des « irrégularités administratives majeures », c’est surtout l’enseignement d’un islam salafiste qui est reproché, notamment à travers le cours d’« éthique musulmane », censé doter les élèves de connaissances fondamentales sur l’islam. À l’époque, les lycéens peuvent y étudier les livres de l’imam Iquioussen, expulsé du territoire en janvier 2023 pour séparatisme, ou Les Quarante Hadiths de l’imam Al-Nawawi, qui préconise la non-mixité sur le lieu de travail et l’interdiction pour une femme malade de se faire ausculter par un homme. L’ouvrage légitime par ailleurs la peine de mort pour apostasie et affirme la supériorité des lois divines sur la société.
Les enseignements proposés au collège, qui partage avec le lycée la même équipe de direction, ont aussi suscité l’inquiétude des autorités. Une inspection du 30 janvier 2023 révèle ainsi qu’en sciences de la vie et de la terre, « les formulations employées par les professeurs et l’emploi du conditionnel amènent à une relativité des faits scientifiques, notamment sur l’évolution ».
Les cours accordent enfin une place prépondérante aux premières générations de l’islam. Un programme « résolument fidèle à une grille salafiste », selon Mohamed Louizi, auteur de Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans. Selon lui, « les trois générations qui se sont succédé après la mort de Mahomet forment, dans l’esprit et les écrits du salafisme, l’âge d’or de l’islam. Un islam authentique que les islamistes veulent réhabiliter à l’identique ».
L’empreinte des Frères musulmans
Pour justifier la rupture du contrat avec l’État, la préfecture a également mis en lumière le profil de plusieurs enseignants, jugé problématique. Ainsi de Mohamed Karrat, auteur d’un prêche en 2014 dans lequel il qualifiait Israël « d’État fasciste, barbare et monstrueux ». Son collègue Sofiane Meziani, professeur de lettres et membre de Musulmans de France (ex-UOIF, la branche française des Frères musulmans), est lui l’auteur d’un article publié en 2016 sur Saphirnews intitulé « En finir avec la démocratie française ». Quant à Makhlouf Mameche, adjoint au directeur du collège Averroès et président de la Fédération nationale de l’enseignement privé musulman, il s’est positionné en 2016 « contre la laïcité et pour un État islamique global » recommandant pour y arriver d’entretenir le « culte du secret ».
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Tous sont des membres actifs du centre islamique de Villeneuve-d’Ascq, vitrine de l’islam frériste dans le Nord. Les passerelles avec Averroès sont nombreuses. Les deux établissements bénéficiaient au moins jusqu’en 2019 de financements massifs de la part de Qatar Charity, une ONG qatarienne. Dans une vidéo publiée sur YouTube en 2015, visant à promouvoir la propagation de la culture islamique en Europe, Makhlouf Mameche rend ainsi hommage à l’association « qui finançait l’école à hauteur des deux tiers du prix total d’achat ». Ces financements conséquents avaient été révélés en 2019 par les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot dans leur livre Qatar Papers et avaient conduit la région Hauts-de-France à suspendre ses subventions au lycée.
Symptôme de l’impuissance publique
Quant aux finances du lycée, le rapport de la préfecture évoque une gestion hasardeuse et un manque de transparence. Plusieurs prêts accordés par des sociétés en lien avec le collectif « Mosquées du Nord » n’ont ainsi jamais été remboursés, suscitant des soupçons sur l’installation d’un système de « faux crédits » destinés à masquer l’origine étrangère des fonds.
Malgré cela, le tribunal administratif de Lille a jugé que « la condition tenant à l’existence de manquements graves au droit n’était pas remplie » et que « la procédure suivie était entachée d’irrégularités ». Dès la rentrée prochaine, l’État et les collectivités locales vont à nouveau devoir subventionner l’établissement, à hauteur de 1,6 million d’euros par an. De quoi ravir La France insoumise, pour qui le lycée est victime d’une campagne d’acharnement de la préfecture. Aurélien Le Coq, député de la circonscription, y voit la « victoire du droit contre les islamophobes ». Le 28 janvier dernier, il était invité à fêter les vingt ans du lycée au Grand Palais de Lille. Sur scène, devant quelque 1 500 personnes, il assurait l’équipe dirigeante de son soutien et promettait de tout faire pour censurer Gérald Darmanin et Bruno Retailleau, membres d’un gouvernement « réactionnaire ».
Les deux ministres plaident pour que le gouvernement fasse appel. « L’argent des Français n’a rien à faire dans ce genre d’organisation », insiste le ministre de l’Intérieur, pour qui Averroès est un « bastion de l’entrisme islamiste ». Gérald Darmanin, tout en soutenant son successeur place Beauvau, se satisfait de l’arrêt des financements du Qatar et du retrait des livres problématiques de la bibliothèque du lycée, consécutifs à la décision du préfet. Preuve, selon lui, qu’il ne s’agissait pas d’un « délire de l’État ».
« Le dossier est solide », appuie un haut fonctionnaire, désespéré par la décision de justice. Celle-ci intervient quelques semaines après que le tribunal de Melun a annulé l’expulsion de l’influenceur algérien Doualemn, décidée par Bruno Retailleau. De quoi alimenter le procès en impuissance intenté au pouvoir politique et interroger le rôle de la justice. Désormais, la décision de faire appel appartient à Élisabeth Borne, qui n’avait pas encore statué à l’heure où nous mettons sous presse, faisant douter plusieurs acteurs clés du dossier.
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