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«Les Linceuls» : l’émouvante déclaration d’amour de David Cronenberg à son épouse défunte



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29 Avr 2025
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«Les Linceuls» : l’émouvante déclaration d’amour de David Cronenberg à son épouse défunte
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Encore aujourd’hui, il ne s’est pas remis de la disparition de sa femme qui a succombé à un cancer en 2017. À 82 ans, le réalisateur et scénariste canadien David Cronenberg se souvient de sa chère Carolyn, épousée en 1979, mère de David (metteur en scène) et Caitlin (photographe) et dont il ressent dans sa chair l’absence cruelle. Après avoir anticipé son propre trépas dans un court métrage en 2021 intitulé The Death of David Cronenberg, où il étreignait son double en cadavre, il a eu l’idée d’une série pour la plateforme de streaming Netflix qui s’est transformée en long métrage pour le cinéma, Les Linceuls.

Il y a un an, on le rencontrait au Festival de Cannes où il était en compétition avec ce récit d’un homme d’affaires quinquagénaire (Vincent Cassel), inconsolable depuis le décès de son grand amour (Diane Kruger), au point d’inventer une technologie lui permettant d’observer sa dépouille dans son suaire, par-delà la mort. L’occasion pour l’artiste de signer une nouvelle fois un drame à la lisière du fantastique et de l’autobiographie. Entretien à cœur ouvert.

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Le JDD. Était-ce nécessaire de raconter cette histoire très personnelle ?

David Cronenberg. Je l’ignore, car je n’ai jamais envisagé l’art comme thérapeutique ou cathartique. Vous savez, il n’y a pas d’échappatoire quand on entame le travail de deuil : la souffrance sera là, cela relève de la condition humaine. Je ne cherche pas un moyen de l’atténuer ou de l’adoucir, ni à me persuader que tout ira bien. Cela dit, chaque artiste utilise comme matériau de base sa propre vie, ses expériences, pour créer. Bien sûr, il s’agissait d’un épisode vraiment éprouvant émotionnellement. Quand on entreprend un long métrage, on a besoin de références pour se guider. Je n’avais pas à chercher bien loin.

Je suis convaincu que Les Linceuls n’exorcise ou ne minimise rien du tout, mais permet d’envisager les choses avec une perspective différente. Je trouve cela intéressant. Mon fils a souhaité lire mon scénario, mais pas ma fille. Je respecte leur choix, car je suppose que ce n’est pas anodin pour eux non plus. S’ils décident de ne jamais voir le film, pas de problème.

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« Le manque le plus terrible est de ne pas pouvoir serrer dans ses bras la personne que l’on chérit le plus »

Le chagrin est-il éternel ?

Oh, absolument. Le manque le plus terrible est de ne pas pouvoir serrer dans ses bras la personne que l’on chérit le plus. Même si une autre s’y substitue, elle ne remplacera jamais la précédente. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Les relations humaines sont complexes. Quand on adore quelqu’un et qu’on fait l’amour des milliers de fois à son corps, alors on le connaît par cœur et on a l’impression de vivre à l’intérieur.

Évidemment, Les Linceuls est une déclaration d’amour à ma défunte épouse. J’ai souvent vu des longs métrages où la femme mourait et l’homme réclamait vengeance, dans des histoires jalonnées de flash-back pour montrer que le temps du bonheur est révolu. Je n’en avais pas du tout envie dans mon scénario, car impossible de résumer quarante-trois années de vie commune de cette manière. Je n’explique pas qui elle était, mais plutôt en quoi elle reste si importante. Cette structure n’est pas commune.

Auriez-vous recours à cette technologie avancée qui vous permettrait de regarder les morts à l’intérieur de leur cercueil ?

Je ne sais pas. Sans doute que cela semble grotesque au premier abord. Mais si cela se généralisait, peut-être que cela lèverait quelques inhibitions. En tout cas, il est tout à fait possible aujourd’hui d’installer des caméras et des éclairages à l’intérieur des tombes et d’avoir une retransmission sur son smartphone via une application. Vous imaginez si un entrepreneur de pompes funèbres voit mon film et a l’idée de concevoir un cimetière sur le même modèle ? Je renonce à mes droits d’auteur et n’en tirerai pas profit ! (Rires.) J’aborde aussi la question de l’environnement : doit-on continuer d’inhumer les gens ? C’est un vrai problème d’actualité.

En soi, le lieu ne me fait pas peur, il est d’ailleurs très populaire au cinéma : il y a toujours une scène où le héros se recueille, même chez les super-héros. Je pense que la crainte vient de la religion. Car cela signifie que l’on croit en la vie après la mort et que les esprits des défunts peuvent surgir sans crier gare. Quand on est athée, on envisage l’endroit tel un mémorial pour les disparus. Personnellement, je n’ai aucun espoir pour la suite, paradis ou enfer, toutes les hypothèses concernant l’au-delà sont affreuses, aucune ne me plaît. On m’a déjà dit : « Tu monteras au ciel et tu retrouveras ta grand-mère. » Mais je n’ai pas envie de lui parler, moi ! (Rires.) Les martyrs musulmans recevraient 70 vierges après avoir passé l’arme à gauche. Qui donc veut cela ?

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Quelle est votre relation à la mort ?

Je n’ai pas peur de l’aborder dans mes films et de m’y confronter. Cela fait partie de la vie d’accepter la mort et son caractère inévitable. La raison pour laquelle je ne suis pas tellement fan des religions car elles prétendent qu’elle n’est pas réelle, ce qui pour moi relève du délire. J’approuve la solution des existentialistes : pour mener une vie authentique, il faut admettre qu’elle s’achève et cohabiter avec cette vérité implacable. Voilà ma philosophie, je n’ai pas besoin d’y penser car c’est ma façon de fonctionner pour trouver du sens.

Lorsqu’un proche décède, on n’y croit pas, on se demande pourquoi, on cherche la raison. Un moyen de dénicher une forme d’explication est la paranoïa, les théories du complot du genre : elle est décédée parce que des docteurs peu scrupuleux ont testé sur elleun traitement expérimental. Donc, d’une certaine manière, ils l’ont tuée puisqu’elle était un rat de laboratoire, un cobaye. Démasquer le coupable, cela nous donne du pouvoir. On sait ce qui se passe dans le monde et on peut même essayer d’agir pour y remédier, tel un agent secret ou un détective privé. Mais il s’agit seulement d’une solution de facilité. L’idée de la conspiration n’est qu’une stratégie dans le processus du deuil.

Après Viggo Mortensen, au tour de Vincent Cassel de jouer votre alter ego à l’écran ?

Je ne vais pas le nier : il a, en effet, comme moi les cheveux blancs coiffés en arrière et s’habille en noir de la tête aux pieds. Mais je ne l’ai pas choisi pour sa masse capillaire qui ressemble beaucoup à la mienne ! (Rires.) Il m’a expliqué s’être inspiré de moi pour construire son personnage, pas dans le détail, mais de manière générale. Je parle très doucement, voire je murmure, alors il a ralenti son débit et s’est fait plus discret. Il a adopté mon accent de Toronto, cela a été facile car on y tournait. Mais c’est le travail des acteurs : devenir quelqu’un d’autre. J’espère que la plupart des spectateurs qui verront Les Linceuls ne sauront pas de quoi j’ai l’air, mais je me doute que les autres trouveront certainement le mimétisme amusant.

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Vous avez imprégné votre intrigue de croyances juives ?

Je suis juif, mais je n’ai pas été élevé dans la religion car mes parents étaient athées. J’ai procédé à des recherches pour ce film et découvert des traditions et des superstitions. Cela prend du temps au mort de renoncer à sa vie sur Terre et de partir. Je m’en suis servi de métaphores. À un moment donné, le cimetière est profané. Au moment où j’écrivais le scénario, ce genre de choses n’arrivait pas. Avec la résurgence de l’antisémitisme, les exemples se multiplient au Canada et même chez vous, en France. Je trouve cela très effrayant, car on se rend compte que cela a toujours été là et il a suffi du conflit au Proche-Orient pour que de tels comportements soient décomplexés. En tant que juif, j’ai toujours été persuadé que l’Holocauste pouvait recommencer où que ce soit depuis que l’État d’Israël a été fondé. Je suis troublé de montrer ces actes de vandalisme à l’écran alors qu’on en dénombre aujourd’hui régulièrement dans la vraie vie.

Êtes-vous visionnaire ? 

À bien choisir, j’aurais préféré ne jamais avoir cette vision.

Est-il vrai qu’il s’agissait au départ d’un projet de série télévisée pour Netflix ?

Oui, je suis allé les voir et le leur ai proposé. Je n’étais plus sûr à l’époque d’être capable de tourner un nouveau film. Quand ma femme est morte, plus rien ne m’intéressait, je n’avais envie de rien, encore moins de créer. J’adore le format du feuilleton sur une plateforme de streaming. J’ai pris l’avion pour Los Angeles alors que je ne voyageais plus nulle part. C’était bien avant la pandémie. Netflix a dit oui et a financé l’écriture des deux premiers épisodes. Puis, et j’ignore pourquoi, ils ont décidé de ne pas poursuivre l’aventure.

« Bien sûr, j’étais ému, mais je me concentrais pour essayer de sublimer mon artisanat »

Mais j’aimais ce que j’avais rédigé et je les ai remerciés car sans eux, je n’aurais pas eu de scénario. J’ai voulu une fin ouverte pour que le spectateur puisse se projeter. Je tenais tellement au projet que j’ai trouvé un producteur qui souhaitait me suivre. Cela demande beaucoup d’objectivité de mettre en scène. Je vous rassure, je ne sanglotais pas sur le plateau, je me focalisais sur tous les impératifs techniques à résoudre : la lumière, les décors, les costumes, les accessoires… Bien sûr, j’étais ému, mais je me concentrais pour essayer de sublimer mon artisanat. Le cinéma se délecte de la beauté. Je ne sais pas ce que je vais faire après. Je profite de l’instant présent et je suis en bonne forme !

Les Linceuls ★★, de David Cronenberg, avec Vincent Cassel, Diane Kruger, Guy Pearce. 2 heures. Sortie mercredi.

Quatre ans après le décès de sa femme à la suite d’un cancer, Karsh, 50 ans, crée un système révolutionnaire mais controversé au sein du cimetière qu’il administre, offrant à toute famille en deuil la possibilité de voir la décomposition du corps du défunt via une caméra de surveillance placée dans le cercueil. Une nuit, plusieurs tombes sont saccagées. Qui a commis un tel acte ? Bienvenue dans l’univers de David Cronenberg, qui relaie à la fois ses préoccupations intimes et les angoisses de notre société contemporaine, jusqu’aux considérations écologiques (faut-il opter pour la crémation et ainsi se recycler plus vite ?).

Romantisme macabre, paranoïa, théorie du complot, voyeurisme, obsession pour le corps, intelligence artificielle : le récit, certes statique et théorique, s’avère très touchant quand il prend le pouls de son créateur veuf rongé par la tristesse, mais aussi par sa sensibilité, sa pudeur et son humanisme. Tout en privilégiant le hors-champ et en posant des questions d’ordre éthique à travers l’hypothèse de connecter les vivants aux morts, qui fait voler en éclats les tabous.


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