
Il y a deux ans exactement, le jeune Lucas se donnait la mort après avoir été victime de harcèlement. C’est à lui et à tous ceux qui ont été confrontés à ce fléau que Philippe Besson dédie son vingt-quatrième roman. Un sujet dont l’actualité ne s’est pas démentie depuis et qu’il a choisi d’aborder frontalement.
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Le livre s’ouvre sur une marche blanche en hommage à un jeune garçon de 14 ans qui, pour en finir avec le harcèlement, a lui aussi préféré se suicider. Son père, ravagé par le chagrin, se souvient : les premières remarques insidieuses proférées par les deux caïds du collège. Puis les attaques répétées. Les jeux abjects. Les SMS orduriers. Les vidéos humiliantes sur les réseaux sociaux. Le bannissement. L’isolement. La honte. Un processus décrit avec une telle acuité que l’auteur connaît forcément son sujet de l’intérieur.
Au fil des pages se dessine le portrait émouvant d’un adolescent stigmatisé parce que différent. Fragile, sensible, bon élève, suspecté d’homosexualité, aimant les livres et vouant un culte à Rimbaud. Pas de quoi pavoiser dans la cour de récré. Comment survivre sans être dans la norme ? Telle est la question posée par ce roman. Philippe Besson choisit de se mettre dans la peau du père de l’adolescent. Un père rongé par la culpabilité. Un père qui n’a rien vu venir et commence à ouvrir les yeux alors qu’il est trop tard.
C’est un monologue plein de colère et de chagrin que fait entendre l’écrivain. Son style sobre, presque lapidaire, épouse à la perfection la sidération d’un homme qui n’en finit pas de se demander comment il aurait pu éviter l’irréparable : « Nous autres, les parents, nous retrouvons dans une situation impossible. Soit nous reculons, nous abdiquons, et rien ne prouve que les choses s’arrangeront ; soit nous combattons, mais en risquant de jeter de l’huile sur le feu. »
Sa femme, ayant décelé avant lui le mal-être de leur fils, suggérera de s’en remettre à l’Éducation nationale. Aucune action digne de ce nom ne sera intentée. L’écrivain ne juge pas. Il donne à voir. La victime. Les bourreaux. L’engrenage. Vous parler de mon fils est un livre choc. Un livre essentiel dont aucun parent ne peut ressortir indemne.
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Vous parler de mon fils, Philippe Besson, Julliard, 208 pages, 20 euros.
Source : Lire Plus





