Brownsville, Nogales, El Paso : autant de points de passage texans le long du Rio Grande désormais étonnamment calmes. Même Bernie Sanders l’admet : Trump obtient des résultats sur l’immigration illégale. Le sénateur démocrate d’ultragauche jugeant que, sous la présidence Biden, « rien n’avait vraiment été fait avant sa dernière année au pouvoir ». En moins de cent jours, les traversées de clandestins sur le territoire américain ont baissé de plus de 90 %. Le meilleur chiffre depuis les années 1960. La fin de la pratique du « catch and release », « attrapez et relâchez », le rétablissement des « Migrant Protection Protocols », qui obligent les demandeurs d’asile à rester au Mexique pendant le traitement de leur demande, mais également le déploiement de 1 500 soldats de l’armée et de la garde nationale à la frontière sud expliquent ce succès.
Seul débat : le nombre d’expulsions. Il s’établirait à 70 000 personnes (au mieux) sur un peu plus de trois mois. On reste loin du cap du million par an, l’objectif fixé par Trump en début de mandat. Il est même moindre que sous Biden sur la même période l’année dernière. Mais les entrées sont moins nombreuses et la plupart des expulsés se trouvaient à la frontière : ils sont logiquement plus facilement trouvables que ceux qui se sont dispersés sur le territoire. Trump veut promouvoir l’« auto-expulsion » avec des primes de plusieurs milliers de dollars pour les illégaux qui consentiraient à se signaler et la possibilité de revenir légalement travailler sur le territoire.
Politique étrangère ★★★
Pour les efforts et l’audace, davantage que pour les résultats

Trump voulait régler le conflit entre la Russie et l’Ukraine en vingt-quatre heures. Il le martelait en campagne. Dur retour à la réalité. Devenu président, ce dernier a réajusté sa promesse à cent jours, avant d’admettre que la guerre prendrait « des mois à être résolue ». Des discussions sérieuses ont été entamées entre les parties, notamment par l’entremise de son envoyé spécial Steve Witkoff. Mais également entre Trump et Poutine, directement au téléphone avant une rencontre en Arabie Saoudite toujours repoussée. Aucun cessez-le-feu global n’a été conclu. Seul l’accord sur la sécurité de la navigation dans la mer Noire constitue un résultat tangible.
L’approche directe, parfois abrupte, de Trump en matière diplomatique a pu froisser certains de ses alliés. En revendiquant le Groenland, il a suscité l’ire du Danemark – auquel ce territoire appartient – et en appelant le Canada le « 51e État », il a braqué Ottawa et fait gagner en popularité les libéraux.
Au Proche-Orient, il a réussi à maintenir un cessez-le-feu de 42 jours dans la bande de Gaza – interrompu le 18 mars –, mais sa proposition de prendre le contrôle du territoire côtier pour une faire une « nouvelle Riviera » a été fraîchement accueillie… Notamment par les Saoudiens, avec qui il est en négociation pour les intégrer aux accords d’Abraham de 2020.
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Le style de gouvernance ★★★★
L’action est tous azimuts mais parfois confuse
La révolution Trump se passe dans le Bureau ovale. Le président a engagé les États-Unis sur la voie du tout-exécutif. Il avait promis de signer 100 décrets en cent jours, il en aura signé 130. Plus, sur la même période, que Franklin D. Roosevelt, spécialiste en la matière et dont les prérogatives exécutives avaient transformé l’exercice de la fonction. Exit le rôle traditionnel du Congrès qui, malgré des majorités étriquées, est acquis au président. Trump voulait aller vite… Souvent de manière très symbolique : retrait de l’accord de Paris sur le climat, fin de la « censure fédérale » sur les réseaux sociaux, interdiction des transgenres dans les sports féminins… Beaucoup de ces executive orders ont été attaqués en justice : celui portant sur le droit du sol ou plusieurs coupant dans les financements fédéraux d’administration que Trump veut supprimer. Les juges fédéraux ont également temporairement bloqué l’ordonnance de Trump visant à restreindre les soins de « réorientation sexuelle » pour les personnes de moins de 19 ans et le transfert des femmes transgenres incarcérées vers des établissements pour hommes. D’autres décrets ont une portée très relative, comme celui relatif à la pression des pommeaux de douche et des urinoirs… problématique, il est vrai, dans un pays où la plomberie n’a parfois pas été refaite depuis Eisenhower.
Pouvoir d’achat ★★★
Le pétrole est l’ami du consommateur américain… qui continue d’acheter chinois !

L’automobiliste américain (c’est-à-dire l’Américain moyen) est ravi : le prix à la pompe a enfin baissé. Dans certains États, le gallon s’affiche à 2,70 dollars (soit environ 60 centimes d’euro le litre). Sa politique du « drill, baby, drill » commence à avoir des effets, spécialement depuis que Trump a levé plusieurs restrictions environnementales, autorisé de nouveaux forages dans le golfe d’Amérique (ex-golfe du Mexique pour les Américains) et permis le « downhole commingling », « exploitation de fin de puits », qui permet d’extraire davantage de pétrole à partir des mêmes puits. L’inflation est à un des points les plus bas depuis cinq ans, principalement du fait de la baisse du prix de l’énergie.
Mais il reste beaucoup à faire : sur les prix des médicaments ou sur le prix de l’immobilier. Les atermoiements sur les droits de douane, notamment face à la Chine, ne permettent pas de dégager de tendance à long terme sur l’augmentation du pouvoir d’achat.
Le changement doctrinal ★★★★
Pour son approche décomplexée qui annonce des festivités pour le 250e anniversaire de l’indépendance très conservatrices

Trump a opéré le plus grand bouleversement culturel américain depuis le vote sur les droits civiques sous Johnson en 1965. En mettant fin aux politiques de « diversité, équité et inclusion » dans les écoles, l’administration, l’armée et l’entreprise, le républicain efface vingt ans d’outrance bien-pensante. Prônant le « bon sens » et le retour à une société « basée sur le mérite et les valeurs traditionnelles ». Avec le décret 14168, intitulé « Défendre les femmes contre l’extrémisme de l’idéologie de genre et restaurer la vérité biologique au sein du gouvernement fédéral », Trump a ordonné que les documents officiels ne mentionnent que les sexes masculin et féminin. Le républicain a également ordonné des poursuites contre les enseignants qui facilitent la transition des mineurs transgenres.
Dans un pays où certaines villes sont désormais à majorité hispanophones (comme Miami ou Laredo), Trump a également signé un décret qui n’est pas anodin, puisqu’il désigne l’anglais comme seule langue officielle des États-Unis. Une première dans l’histoire américaine.
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