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Veut-on aider les toxicomanes à survivre dans la rue… ou à en sortir ?



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29 Avr 2025
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Veut-on aider les toxicomanes à survivre dans la rue… ou à en sortir ?
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La politique publique en matière de toxicomanie en France a été mise à l’épreuve dans les années 1990, face à l’urgence de la crise du VIH et aux overdoses mortelles. À ce moment-là, la réduction des risques (RDR) s’est imposée, à raison, comme une réponse pragmatique et efficace. En 2025, soit un quart de siècle plus tard, la réduction des risques est devenue un modèle figé, sans autre ambition que la gestion des symptômes par l’accompagnement sécurisé de la consommation. L’objectif pourtant essentiel qui consiste à aider les toxicomanes en les soignant de leur addiction est oublié.

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Non contents d’avoir, depuis 2016, dégradé la vie des riverains de la salle de consommation à moindre risque, située au cœur d’un quartier près de la gare du Nord, les pouvoirs publics ont récidivé. Cette fois encore, ils n’ont rien trouvé de mieux que d’ouvrir toujours à Paris un CAARUD pour consommateurs de crack, rue de Cléry, au milieu d’habitations et de commerces.

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Et cette fois encore, sans concertation avec les riverains concernés. Très vite, ici, comme autour de la salle de consommation à moindre risque, les nuisances sont apparues et se sont installées : seringues abandonnées et consommation de drogue sur la voie publique, trafic, bagarres, insécurité croissante.

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Un discours déconnecté de la réalité

Face à la gravité de la situation, le directeur général de l’ARS (agence régionale de santé) d’Île-de-France a annoncé la suspension des activités du CAARUD de la rue de Cléry à compter du 28 avril. Dans un communiqué officiel, il indique que « la prise en charge dans un cadre apaisé et serein des usagers du CAARUD et la sécurité des équipes ne peuvent plus être garanties », rendant « impossible l’exercice des missions de santé publique, dont le bien-fondé n’est pourtant pas contesté ».

Son objectif : « apaiser les tensions ». Mais d’où viennent ces tensions ? À lire entre les lignes ce communiqué, chacun comprend, qu’elles ont pour origine les riverains, coupables d’avoir dénoncé la dégradation de leur cadre de vie. Cette inversion de la charge est choquante. Tout comme est choquante l’intention de l’ARS de réunir prochainement, en vue d’apaiser la situation, tous les acteurs institutionnels concernés, mais sans les riverains. Ceux-ci n’ont qu’un droit : celui de se taire et accepter le fait accompli.

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La suspension temporaire de l’activité du CAARUD acte pourtant l’échec de ce dispositif qui, loin d’apaiser l’espace public contrairement à ce qu’affirme l’ARS, a eu l’effet exactement inverse.

Pourtant certaines voix, celles de leurs promoteurs, continuent d’affirmer que ces centres n’attirent pas les consommateurs de drogue. Et que s’ils sont implantés à certains endroits c’est parce qu’il y avait déjà sur place une « scène ouverte de consommation » comme ils disent. Autrement dit, braves gens, grâce à ces centres, vous verrez désormais la vie en rose ! Ce discours est, à l’évidence, totalement déconnecté de la réalité observable sur le terrain et il dénote un mépris souverain des riverains.

Sortir de la logique du renoncement

Le modèle actuel de réduction des risques parvient certes à limiter quelques dommages sanitaires, mais il laisse notamment les consommateurs les plus fragiles, dans une situation d’errance thérapeutique inefficace et indéfendable. Là où ils sont en droit d’espérer un accompagnement résolu vers la sortie de la drogue, on leur propose un café, une douche et une pipe à crack ou une seringue.

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« C’est déjà ça ! » direz-vous, ou « c’est le premier pas », comme le répètent à l’envi les tenants de cette approche. Mais à combien de mois, combien d’années faut-il attendre pour parvenir aux pas suivants ? La majorité des consommateurs concernés, y passent, hélas, toute leur vie.

Par ailleurs, les fermetures de lits de sevrage, la pénurie de lits en post-cure, et les faibles moyens dont est dotée la psychiatrie ne font qu’aggraver cette situation. Au-delà de la question sanitaire, l’inefficacité de la politique actuelle soulève un enjeu politique majeur : cette gestion de la toxicomanie comme une fatalité peut-elle continuer à ignorer les effets de ces structures sur les quartiers, sans perdre la confiance des citoyens ?

« La qualité de vie des riverains ne peut être sacrifiée au nom d’un dogme »

Comment concilier le traitement de ce problème de santé publique et la prise en compte de la sécurité et de la tranquillité des citoyens ? Aujourd’hui, les riverains de ces structures qui témoignent de leur vécu dégradé, sont inévitablement accusés de manquer d’esprit de solidarité, d’être des égoïstes voire des fascistes. Cette présentation caricaturale n’est pas acceptable : d’une part, parce qu’elle les stigmatise injustement et sans fondement, d’autre part, parce qu’ils sont, en grande majorité, demandeurs d’une prise en charge véritable et complète des toxicomanes, qui ne se fasse pas pour autant au détriment de leurs droits.

Il est grand temps que les associations de la réduction des risques et certains élus, qui font la promotion des centres pour addicts dans des quartiers habités, cessent de vouloir le bien des riverains à leur place, car ils penseraient mal.

Un changement de cap s’impose avec trois priorités :

• Offrir aux toxicomanes un parcours de soins, avec des contrats d’engagement, des lieux de sevrage et post-cure, ainsi qu’un accompagnement sur le long terme dans des communautés thérapeutiques, sans tabou sur l’obligation de soin quand leur état de santé le nécessite.

• Respecter les riverains, dont la qualité de vie ne peut être sacrifiée au nom d’un dogme.

• Articuler la politique de santé avec celle de la sécurité publique, et veiller à ce que les centres pour addicts soient installés à l’écart de riverains et à distance des lieux de deal.

Une société se juge à sa capacité à prendre soin de ses membres les plus vulnérables, mais les autres ont aussi des droits légitimes qui ne peuvent être bafoués.


François Diot est hypnothérapeute et ancien chef de service d’un CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues).

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