Le prochain conclave décidera du sort du catholicisme bimillénaire. Ou bien la fumée blanche désignera un pape de l’unité ou bien les fractures s’ouvriront davantage et peut-être de manière irrémédiable. Aujourd’hui, les trois balises de la foi ancestrale vacillent : le dogme, la morale, la liturgie.
Et d’abord, le dogme. D’un tempérament péroniste, François a inauguré un style nouveau de papauté. Il s’est fait l’interprète de la « théologie du peuple ». S’émancipant de la tradition, qui n’est autre qu’un enseignement tenu par les enseignements antérieurs, le magistère a pris son autonomie, au nom de l’idée qu’il revenait aux chrétiens de base d’avaliser les audaces inaugurales.
Le danger, évidemment, c’est que le « peuple de Dieu », cédant à l’hubris, finisse par croire que 2 000 ans de saints n’ont rien compris au message du Christ. Le pape François a exposé le dogme au risque de la synodalité. Il a voulu abolir la constitution hiérarchique de l’Église. Son successeur poursuivra-t-il cette révolution ? La synodalité, c’est la pyramide renversée. Or l’Église n’est pas une démocratie. « L’Église synodale », c’est le risque d’un soviet dogmatisant, où, très vite, les sociales-sacristines prendraient le pouvoir.
D’un tempérament péroniste, François a inauguré un style nouveau de papauté
Sur la morale, le pontificat de François a cherché à concilier deux lignes : une ligne de continuité sur la question de la vie. François a été d’une fermeté rassurante quant à la protection absolue de l’enfant à naître, osant même comparer les médecins avorteurs à des « tueurs à gages ». Quant à l’abandon des vieillards, menacés par l’euthanasie, il a parlé d’une « culture du déchet ». Mais il y a aussi une ligne de discontinuité qui ne laisse pas d’inquiéter beaucoup de cardinaux. Au nom d’un « nouveau chemin pastoral vers les périphéries », le Vatican a mis au premier plan les exigences de morale sociale et écologique, reléguant ainsi les questions de morale traditionnelle. La congrégation pour la doctrine de la foi a rompu avec le catéchisme de l’Église catholique en préconisant, dans le document Fiducia supplicans, « la bénédiction des couples homosexuels ».
Au fil de ses encycliques, François a dressé une nouvelle liste de péchés sociaux « contre la création, contre les peuples indigènes, contre les migrants ». Les atteintes à l’environnement « blessent l’Église verte ». On parle de « notre sœur la Terre ». Bientôt, il faudra – comme dit Christophe Dickès – « aller se confesser de son attachement à la voiture thermique ». Quant au refus de l’immigration, c’est un « péché occidental » qui, selon le pape décolonial, contredit la parousie du migrant.
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Enfin, la troisième balise qui vacille, c’est la liturgie, devenue un self-service : François aura déconstruit la ligne d’ouverture esquissée par Benoît XVI, en faveur de la tradition. Confiant son aversion pour le rite tridentin, il est revenu sur le motu proprio de son prédécesseur qui tenta d’inscrire l’aggiornamento dans une « herméneutique de continuité ».
La messe de saint Pie V est désormais malvenue. Je me souviens pourtant d’une mise en garde judicieuse du cardinal Ratzinger, lors d’une rencontre à Rome : « L’Église ne peut pas interdire ce qui a été le cœur de sa vie pendant des siècles. » Car la messe, aujourd’hui suspecte, est celle-là même qui a porté la foi de nos pères, celle-là même qui a porté à la sainteté la jeune Thérèse de Lisieux, la jeune Bernadette de Lourdes, le curé d’Ars et tant d’autres.
Le rite traditionnel suscite – ô surprise ! – l’engouement inattendu de la jeunesse qui pèlerine à Chartres, de plus en plus nombreuse. Il porte trois vertus : d’abord on ne parle pas la même langue quand on s’adresse à Dieu ou qu’on discute avec son boucher. Ensuite, l’autel, le prêtre sont « orientés », tournés vers l’Orient, ad orientem, vers le Golgotha. Nous revoilà dans une église théocentrée et non plus démocentrée. Enfin, le chant grégorien est un gémissement primordial et doux qui apprivoise les profondeurs surnaturelles de l’âme. L’unité passe par la messe. La messe passe par la tradition.
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