Elle ne quitte plus nos écrans. Révélée en 2023 grâce à son rôle dans Les Nuits de Mashhad, qui lui a valu un prix au Festival de Cannes, Zar Amir Ebrahimi impose sa présence magnétique et son jeu tout en intensité dans le cinéma mondial. À l’affiche dans Lire Lolita à Téhéran, l’actrice iranienne, qui a dû fuir son pays il y a quelques années, incarne dans le beau film de Karim Moussaoui la chef d’un restaurant en Algérie, une femme indépendante et libre qui va aider un jeune fils à papa à se libérer de la tutelle familiale qui l’étouffe. Barbara Théate
Tardes de Soledad
Oubliant l’arène pour mieux scruter l’homme, Albert Serra suit au plus près le matador péruvien Andrés Roca Rey, 28 ans, star de la corrida. On est fasciné par cette manière d’approcher la violence sans l’exhiber et de filmer la tauromachie comme un mystère sacré et primitif. Ni plaidoyer ni réquisitoire, juste un regard nu et troublant. Le film a reçu la Coquille d’or du Festival de Saint-Sébastien. Alix Avril
D’Albert Serra, avec Andrés Roca Rey, 2 h 05.
La série de la semaine
Le Napoléon des fourneaux
De la rue aux salons dorés de l’Empire, Carême retrace l’ascension d’un orphelin génial devenu le roi des fourneaux. Entre sauces, intrigues et manigances napoléoniennes, le jeune Antonin, incarné avec rigueur par Benjamin Voisin, passe des fourneaux aux arcanes du pouvoir, sous l’œil retors de Talleyrand. Si la série brille par ses décors somptueux et son souci du détail, elle reste sur la réserve côté émotion. Portrait d’un prodige et fresque poli tique, Carême est une série savoureuse et singulière, à la croisée de l’histoire et de l’art de vivre à la française. A. A.
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Carême, de Martin Bourboulon, avec Benjamin Voisin, Lyna Khou dri. Huit épisodes de 42 minutes. Disponible sur Canal+.

L’expo à ne pas rater
L’art est dans la rue
Voilà une exposition qui va plaire aux touristes venus de l’étranger. Le musée d’Orsay surprend en proposant un ensemble exceptionnel de 230 œuvres, pour raconter com ment l’affiche illustrée a connu un essor dans la seconde moitié du XXe siècle à Paris. Des artistes s’y essaient (Henri de Toulouse- Lautrec, Alfons Mucha, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Théophile Alexandre Steinlen) et ces images iconiques envahissent les murs, les palissades, les kiosques, les colonnes Morris, le métropolitain et même les toi lettes ! Pour capter le regard des passants. Stéphanie Belpêche
musee-orsay.fr. Jusqu’au 6 juillet.
Le spectacle à voir
Opéra : les coulisses en grand format
Envie de découvrir l’opéra autrement ? L’opération Tous à l’Opéra fait son retour au printemps et ouvre grand les portes d’opéras à travers la France. À Paris comme en province, pour sa 18e édition, 21 maisons dévoilent gratuite ment leurs coulisses. Au pro gramme : répétitions publiques, ateliers maquillage, visites guidées, leçons de chant, cours de danse et même karaoké lyrique à Bordeaux. Du Palais Garnier à l’Opéra de Nice en passant par l’Opéra de Tours et celui de Dijon, le public est invité à entrer de l’autre côté du rideau. Un succès populaire qui ne se dément pas depuis 2007. A. A.
tous-a-lopera.fr. Jusqu’au 11 mai.
À lire
François Mitterrand, notre dernier président de droite !
« La politique, c’est une histoire de bande ! » disait François Mitterrand, le premier président socialiste que la France a connu. Celle qui l’entourait dans l’ombre depuis son adolescence n’avait jamais été racontée. Comme chez Alexandre Dumas, les trois mousquetaires étaient d’ailleurs quatre ! BNF Avec, autour de François Mitterrand, trois hommes de droite assumés issus de la droite maurrassienne : Francois Dalle, patron de L’Oréal, André Bettencourt, ministre du général de Gaulle et le général Pierre de Bénouville, grand résistant, fondateur du mouvement Combat. De lui, Sébastien Le Fol soutire cette confidence savoureuse : « Ne vous fiez pas aux apparences, François est des nôtres. Les Français ont élu le dernier président de droite mais ils ne le savent pas. » Une enquête renversante. Pascal Meynadier
En bande organisée. Mitterrand, le pacte secret, Sébastien Le Fol, Le Livre de poche, 312 pages, 8,90 euros.

Le retour du chevalier oublié
Oublié depuis des siècles, Ségurant, preux chevalier de la Table ronde, retrouve un peu de lumière grâce à Emanuele Arioli. Après dix ans de recherches à travers les bibliothèques d’Europe, ce jeune médiéviste prodige exhume une légende ensorcelante : celle d’un champion invincible lancé à la poursuite d’un dragon cracheur de feu par les fées Morgane et Sibylle. Mêlant érudition et souffle épique, Arioli offre une traduction inédite de ce roman arthurien longtemps disparu et ressuscite tout un pan de notre imaginaire collectif. À l’heure où l’on rêve de réenchantement, ce Ségurant a tout d’un héros pour aujourd’hui. A. A.
Ségurant, le chevalier au dragon, Le Livre de poche, 288 pages, 7,90 euros.
Derrière le cliché, les hommes
Adolf Hitler devant la tour Eiffel : la photo est si célèbre et si sombre qu’on n’osait penser aux secrets qu’elle renfermait. Dans La Visite, Michel Guénaire nous en explique avec précision les coulisses et en reprend le déroulé monument après monument. On découvre l’académisme hypermnésique et technophile de Hitler, la personnalité trouble d’Albert Speer et, moins connu, le tempérament timide d’Arno Breker, en artiste dépassé par l’événement politique qui se joue avec lui. Georges Grange
La Visite, Michel Guénaire, Grasset, 143 pages, 17 euros.
Confessions d’un condamné
Sénèque n’a plus qu’un après midi à vivre. Dans L’Ami du prince, Marianne Jaeglé imagine sa dernière lettre, adressée à Lucilius, comme une confession lucide et bouleversante. Philosophe stoïcien, conseiller trop humain d’un empereur devenu monstre, il revient sur les errements du pouvoir, la séduction de l’influence et l’impuissance à enrayer la folie de Néron. Cette plongée au cœur de la Rome impériale, saluée récemment par le prix Madeleine Daniélou, fait entendre une voix antique d’une actualité saisissante. L’auteur, fine connaisseuse de l’histoire et des âmes, excelle à mêler rigueur et souffle romanesque : une brillante traversée dans les ombres du pouvoir. A. A.
L’Ami du prince, Marianne Jaeglé, L’Arpenteur, 266 pages, 21 euros.
Le mot rare
Vésanie : dérèglement d’esprit, folie
La vésanie était à l’origine un terme médical pour désigner toutes les aliénations mentales, avant d’être remplacé par le mot « psychose ». Ce qui est amusant, c’est qu’en quittant la psychiatrie, ce mot est passé brièvement dans le langage courant : on en retrouve de nombreuses occurrences jusqu’en 1914, comme synonyme de propos confus et délirants. C’est dire si on devrait remettre ce terme à la mode ! G. G.
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