À 18 ans, elle crève l’écran dans Les Nerfs à vif (1991), thriller culte de Martin Scorsese avec Robert De Niro en prédateur sexuel qui la convoite. Juliette Lewis devient une égérie badass et tape dans l’œil des plus grands : Clint Eastwood (Bronco Billy), Woody Allen (Maris et femmes), Oliver Stone (Tueurs nés), Kathryn Bigelow (Strange Days) et Robert Rodriguez (Une Nuit en enfer). Avant de passer sous le radar au début des années 2000…
La comédienne aujourd’hui âgée de 51 ans, au caractère toujours aussi affirmé, est enfin de retour sur le devant de la scène dans Du sang dans la neige, un western dans lequel elle interprète une cheffe de gang féroce qui vit de braquages et de kidnappings. L’occasion pour la star indomptable de donner libre cours à sa folie. Entretien au dernier Festival de Deauville, où le film était présenté en avant-première.
Le JDD. Comment êtes-vous arrivée dans cette aventure ?
Juliette Lewis. J’aime surprendre le public, changer de registre, être là où on ne m’attend pas. Tout en ne sachant pas si je vais y arriver ! Je travaillais sur Yellowjackets [disponible sur MyCanal] quand on m’a soumis la proposition. J’avais enchaîné plein de séries télévisées depuis la pandémie, et très envie de revenir au cinéma. Parce que je maîtrise son processus de fabrication : le tournage est limité, il y a un début, un milieu et une fin, et un seul réalisateur. J’ai été approchée par Peter Dinklage, à la fois acteur et producteur, qui portait ce projet à bout de bras depuis douze ans. Un rôle haut en couleurs comme celui-là, j’en rêvais depuis longtemps : une tueuse de sang-froid ! C’était amusant de trouver les moyens de convaincre en parlant, en marchant et en me tenant différemment, le visage balafré et quasiment sans maquillage.
Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
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On voit rarement des méchantes dans un western. Gamine, j’étais un peu garçon manqué car je prenais exemple sur mes frères, je les imitais, je jouais les dures à cuire, je roulais des mécaniques. Ce genre de comportement est amusant, car si différent de celui que les femmes doivent adopter en société et qu’on leur a inculqué dès le plus jeune âge. Je suis guidée par mon instinct. J’interprète une anti-héroïne totalement dénuée d’empathie, qui a été élevée dans la maltraitance et eu recours à la violence pour survivre.
Comment vous êtes-vous transformée physiquement ?
J’ai renoncé à toute forme de coquetterie ! Le changement s’opère de l’intérieur, je commence par identifier l’énergie du personnage. J’ai surtout passé beaucoup de temps à cheval sur le tournage au Canada. Le mien s’appelait Cisco et était plutôt docile. J’ai monté de 8 à 12 ans. Je n’étais pas trop mauvaise, si bien que j’ai fait des compétitions et du saut d’obstacles. Mon métier me permet de puiser dans mes expériences pour nourrir le rôle. Mais je vous le confesse : depuis Tueurs nés, je ne suis jamais à l’aise quand il s’agit de manier une arme à feu.
« À 51 ans, j’ouvre un nouveau chapitre de ma carrière »
Vous vous délectez à incarner les fortes têtes ?
En effet, mais mes personnages sont toujours tourmentés ou traumatisés, avec plusieurs couches superposées qui, une fois qu’on les ôte, révèlent une sensibilité. J’ai toujours voué une admiration sans borne à Meryl Streep, et à la façon dont sa carrière a évolué au fil des décennies. J’ai aujourd’hui 51 ans, j’ouvre un nouveau chapitre de la mienne et je viens de finir trois films. J’espère que le cinéma indépendant américain que je soutiens va connaître une renaissance. Car il y a tellement de contenu maintenant à la télévision ou sur les plateformes de streaming qu’on arrive à saturation. On cherche des histoires qui ne sentent pas le réchauffé, qui rompent avec les conventions, qui soient uniques, étranges, sauvages et imprévisibles.
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