Anne-Marie, la soixantaine, ne pensait pas assister à l’annonce du nouveau pape ici, à Notre-Dame de Paris. Cette pratiquante vient tous les jours à la messe de 19 h. Alors qu’elle pressait le pas, elle a entendu sonner les cloches de Notre-Dame, et s’est « doutée de quelque chose qui lui a mis la puce à l’oreille ». En même temps, place Saint-Pierre, la fumée blanche s’échappait de la cheminée de la Chapelle Sixtine : un nouveau pape était élu.
Une fois sur place, elle s’est recueillie dans l’attente du nom du nouveau Successeur de Saint Pierre, devant le saint sacrement exposé sur l’autel, entouré de bougeoirs flamboyants. En fond, la lecture de l’Évangile de Saint-Jean, par un prêtre, et ces mots du Christ : « Sois le berger de mes agneaux. Sois le pasteur de mes brebis » (21, 15-19) et les chants du « Laudate Dominum ». Dans quelques instants, le nom sera connu. Des mains se pressent sur des dizainiers. D’autres, recueillis, s’agenouillent. Mais si les quelques bancs tout devant se font plus priants, les bancs restent clairsemés et les touristes continuent à déambuler le long des chapelles latérales, sans se soucier le moindre du monde du nouveau chef d’État du Vatican.
« Il s’inscrit dans une certaine continuité »
À 19h30, le Chanoine Olivier Ribadeau-Dumas – recteur-archiprêtre de Notre-Dame et administrateur de notre paroisse – s’interrompt dans les chants pour allumer un iPad. De la place Saint-Pierre, la foule en liesse crie et chante. Le nom du nouveau pape est enfin dévoilé : le cardinal Prévost. La joie bruyante qui s’élève du Vatican contraste avec le silence total de la cathédrale. Sur les bancs, clairsemés, les pratiquants, qui ont accès aux premiers rangs, restent cois. Il y a bien une tentative d’applaudissement, mais elle s’éteint d’elle-même au bout de quelques fractions de seconde.
« Non, je ne connais pas ce pape… » souffle une voisine. Et de poursuivre : « J’ai regardé la prestation de serment des cardinaux, je les ai trouvés tous sereins et sérieux, je ne doute pas de cette décision, qui a été impulsée par le souffle de l’Esprit Saint. »
Même analyse pour Martin, pour qui une décision si rapide « ne peut être inspirée que d’en haut ». Clara l’avoue, elle va se renseigner sur ce pape en rentrant chez elle. Pas étonnant, le cardinal Prévost est l’un des cardinaux les plus discrets et peu médiatiques du Conclave, malgré de hautes responsabilités puisqu’il avait été nommé en 2023 par François à la tête du Dicastère pour les évêques. Même son de cloche du côté de Charles, qui sourit en listant les multiples ascendances du nouveau pape : « Tout le monde est content : américains, français, italiens, espagnols… Il a en plus exercé une partie de son ministère au Pérou… » Il a apprécié que le pape prenne la parole en français : « Que la paix soit avec vous. »
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Le seul élément sur lequel les fidèles se raccrochent est le nom choisi par ce nouveau Pape : Léon XIV. Anne y voit un signe rassurant d’humilité : « Il s’inscrit dans une certaine continuité, sur les pas de Léon XIII, Léon le Grand. Et quel Pape ! Celui de multiples réformes, celui qui a posé les bases de la doctrine sociale de l’Église. » Elle attend beaucoup, et avec confiance et espérance de ce pape, elle qui a lu avec ferveur « Rerum novarum », une des encycliques les plus importantes de Léon XIII.
Elle compte sur lui pour qu’il prenne à bras-le-corps les difficultés de l’Église actuelle et permette également, dans les pas de Léon le Grand un tournant dans l’histoire de l’Église : « J’ai beaucoup aimé la prise de parole du chanoine Olivier Ribadeau-Dumas, qui nous a éclairés avec quelques textes de Léon XIV. Cela me permet de mieux situer notre pape actuel. Léon XIV a voulu faire entrer l’Église dans le XIXe siècle, Léon XIII veut sûrement faire la même chose au XXIe : apporter la paix et encourager la lecture de la parole de Dieu. »
Antoinette, elle, est venue en famille, avec sa fille de 10 ans et son mari. S’ils sont tous catholiques et ont suivi de loin les listes de « papabibli », ils n’ont rien retenu sur celui-ci. Pour la mère de famille, le fait que ce pape soit américain n’est pas si étonnant : « C’est des États-Unis qu’a foisonné le mouvement, si fort maintenant en France et dans le monde, du Renouveau charismatique. Je pense qu’ils ont beaucoup à nous apporter, notamment dans leur rapport assumé et décomplexé à la foi. » Son mari à côté abonde.
Pas de veillée de prière ce soir à Notre-Dame. Après la traditionnelle bénédiction solennelle Ubi et Orbi, les fidèles se dispersent un à un. Une annonce qui aura été à l’image de ce nouveau pape : en toute discrétion. « Et sans le connaître, j’ai déjà une entière confiance en lui », sourit Anne-Marie et rangeant son chapelet dans sa poche.
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