
C’est surtout dans les pages de Libération que vous risquez, dans la presse mainstream, de croiser le nom de Jean-Yves Le Gallou. On vous l’y présentera comme un théoricien identitaire inquiétant, presque comme un Saroumane d’extrême droite. Sa réputation le précède. Même au RN, on se fait une fierté de s’en méfier. C’est peut-être pour déconstruire cette légende noire qu’il vient de publier ses Mémoires identitaires. À travers elles il raconte de l’intérieur l’histoire du camp national depuis un peu plus d’un demi-siècle, alors qu’elle nous est plus souvent présentée par ceux qui le conspuent et qui transforment ses acteurs en monstres infréquentables assimilables au bois mort de l’humanité.
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Point de départ, comme c’est souvent le cas : Mai 68. Jusqu’alors, le jeune Le Gallou se percevait comme un homme de droite modérée rêvant de rejoindre une élite qu’il estimait. Il a vu cette élite s’effondrer et en fut à jamais dégoûté. À la recherche d’une radicalité sur laquelle s’appuyer pour reconstruire un ordre affaissé, il s’est alors rallié à la Nouvelle Droite naissante, dont il fut un membre actif, d’abord au GRECE, mais surtout au Club de l’Horloge. Ce dernier se proposait de refonder doctrinalement la droite – c’était le moment inaugural de la droite « décomplexée ». Le Gallou, alors engagé au Parti républicain, une composante de l’UDF, était respecté et considéré par la droite classique et ses grands barons.
Il théorisa à ce moment un concept alors jugé modéré : la préférence nationale, dont il fit un livre en 1984. Petit détail qui n’en est pas un : à l’époque, il était publié chez Albin Michel. De telles idées, comme on dit, n’étaient pas extérieures au périmètre de la respectabilité. Dès cette période, il eut la conviction que l’immigration serait la grande question de son temps, qu’il considéra immédiatement sous le signe de la submersion migratoire. Il ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Enoch Powell, son premier lanceur d’alerte. Si la vision ethnoculturelle de la nation à laquelle il est demeuré fidèle toute sa vie est aujourd’hui frappée d’anathème, on notera toutefois qu’elle allait de soi à l’époque du général de Gaulle.
Mais Le Gallou fut amèrement déçu par la droite de gouvernement, dont les grandes figures confessaient en privé partager ses analyses et diagnostics tout en reconnaissant leur impuissance à les traduire en politiques. Pour Le Gallou, il fallait moins, à partir de là, réformer de l’intérieur une droite eunuque que créer une contre-élite militante, formée dans les marges de la société, mais se préparant un jour à exercer de grandes responsabilités. Ce fut pour lui l’aventure du FN puis du MNR. Autrement dit, ce fut une aventure dans les marges politiques, où sont rassemblés les maudits et les proscrits, tous marqués du sceau de l’infréquentabilité. Il revient sur cette période sans honte, lucide sur ses vertus et ses limites.
Jean-Yves Le Gallou a eu la conviction que l’immigration serait la grande question de son temps
L’avortement indésiré de sa vie politique l’a ramené vers sa vocation première : celle d’intellectuel engagé, notamment avec la Fondation Polémia, où il mène une réflexion sur la tyrannie médiatique et le mensonge qui l’accompagne. Ses écrits se veulent un guide de survie pour le dissident cherchant davantage l’efficacité que l’exemplarité héroïque du noble vaincu. Il voit un totalitarisme nouveau s’abattre sur l’Europe envahie et cherche une manière de lui résister, quitte à réviser les positions stratégiques qui étaient autrefois les siennes. Lui qui était un étatiste nationaliste se voit désormais comme un identitaire libertarien.
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La formule surprendra mais décrit bien ceux qui considèrent que l’État s’est partout retourné contre la nation en Occident. Pugnace et courtois, théoricien radical mais porté vers l’action et conscient de ses exigences propres, Le Gallou raconte ici une histoire de France. On y verra peut-être aussi une méditation sans mélancolie sur le sort des parias en démocratie. Elle est, de ce point de vue, très actuelle.
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