
Le 26 avril, un sondage a fait l’effet d’une détonation. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, une formation nationaliste arrivait en tête du paysage politique outre-Rhin. Avec 26 % des intentions de vote selon un sondage de l’Institut Forsa, l’Alternative für Deutschland (AfD) se place devant les conservateurs de Friedrich Merz, crédités de 25 %. En février, le parti dirigé par Alice Weidel était arrivé deuxième des élections législatives avec 20,8 % des voix, ce qui déjà fut un choc. Sa progression ne s’est pas démentie depuis, au point que Forsa estime que le parti pourrait franchir les 30 % dans les mois à venir. Cette ascension est surtout vertigineuse dans les Länder de l’ancienne RDA, bastion traditionnel de l’AfD, mais aussi auprès des électeurs de la droite traditionnelle, la CDU-CSU, dont 13 % de l’électorat pourrait bientôt basculer, selon le même institut.
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Officiellement, le cordon sanitaire qui entoure l’AfD tient toujours, mais le nouveau chancelier Friedrich Merz apparaît fragilisé dès son entrée en fonction. L’Allemagne fonctionne sur le principe des coalitions, et Merz a eu toutes les peines du monde à composer la sienne. Pire, au moment du vote au Reichstag mardi dernier, il n’a, dans un premier temps, obtenu que 310 voix sur 621 exprimées et 630 députés au total, alors qu’il lui en fallait 316 pour être élu. C’était une première dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre. Jamais futur chancelier n’avait été désavoué, alors que son camp et les sociaux-démocrates devaient logiquement lui conférer une majorité. Bien consciente qu’elle a le vent en poupe, l’AfD en a aussitôt profité pour exiger de nouvelles élections. En vain. Toujours est-il qu’il est désormais clair que la progression de l’AfD affole les partis traditionnels. Au point de chercher à la disqualifier ?
L’administration Trump a pris fait et cause pour l’AfD
Quelques jours avant l’élection de Friedrich Merz comme chancelier, un rapport de plus de mille pages émis par le BfV, le service de renseignement intérieur allemand, classait l’AfD comme « groupe extrémiste de droite avéré », estimant notamment qu’il « dévalorise des groupes entiers de la population en Allemagne et porte atteinte à leur dignité humaine » et qu’il n’est donc « pas compatible avec l’ordre démocratique fondamental ». Ce classement pourrait lui valoir d’être exclu des prochains scrutins. Le « timing » de la sortie de ce rapport déclencha aussitôt la polémique. L’administration Trump s’en est mêlée, prenant fait et cause pour l’AfD qui a aussitôt déposé un recours devant les tribunaux.
On se souvient qu’en janvier dernier, sur RMC, l’ex-commissaire européen, Thierry Breton, s’exprimait sur le soutien d’Elon Musk apporté à l’AfD et la tenue d’une discussion en direct entre la dirigeante du parti et Musk sur le réseau X, dont il est propriétaire. « À partir du moment où c’est retransmis en Europe, disait Thierry Breton, avec une plateforme régulée, il doit suivre les règles européennes. Avec l’AfD, il faut les suivre. Il est évident, je suis certain, qu’on va prendre toutes les mesures pour s’assurer qu’il respecte la loi. S’il ne la respecte pas, il y a des amendes et la possibilité d’interdiction. On est équipés, il faut faire appliquer ces lois pour protéger nos démocraties en Europe. »
Au sujet des ingérences dans les élections en Europe, Thierry Breton concluait : « On l’a fait en Roumanie, et il faudra évidemment le faire si c’est nécessaire en Allemagne… » Il faut croire que le BfV s’en est chargé, même si depuis la publication du rapport, il a dû suspendre ce classement. Tout est désormais entre les mains du tribunal administratif de Cologne qui se prononcera bientôt sur le référé déposé par l’AfD.
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