Il s’y serait presque cru, ce vendredi 8 septembre 2023. Dans la basilique Notre-Dame de Fourvière, Jean-Michel Aulas ne s’est pas fait prier pour remettre l’écu d’or à l’archevêque de Lyon, Monseigneur Olivier de Germay. À la demande de la Fondation Fourvière, il remplace le maire EELV Grégory Doucet, qui a refusé l’invitation pour la troisième année consécutive au nom du sacro-saint principe de la laïcité. Depuis le jardin du Rosaire, trois coups de canon retentissent dans la ville des Lumières. La tradition remonte à 1643 : les notables de la ville s’en remettent à la Vierge Marie le jour de sa naissance pour l’implorer de protéger la cité de l’épidémie de peste qui sévit alors. Tout un symbole. « Si j’ai accepté le principe de représenter les Lyonnais pour la commémoration du Vœu des Échevins, explique-t-il ce jour-là, c’est aussi pour témoigner qu’on peut entreprendre ici, et qu’il est bon de le faire. » Simple courtoisie, ou premiers signaux d’une possible candidature aux élections municipales de 2026 ? Le secret de Polichinelle est pour l’instant bien gardé. Mais il y a des signes qui ne trompent pas, comme la création d’une adresse de site internet, aulas2026.fr, déposée dès le 13 juin 2023.
Celui qui a fait les beaux jours de l’Olympique lyonnais pendant trente-six ans, remportant sept titres de champion de France et deux Coupes de France, à la tête d’une holding familiale prospère, veut prendre son temps. En coulisses, il consulte. Politiques, chefs d’entreprise rhodaniens, communicants. En public, il combat sur X sans relâche le bilan du maire écologiste sortant. « S’il fallait s’engager, ce serait pour mettre un terme à cinq années de méthode brutale, qui ont tristement généré des clivages systématiques, de l’agressivité entre les habitants, des tensions entre les usages, des conflits entre les visions […] L’écologie n’a pas de parti. Elle ne peut être ni une punition ni un outil de fracture entre le Lyon d’en haut et le Lyon d’en bas. Je voudrais qu’elle redevienne ce qu’elle aurait toujours dû être : une solution désirée, adaptée, partagée », publie-t-il le 20 avril dernier.
À Lyon, Jean-Michel Aulas jouit d’une popularité certaine, confirmée par un sondage Ifop qui met en lumière le mécontentement des Lyonnais face à la politique de la majorité en place : 56 % d’entre eux estiment que la situation de la ville s’est détériorée depuis 2020, 71 % souhaitent une tête de liste issue de la société civile aux prochaines élections 2026. Parmi les soutiens d’Aulas, de jeunes actifs et étudiants lyonnais, dont une partie milite déjà chez les Républicains, chez Horizons ou au Parti socialiste, tous regroupés autour d’un collectif, Génération Aulas. « Il a eu du succès dans ses affaires. Ses capacités de gestionnaire ne sont plus à prouver, estime Jean Arnaud, cofondateur du collectif et entrepreneur dans l’immobilier. Il est le seul capable de rassembler en dehors des partis, c’est un amoureux inconditionnel de Lyon, qui vient de la classe moyenne, un self-made-man. Quand d’autres patrons ont fait le choix de partir en Suisse, lui est resté. »
À la veille de la publication d’une tribune de soutien à sa candidature qui affichait 500 signataires début mars, le collectif prend contact avec lui pour le prévenir. Une première rencontre est organisée sur la presqu’île du centre lyonnais, dans les locaux de la holding familiale Holnest. Il est opportunément assisté de communicants de l’agence 2017, fondée par Gaspard Gantzer, ancien conseiller de François Hollande et proche d’Emmanuel Macron. La question n’est plus de savoir s’il va se présenter : « Je peux vous l’affirmer, il va y aller », estime Jean Arnaud.
Pas encore candidat mais déjà favori. Aulas fait l’unanimité des partis du socle commun. Gabriel Attal, patron de Renaissance, l’a reçu fin mars à Paris. Édouard Philippe, pour Horizons, serait prêt à le soutenir, lui aussi. Tout comme François-Noël Buffet, ministre et baron LR local. Reste à désamorcer la candidature de Georges Képénékian, ancien adjoint de Gérard Collomb à la mairie de Lyon, et qui se verrait bien lui succéder. Des négociations seraient en cours pour qu’il se range derrière Aulas.
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Outre son profil rassembleur, l’entrepreneur serait assurément l’homme de la situation, pour redresser une métropole déclinante. « L’économie de la ville s’est paupérisée, les commerces ferment en centre-ville et je ne parle même pas de l’aménagement du territoire, témoigne Christophe Guilloteau, président du conseil départemental du Rhône. Lyon est devenu une zone à forte exclusion. Il faut que cela change. Jean-Michel est incontestablement un grand chef d’entreprise qui est capable d’aller chercher des électeurs de tous bords. »
Les acteurs économiques lyonnais l’attendent comme le Messie, confirme Emmanuel Imberton, ancien président de la CCI de Lyon et entrepreneur. Il est l’un des premiers à avoir soutenu sa candidature. « Jean-Michel, j’ai beaucoup travaillé avec lui. C’est une chance inouïe pour que notre ville prenne un autre chemin. On voit bien que Lyon a perdu de son attractivité, on avait un outil, l’Aderly [Agence pour le développement économique de la région lyonnaise], qui allait rechercher des entreprises dans le monde entier, et qui désormais ne s’intéresse plus qu’à celles qui ont une connotation écologique. C’est trop réducteur. »
L’annonce officielle de sa candidature se fait attendre
Au sein de l’agence de communication 2017, pilotée désormais par Roman Abreu, on est déjà à la tâche pour établir un plan d’attaque, une fois que les négociations auront abouti à la création d’une liste indépendante. Ses soutiens partisans devront se plier à ce choix, Jean-Michel Aulas ayant balayé la possibilité de se ranger derrière un parti. Le post épinglé sur son compte X laisse peu de doute : « Ne vous laissez pas distraire par les professionnels de la politique, qui ne désirent pas l’unité à laquelle j’aspire le plus. »
Si l’annonce officielle de sa candidature se fait attendre, c’est notamment lié à l’examen par le Sénat, le 4 juin, de la réforme du mode de scrutin des municipales 2026 pour les villes de Paris, Lyon et Marseille, pour l’élection du maire au suffrage universel direct. Une modification qui aura forcément un impact sur la composition des listes. S’il ne veut pas se mouiller, Roman Abreu avance à demi-mot septembre comme date butoir pour annoncer officiellement une candidature, « si candidature il devait y avoir ».
Le 4 juillet, Jean-Michel Aulas remettra dans les locaux du conseil départemental du Rhône la Légion d’honneur à Yann Cucherat, ancien gymnaste lyonnais plusieurs fois médaillé et candidat LREM malheureux aux élections municipales de 2020, battu malgré une alliance avec les Républicains au second tour. Rappel utile pour le favori Aulas : en sport comme en politique, gare aux désillusions.
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