« Les gars, on ne va pas se mentir, on joue notre vie ce soir ! » A vingt minutes du coup d’envoi entre le HAC et l’OM, la voix hurlante du leader des Ultras havrais fait grésiller la sono du stade Océane. Ici, on cultive la proximité et la simplicité là où ailleurs, on éloigne le plus loin possible les vilains supporters et les méchants journalistes. Les tribunes sont déjà pleines de 23 831 spectateurs dont mille Marseillais officiellement recensés – sans compter tous les autres vêtus de blanc disséminés dans la coquette enceinte aux couleurs Ciel et Marine du club doyen du foot français, une nouvelle fois engagé dans une délicate mission maintien face à un OM obsédé par sa prochaine présence en Ligue des champions.
Quelques minutes plus tôt, on avait croisé Mehdi Benatia sur la pelouse, directeur sportif provençal enfin libéré de sa longue suspension. Le Marocain semble aussi soulagé que tendu, sa poignée de main est musclée, il ne quitte pas des yeux ses joueurs à l’échauffement. Blessés au plus mauvais moment, Geoffrey Kondogbia et Ismaïl Bennacer ne sont pas là. Faris Moumbagna, lui, est en baskets, regard dans le vague : le Camerounais, qui a failli mourir dans une attaque armée sur son véhicule l’an passé, doit encore patienter pour faire son retour dans l’équipe de Roberto De Zerbi.
Ses coéquipiers font tout ce qu’ils peuvent pour lui redonner le sourire et un destin européen à l’automne prochain, Adrien Rabiot en tête. L’international français, inexplicable absent des trophées UNFP qui seront remis demain soir, joue d’abord les ailiers pour obliger le gardien normand à un premier sauvetage en catastrophe (2e). Puis les buteurs en claquant une tête magnifique sur la transversale à la réception d’un centre non moins délicieux de Greenwood (11e). L’homme qui avait secoué le vestiaire marseillais quand la crise couvait, assurant que « ceux qui ne veulent pas jouer la Ligue des champions l’an prochain doivent le dire et laisser leur place », est le maître à jouer d’une équipe de l’OM ultra-dominatrice en première période.
Les Havrais font le dos rond sous la mitraille et tentent de ramasser les miettes du festin provençal. En vain : Greenwood, aussi insondable dans son attitude (on l’a vu bouder ostensiblement après s’être fait reprocher son individualisme par Rongier) que tranchant dans ses prises de balle, enroule du gauche et Gorgelin s’emploie encore pour retarder l’échéance (29e). Et Rabiot, toujours, qui frappe fort de près mais Gorgelin, ancienne doublure lyonnaise, joue décidément les premiers rôles (38e). À la pause, Marseille doit mener 2-0, mais c’est toujours 0-0 au tableau d’affichage.
Les premières minutes de la seconde période sont brûlantes pour les Normands, qui n’ont plus que leurs corps à opposer pour éviter l’ouverture du score adverse. Après un « moulon » (tas, en provençal) de frappes miraculeusement contrées, Hojbjerg lance Gouiri plein axe. La défense du HAC, déjà groggy, est cette fois KO : le numéro 9 olympien fait exploser le parcage des visiteurs (0-1, 56e). À cet instant de la soirée, vu les autres scores pour Lille, Nice, Strasbourg et Lyon, tous accrochés, l’OM est en Ligue des champions. Mais il était dit que le foot français boirait le calice jusqu’à la lie cette saison.
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Le match a été arrêté après des échauffourées en tribunes
À la 64e minute, des échauffourées en tribunes obligent des spectateurs à trouver refuge sur la pelouse, apparemment des familles de joueurs marseillais qui auraient trop célébré le but de Gouiri et provoqué de violentes réactions des locaux. Scènes de confusion, match arrêté : les acteurs rentrent aux vestiaires pour une durée indéterminée, l’occasion pour le « capo » des Ultras havrais de reprendre le micro, exhortant les siens dans un vocabulaire fleuri à ramener le calme dans l’enceinte. La rencontre reprend finalement une demi-heure plus tard alors qu’on en termine sur les autres pelouses de L1. Tous ses rivaux ont perdu, l’OM sait ce qu’il lui reste à faire : un succès et, comme à Monaco vainqueur de Lyon (2-0) la petite musique de la plus prestigieuse des compétitions continentales résonnera au Vélodrome cet automne.
Décompression après l’interruption ? Cinq minutes après la reprise, ce sont pourtant les Havrais qui égalisent par Soumaré sur un contre à l’arraché (1-1, 66e) remettant en lumière les lacunes défensives récurrentes de l’OM cette saison. Fatalement, le match devient fou. Le HAC trouve des ressources insoupçonnées, les hommes de De Zerbi flageolent, mais Greenwood ne boude plus : à la 87e minute, il jette toutes ses forces dans un tir de loin hallucinant qui met Gorgelin et les Normands à genoux (1-2) avant que Gouiri, encore lui, ne scelle l’affaire en contre (1-3, 98e). Marseille triomphe, le HAC, barragiste virtuel, devra encore lutter pour se maintenir.
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