2007 et 2027, bis repetita ? Il y a dix-huit ans, Nicolas Sarkozy remportait l’élection présidentielle avec son slogan fétiche : « Travailler plus pour gagner plus ». Ce mantra s’est traduit par une mesure concrète : la défiscalisation des heures supplémentaires. Ce dimanche 11 mai, son ancien ministre de l’Emploi Laurent Wauquiez, en campagne pour prendre la tête de LR et possible candidat à la présidentielle, a lui trouvé sa formule : « Le social, c’est le travail ». Dans un entretien au Parisien, il propose de « sortir du RSA à vie », en limitant cette aide sociale à deux ans pour les personnes « aptes » au travail.
Laurent Wauquiez n’est pas la seule personnalité politique lorgnant 2027 à s’en prendre au Revenu de solidarité active. Plus inattendu, Fabien Roussel propose, lui, de supprimer le RSA dans son nouveau livre Le parti pris du travail (Cherche Midi). Le secrétaire national du Parti communiste français souhaite le remplacer par la « sécurité sociale de l’emploi et de la formation ». Un nouvel organisme qui « fera que chaque chômeur pourra exiger d’obtenir un travail ou une formation dans son domaine professionnel et là où il habite, sans perte de salaire ». Celui-ci « créera des gisements de millions d’emplois dans le privé et le public », assure le maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord).
Le retour du refoulé
Deux propositions différentes, mais un objectif partagé : favoriser l’activité et combattre l’inactivité. La question du travail prend ainsi du galon dans le débat public et pourrait bien être l’une des thématiques centrales de l’élection présidentielle de 2027. « C’est une très bonne nouvelle parce que depuis plusieurs années, on ne parlait du travail qu’au moment des réformes des retraites, c’est-à-dire tous les quatre ans en moyenne. C’est aujourd’hui le retour du refoulé », se réjouit auprès du JDD l’économiste Bertrand Martinot, qui sortira bientôt un livre sur le sujet. « Les politiques s’aperçoivent que le principal levier pour redresser le pays est de travailler plus. L’alternative est l’augmentation des impôts, mais le niveau des prélèvements obligatoires est déjà beaucoup trop haut », poursuit-il.
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« Depuis plusieurs années, on ne parlait du travail qu’au moment des réformes des retraites »
François Bayrou ne disait pas autre chose lors de sa conférence sur les finances publiques le 15 avril dernier. Le Premier ministre avait alors constaté que la France « manque de ressources » car « nous ne produisons pas assez » et avait souligné le « faible taux d’emploi des jeunes et des séniors par rapport à nos voisins européens ». En outre, devant un parterre de parlementaires, de partenaires sociaux et de membres du gouvernement, il avait exhorté les Français à se retrousser les manches : « Seule une prise de conscience de nos concitoyens peut soutenir une action déterminée ».
Deux semaines plus tard, Jordan Bardella chantait lui les louanges de « ceux qui bossent sans jamais se plaindre ». En meeting à Narbonne à l’occasion du 1er-Mai, aux côtés de Marine Le Pen, l’eurodéputé a assuré que « le RN est le parti du travail ». Le chef de parti a compris que cette thématique devenait fondamentale dans le débat public. Il prépare d’ailleurs son deuxième livre – qui sera publié à l’automne – à ce sujet. « C’est une ode à la France du travail, aussi bien celle qui souffre, qui a des difficultés, que celle qui réussit et fait le rayonnement de la France », a-t-il expliqué au Parisien.
Le bloc central n’est pas en reste sur ce terrain. L’actuel garde des Sceaux Gérald Darmanin a organisé une conférence en octobre dernier avec son mouvement Populaires. Le thème : le travail. L’invité : Antoine Foucher. L’ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud a publié l’ouvrage à succès Sortir du travail qui ne paie plus (Éditions de l’Aube). Le livre du consultant de 45 ans infuse les cerveaux de nombreuses personnalités politiques. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Astrid Panosyan-Bouvet ou encore Raphaël Glucksmann ont rencontré l’auteur pour en discuter avec lui.
Comment revaloriser le travail ?
La semaine dernière, l’organisation patronale des entreprises de proximité (U2P) en reprenait les grandes lignes pour proposer un « big bang » à 100 milliards d’euros. Objectif : rehausser le salaire net pour rendre le travail plus attractif. Le syndicat demande ainsi la suppression de la CSG-CRDS et suggère de compenser ce trou en taxant davantage les retraites, les rentes, l’héritage et en augmentant la TVA. L’U2P observe que « pour la majorité des gens, travailler ne permet plus d’améliorer son niveau de vie », avec une augmentation annuelle du pouvoir d’achat qui ralentit, tandis que le salaire net ne représente plus que 54 % du salaire brut, contre 60 % en 1990 et 69 % en 1970.
« Je suis d’accord pour dire que les cotisations salariales sont trop élevées. Mais les solutions apportées par l’U2P ne sont pas les bonnes », tempère de son côté l’économiste Bertrand Martinot. « C’est une maladie bien française de penser qu’on va s’en sortir avec des changements d’assiettes fiscales, en basculant 100 milliards ici ou là. Ça contourne le vrai problème qui est le niveau totalement déraisonnable des dépenses publiques et notamment des dépenses sociales », ajoute-t-il. Ces dernières représentent environ 45 % des dépenses de l’État, soit plus de 800 milliards sur 1 650.
D’ici à l’élection présidentielle de 2027, d’autres propositions sur le travail auront le temps d’émerger. Mais Emmanuel Macron pourrait bien décider de jeter un pavé dans la mare avant cette échéance. Parmi les thématiques de référendums que le président de la République pourrait évoquer ce mardi 13 mai sur TF1 : la fin de vie, l’usage des écrans chez les jeunes, la situation des mères célibataires… ou encore le travail et le financement du budget.
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