La droite est-elle en train de sortir d’un long hibernatus idéologique ? Depuis quelques mois, les idées ont repris le dessus sur la communication chez la plupart des dirigeants des Républicains. À la faveur de la campagne pour la présidence LR, la droite semble vouloir d’un nouvel imaginaire autrement plus enthousiasmant que le seul respect de la fameuse règle d’or budgétaire. On peut se réjouir de la fin de la politique strictement gestionnaire. Souvent caricaturé et accusé à tort d’insincérité, Laurent Wauquiez a su marquer des points en se montrant offensif sans toutefois relancer l’éternelle querelle des chefs à plume. Invité mercredi dernier lors de « La Grande Interview » sur CNews et Europe 1, le président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée s’est montré pour la première fois, me semble-t-il, sûr de son fait mais très loin de l’image de la personnalité clivante et arrogante qui lui a toujours collé à la peau.
Droit dans son couloir, le ministre de l’Intérieur ne dévie pas non plus d’un millimètre
dans la course malgré les attaques de la gauche et d’une partie du monde médiatique qui s’étonne de découvrir ou de redécouvrir un politique qui n’a jamais varié dans ses prises de positions. Dans la compétition pour la tête du parti, les deux hommes jouent chacun à leur manière la même partition d’une droite aux idées affirmées. Et pour éviter toute fausse note, il est intéressant de relever que les deux candidats cherchent à tout prix à se démarquer d’Édouard Philippe.
Tandis qu’un ticket entre l’ancien Premier ministre et l’homme fort de Beauvau fait rêver les lieutenants du premier, l’entourage du second s’échine à démentir le scénario d’un tel duo en vue de 2027. « Le camp de Philippe veut renforcer la candidature de son champion en profitant de la notoriété de Bruno Retailleau tout en le neutralisant comme potentiel adversaire. C’est gros comme le nez au milieu du visage. Personne n’y croit », tempère le premier cercle du ministre de l’Intérieur qui n’imagine pas un instant qu’une telle rumeur puisse leur nuire. Sauf que Laurent Wauquiez, bien décidé à jouer toutes les balles du match, a fait mine de s’offusquer de ce rapprochement, y voyant un risque de dilution de la droite dans le macronisme, tout en passant sous silence la contradiction qui est celle de son alliance avec le bloc central.
Si Édouard Philippe, pourtant très haut dans les sondages, est devenu un épouvantail pour la droite Wauquiez-Retailleau, c’est parce qu’il est l’héritier d’Alain Juppé et, avant lui, de Jacques Chaban-Delmas. Juppé-Chaban, tous deux « chouchous » des médias, ont incarné la droite modérée qui tend la main au centre gauche. Ils sont aussi l’aboutissement d’un libéralisme économique qui va de pair avec un libéralisme sociétal. Chaban fut vilipendé et moqué par la droite conservatrice pour sa société nouvelle, quant à Alain Juppé, il a été accusé de complaisance avec l’islamisme et surnommé « Ali Juppé » jusque dans son propre camp. Georges Pompidou, Pierre Juillet et Marie-France Garaud n’ont laissé aucune chance à Jacques Chaban-Delmas. En 2016, Alain Juppé n’a pas vu venir l’outsider François Fillon lors de la primaire de la droite.
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Avec Wauquiez et Retailleau, la droite n’est plus une gauche customisée
Édouard Philippe atteint un zénith sondagier. Mais pour combien de temps ? Pourra-t-il conserver un tel socle une fois descendu de son Aventin ? Aujourd’hui adversaires dans la course à la présidence LR, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau comptent bien maintenir le cap de « leur » droite en mettant fin au grand fantasme giscardien de la convergence du grand bloc majoritaire. Avec eux, comme avec David Lisnard et tant d’autres, la droite n’est plus une gauche customisée et elle s’apprête à devenir ou à redevenir une droite des idées et des convictions.
Que l’on soit d’accord ou pas avec leurs orientations, le duo-duel Wauquiez-Retailleau participe d’un renouveau du courant intellectuel conservateur. Ce phénomène est symbolisé par une réflexion appronfondie sur le rôle de l’État, la vitalité de la démocratie et sur l’ombre de la censure qui ne cesse de s’étendre. Derrière le match qui connaîtra son épilogue dimanche prochain, et quel que soit le nom du président LR qui en sortira, la vraie bataille n’est pas celle que l’on croit. Elle se joue enfin sur le terrain le plus noble qui soit, celui des idées.
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