Uini Atonio, Gaël Fickou, Teddy Thomas, Maxime Machenaud, Aubin Hueber… Ces rugbymen, encore en activité ou retraités, sont tous passés entre les mains habiles de Célia Polazzo. Tatoueuse depuis plus de trente ans, cette Varoise de cœur est devenue de fil en aiguille (évidemment) la référence du Top 14 et de la Pro D2. Elle-même a le rugby dans la peau. Ancienne joueuse, elle a passé son diplôme de coach et ses enfants ont évolué à un bon niveau.
À l’époque, son salon était installé à quelques encablures du stade Mayol. Pratique pour rencontrer les rois de l’ovalie comme Fickou. Alors en formation au RC Toulon, il se fit graver un hommage à sa mère. « J’ai tatoué Gaël quand il était minot. J’avais entraîné sa sœur Julia qui évoluait avec ma fille à La Valette [célèbre club local du Var, NDLR]. Il était en équipe de France des moins de 20 ans. C’était un jeune prometteur, il est devenu un grand joueur », raconte au JDD la manieuse de dermographe.
Plus récemment, un autre indiscutable titulaire de l’actuel XV de France, Uini Atonio, lui confie son avant-bras gauche. Le choix du pilier rochelais ? Un verset de la lettre de l’apôtre saint Paul aux Philippiens : « Je peux tout faire par Christ qui me fortifie. »
« Ces gros gabarits peuvent être douillets »
Si sa spécialité sont les symboles maoris et plus généralement polynésiens, la Franco-Italienne constate que les « Îliens aiment beaucoup les textes bibliques tandis que les Européens sont souvent plus classiques, préférant les prénoms de leurs enfants ou les dates de naissance ». Parfois, des monstres physiques ont des réactions… épidermiques lorsque l’aiguille pénètre leur chair. « Ces gros gabarits peuvent être douillets ! C’est une petite revanche pour moi, s’amuse l’artiste du haut de son 1,63 mètre. Quand j’étais joueuse, jamais je n’aurais pu les plaquer sur un terrain. Mais dans mon ‘‘shop tattoo’’, c’est moi qui suis aux commandes ! »
Fermeture de son musée
À ses débuts, la pétillante sudiste reconnaît qu’apercevoir ses œuvres lors des retransmissions télévisées lui procurait une grande fierté. « Le joueur me disait parfois : ‘‘Si je marque un essai, j’aurai un petit geste pour toi.’’ Quand tu regardes une finale de Top 14 ou de Pro D2 et que tu vois tes clients à l’écran, c’est plaisant. Bon, maintenant, j’y fais moins attention car j’ai tatoué beaucoup de joueurs ! »
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Plus de 300 sportifs de haut niveau, selon ses estimations. Des clients qui sont souvent devenus ses amis et avec lesquels une tradition s’est instaurée : en retour, elle reçoit un maillot, un ballon ou un autre objet. Certains lui remettent même un présent sans jamais être passé à l’acte graphique. À force, les maillots s’accumulent. Elle en possède un millier.
En déménageant il y a plusieurs années à Bayonne, Célia Polazzo expose son impressionnante collection au stade Jean-Dauger. Mais la place manque et des travaux dans l’enceinte de l’Aviron bayonnais la contraignent à fermer son petit musée. Durant un an et demi, elle a stocké tant bien que mal ses souvenirs avant de se résoudre à en disperser une partie. Une manière de transmettre sa passion aux futurs acheteurs. Une centaine de lots seront mis aux enchères vendredi prochain à Neuilly-sur-Seine (92) par la maison Aguttes, structure familiale qui a récemment ouvert un département « sports ».
Demande en mariage pour Chabal
Dans le catalogue figure notamment un maillot du Racing 92 ayant appartenu au plus célèbre barbu de la planète ovale. « Sébastien Chabal a récemment déclaré que le rugby et les chocs lui avaient complètement effacé sa mémoire ancienne. C’est un joli clin d’œil pour démarrer la vente », commente François Thierry, expert chez Aguttes.
« Je l’avais même demandé en mariage au stade Mayol, renchérit Célia Polazzo. Ça avait fait le buzz sur Canal+ [diffuseur du Top 14]. C’était un pari de midinette ! » Parmi les autres noms connus représentés : Charles Ollivon, VirimiVakatawa, Damien Traille, Thomas Castaignède, Nicolas Brusque ou le regretté Robert Paparemborde. Une partie des bénéfices sera reversée à des associations caritatives, et d’autres lots seront vendus uniquement en ligne.
« Évidemment, on ne va pas atteindre le prix d’un maillot de Zidane, mais on est confiants », résume l’expert François Thierry. Quant à l’artiste de l’aiguille, elle aimerait éditer un livre racontant l’histoire de ses athlètes tatoués, s’orienter vers d’autres disciplines sportives et recevoir dans son salon un certain Antoine Dupont : « Ce serait avec un grand plaisir. Mais je ne suis pas persuadée qu’il soit très ‘‘tatouage’’. » Un grand sourire dans la voix, Célia Polazzo conclut : « S’il veut juste m’offrir un maillot, qu’il n’hésite pas à m’appeler ! »
Maison Aguttes à Neuilly, 16 mai à partir de 11 h.
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