Quatre jours durant, la région du Cachemire a été le théâtre de bombardements. Les tensions indo-pakistanaises n’avaient pas connu une telle intensité depuis des décennies. Ce samedi 10 mai à 17 heures, heure locale, un cessez-le-feu a fait taire les explosions. Si quelques échanges de tirs ont encore résonné dans la soirée, le calme est revenu ce dimanche le long de la frontière entre les deux nations.
« Il ne s’agit pas de guerre à proprement parler, ce sont majoritairement des affrontements par missiles et drones interposés, l’occasion pour les deux pays d’une démonstration de force militaire », estime Jean-Joseph Boillot, spécialiste de l’Inde et chercheur à l’institut Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Ces récents affrontements ont causé plus de 60 morts dans la région du Cachemire, principalement des civils, et entraîné le déplacement de milliers de personnes. New Delhi et Islamabad se rejettent mutuellement la responsabilité de l’escalade, liée à un attentat dans la ville de Pahalgam le 22 avril dernier.
Le Cachemire : d’enjeu identitaire à manne économique
Au cœur des frictions entre l’Inde et le Pakistan : la région montagneuse du Cachemire. « Les hostilités ont commencé en 1947 avec la partition, lorsque l’Inde a voulu s’approprier la région. Dès lors, trois grandes guerres se sont succédé », résume l’expert en politique indienne. Le plébiscite proposé par l’ONU en 1948, censé régler le conflit par un référendum local, n’a jamais permis de régler le différend territorial entre les deux pays, précise Jean-Joseph Boillot. Par la suite, deux autres guerres sont survenues : en 1965, puis en 1971 lors de l’indépendance du Pakistan oriental (actuel Bangladesh). Aujourd’hui, le Cachemire reste disputé, Islamabad réclamant un référendum que New Delhi refuse, considérant la région comme partie intégrante de son territoire.
C’est un fait : le Pakistan abrite, entraîne et finance des groupes militants
Jean-Joseph Boillot, spécialiste de l’Inde et chercheur à l’institut Iris
« À l’origine, la lutte pour le Cachemire était surtout une affaire d’ego et de symboles, sans enjeu économique, analyse le chercheur à l’Iris. C’était une question d’identité, de langue, de religion et de culture. Le Pakistan défendait les traditions d’Asie centrale, tandis que l’Inde voyait dans ce territoire un moyen de réaffirmer son histoire face aux conquêtes musulmanes. »
Mais aujourd’hui, le Cachemire revêt également une importance économique majeure, notamment en raison du réseau fluvial de l’Indus. Le traité de 1960, qui prévoit un partage équitable des eaux entre les deux pays, est désormais contesté par l’Inde, qui a menacé de couper l’approvisionnement du Pakistan après les attentats de Pahalgam. « Dans la guerre d’ego comme dans celle de l’eau, ni l’un ni l’autre n’ont légitimité à occuper le Cachemire », conclut Jean-Joseph Boillot.
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Menace terroriste
À la rivalité autour de l’eau s’ajoutent les soupçons de terrorisme que l’Inde nourrit envers le Pakistan. Après l’attentat de Pahalgam ayant causé la mort de 26 civils, New Delhi a rapidement accusé Islamabad de complicité. Pourtant, le Pakistan a nié toute implication. « Aucune preuve n’a établi un lien entre le Pakistan et les attaques du 22 avril. Mais c’est un fait : le Pakistan abrite, entraîne et finance des groupes militants », constate le spécialiste de la politique indienne. Ces factions regroupent à la fois des djihadistes et des militants cachemiris prônant l’indépendance ou l’annexion au Pakistan. En effet, le Cachemire abrite aujourd’hui l’un des plus grands réseaux de résistance et constitue l’une des régions les plus militarisées de l’Asie du Sud.
« Islamabad ne s’en cache, il veut récupérer le Cachemire et cela, par tous les moyens », conclut Jean-Joseph Bouillot. Une position qui a conduit le Premier ministre indien Narendra Modi à accuser Islamabad d’avoir « choisi d’attaquer plutôt que de combattre le terrorisme » dans la région.
La fièvre des combats retombe déjà
La communauté internationale ne voulait pas d’une nouvelle guerre entre New Delhi et Islamabad. Washington a ainsi exhorté les deux pays à instaurer un cessez-le-feu dès le samedi 10 mai. Toutefois, Narendra Modi rejette toute ingérence étrangère dans ce conflit historique, affirmant que l’Inde prenait seule ses décisions sur ce dossier. Depuis la reprise des hostilités, les grandes puissances sont au diapason : il faut éviter toute escalade du conflit. « Personne ne souhaite cette guerre, ni Washington, ni Pékin, ni l’Europe », souligne le spécialiste, un contexte encourageant le maintien du cessez-le-feu.
Les liens commerciaux entre l’Inde et les États-Unis incitent Modi à la prudence
Bien que les nationalistes indiens réclament la reprise des hostilités, la relation commerciale majeure entre l’Inde et les États-Unis incite Modi à la prudence. Un nouvel accord commercial avec Washington est d’ailleurs en cours de discussion. Une négociation autour du Cachemire reste donc envisageable : « Ni l’Inde ni le Pakistan n’ont intérêt à engager une guerre ouverte, mais ils ont tout à gagner à trouver un compromis », conclut Jean-Joseph Boillot. Malgré l’accalmie, le discours de Narendra Modi de ce 12 mai reste offensif, rappelant la détermination de New Delhi à récupérer le Cachemire, encore marqué par les récentes violences.
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