« Cette société a engendré une fabrique de barbares », a fustigé Bruno Retailleau lors de sa venue à Évian-les-Bains samedi 10 mai. Après les policiers et les gendarmes, les pompiers tirent à leur tour la sonnette d’alarme. Ils sont en effet la cible régulière de violences. Alors qu’un pompier a été grièvement blessé en tentant d’arrêter un rodéo urbain à Évian-les-Bains en Haute-Savoie, samedi dernier, les soldats du feu ne cachent pas leur colère.
« Le drame de samedi est inacceptable, intolérable et inqualifiable », dénonce au JDD le colonel Nicolas Marillet du Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) de Haute-Savoie. « Je suis furieux. On avait tendance à banaliser un peu les incivilités et certaines agressions. Maintenant, il faut qu’on arrête », s’insurge de son côté Anthony Chauveau, porte-parole UNSA du SDIS de France.
La profession alerte depuis une dizaine d’années sur la multiplication des violences lors de ses interventions. En 2024, près de 1 500 agressions de pompiers ont été recensées, soit une hausse de 3 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre ne serait toutefois que la partie émergée de l’iceberg, puisque les pompiers ne portent pas systématiquement plainte, notamment « par peur de représailles », martèle Anthony Chauveau.
Les pompiers voient rouge
Le week-end dernier, deux faits se sont produits en Haute-Savoie. Tôt ce samedi, trois pompiers ont tenté d’interrompre un rodéo urbain effectué par deux véhicules près du centre de secours d’Évian-les-Bains, en Haute-Savoie. L’un d’eux, âgé de 38 ans, a alors été violemment percuté par un automobiliste en plein dérapage. Avant de prendre la fuite, l’individu, un homme de 19 ans déjà connu pour trafic de stupéfiants et dont le permis de conduire avait été suspendu, est revenu devant la victime blessée pour lui cracher dessus. Lui et le deuxième suspect ont plus tard été interpellés, avant d’être mis en examen ce lundi pour « tentative de meurtre » et placés en détention provisoire. Le pompier est actuellement dans le coma et se trouve entre la vie et la mort.
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et son ministre attaché François-Noël Buffet se sont rendus à Évian-les-Bains plus tard samedi. Le chef de Beauvau a dénoncé un acte « abject », avant de réclamer « la restauration de l’autorité dans les familles, à l’école et dans la société » et une « véritable révolution pour la justice pénale des mineurs qui redonne sens à la sanction ».
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Dès le lendemain de ce rodéo urbain qui a viré au drame, un incident similaire s’est produit à plusieurs kilomètres d’Évian-les-Bains. Deux pompiers ont été blessés en pleine intervention à Saint-Cergues, en Haute-Savoie, pour aider un couple qui venait d’avoir un léger accident de la route. Alors qu’ils portaient secours à l’automobiliste alcoolisé qui avait perdu le contrôle de sa voiture et percuté un terre-plein central, l’homme s’en est pris à sa femme, enceinte, assise sur le siège passager. Les forces de secours sont intervenues et ont essuyé des coups au visage et aux côtes.
Le colonel Nicolas Marillet ne veut toutefois pas y voir « une explosion des violences » en Haute-Savoie. « Ces agressions physiques ou verbales sont très souvent le fait de personnes qui ne sont pas dans un état normal, soit parce qu’elles ont consommé des produits stupéfiants, soit parce qu’elles sont fragiles psychologiquement », explique-t-il. Avant de poursuivre auprès du JDD : « Dès qu’il y a des agressions verbales ou physiques, on accompagne les pompiers dans leurs dépôts de plainte pour ne pas laisser s’installer une éventuelle dérive. »
D’autres agressions étaient déjà survenues quelques jours plus tôt en Indre-et-Loire. Le 7 mai, à Château-Renault, un homme alcoolisé, couché sur la chaussée, a insulté des pompiers venus le secourir avant d’asséner un coup de tête à l’un d’eux. Dans la nuit du 8 au 9 mai, à Tours, un individu qui se trouvait « en détresse sur la voie publique » a tenté de « prendre le volant de l’ambulance », relate le syndicat UNSA dans un communiqué. Les sapeurs-pompiers, qui demandaient à la personne de descendre, ont alors été encerclés par « un groupe d’une dizaine de personnes » qui ont « proféré insultes et menaces ». Le calme a été rapidement rétabli avec l’intervention de la police. « La semaine dernière, six agressions ont eu lieu en Indre-et-Loire, certaines verbales et d’autres physiques », dénombre Anthony Chauveau.
Caméras-piétons, gilets pare-lames…
Face à l’augmentation des agressions et des actes d’incivilité, des mesures de protection ont été mises en place comme le port de caméras-piétons dès 2019. Aujourd’hui, une centaine d’équipements sont portés par les chefs d’agrès lors d’interventions qui peuvent comporter un risque. Dans les Yvelines, le SDIS a également doté ses effectifs de gilets pare-lames, dont sont aussi équipés les policiers municipaux, le personnel pénitentiaire et les agents de sécurité.
Malgré cela, un cap semble avoir été franchi dans la violence à l’encontre des secours. « J’accuse l’ensemble de la classe politique des dernières décennies d’être responsable de la situation dans laquelle on se retrouve aujourd’hui. L’État est chargé d’assurer la sécurité, la santé et l’éducation. Il y a juste à regarder l’état de ces trois piliers de notre République pour comprendre qu’il y a un gros problème », dénonce Anthony Chauveau. Ce dernier pointe également la responsabilité de la magistrature et « la faiblesse des peines » prononcées, qui entraînerait une forme d’impunité.
Pour lui, le déploiement de caméras-piétons doit être généralisé et serait encore « trop aléatoire » en raison de « contraintes budgétaires ». Les pompiers demandent aussi que l’identité de l’agent agressé soit anonymisée lors du dépôt de plainte afin d’éviter toute représaille en amont du procès. « On nous avait répondu que c’était anticonstitutionnel. Pourtant, il est désormais très facile de retrouver une adresse personnelle sur Internet avec un simple nom et prénom », poursuit-il, en appelant la justice à infliger des « peines dissuasives » pour empêcher les agresseurs de récidiver. « C’est ça la vraie reconnaissance. Les breloques qu’on nous remet lors d’une cérémonie ou sur nos cercueils quand on est mort, on s’en fout ! Pour nous, c’est du pipeau. La vraie reconnaissance sera de répondre à ces demandes et de nous protéger », appelle-t-il.
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