
L’an dernier, c’est Quentin Dupieux et son humour très particulier qui avaient ouvert, avec l’irrésistible Le Deuxième Acte, les festivités dans la sublime salle Lumière. Un choix plus discuté que discutable qui avait eu le mérite de mettre beaucoup de drôlerie au début d’un marathon cinématographique de dix jours, où le spectateur n’a pas si souvent l’occasion de rigoler. Parce qu’on ne change pas une formule qui marche, un film tout aussi représentatif de ce qu’est la fameuse et précieuse exception culturelle française aura la délicate mission (autant que le privilège) de lancer mardi soir une des plus prestigieuses célébrations mondiales du septième art : Partir un jour d’Amélie Bonnin.
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Le premier long métrage de la cinéaste (prolongement de son court métrage récompensé par un César en 2023) coche en effet les cases d’une création made in France qui ne ressemble à aucune autre et fait les belles heures des salles obscures de l’Hexagone : les mésaventures d’une chef angoissée à l’approche de l’ouverture de son premier établissement, embarquée dans une histoire d’amour loin d’être un long fleuve tranquille, ponctuée de tentatives de rabibochage avec un père faussement acariâtre et patron d’un resto routier, d’une quête d’elle-même la mettant face à des choix pas toujours faciles, de rencontres drôles et insolites avec des personnages ancrés dans leur province. Tout ça dans une ambiance teintée d’une nostalgie douce et réconfortante, avec de vraies scènes de comédie poussant jusqu’à la loufoquerie et des moments de tendresse chargés d’une belle émotion.
Et surtout des parenthèses chantées, durant lesquelles les comédiens donnent de leur vraie voix quand ils reprennent, pour illustrer leur état d’esprit, des classiques aussi populaires que variés, allant de Partir un jour des 2Be3, à Femme Like U de K-Maro, en passant par Cécile de Claude Nougaro : le procédé fait évidemment penser à On connaît la chanson (1997) d’Alain Resnais, mais avec une dimension plus réaliste et ludique. Évidemment, quand on s’appelle Juliette Armanet, l’exercice s’avère plus simple et mélodieux pour l’oreille du spectateur. Il se révèle surprenant quand l’interprète fait de son mieux pour atteindre une certaine justesse (l’excellent Tewfik Jallab), qu’il semble prendre un vrai plaisir à relever le défi (l’irrésistible Bastien Bouillon) ou que les mots viennent directement du cœur (le bouleversant François Rollin et l’immense Dominique Blanc dans le rôle de son épouse).
Un univers original et une chanteuse à l’aise dans la comédie
Tout en déployant une mise en scène sans esbrouffe à hauteur de ses personnages, Amélie Bonnin sait faire preuve d’une belle audace stylistique pour donner du rythme : comme cette scène où son ancien amoureux et ses comparses (Les pétulants Pierre-Antoine Billon et Mhamed Arezki) se lancent dans une version années 1990 de La Fièvre du samedi soir ou le flash-back sur la patinoire où la caméra semble, comme les héros qu’elle filme, faire des pirouettes sur des patins. Un délicieux bonbon qui révèle une réalisatrice avec un univers très original et une chanteuse à l’aise dans la comédie. On en sort le cœur léger en espérant voir d’autres films qui donnent autant envie de chanter.
Partir un jour ★★★, d’Amélie Bonnin avec Juliette Armanet, Bastien Bouillon, François Rollin. 1 h 38. Sortie mardi.
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