Emmanuel Macron a durant plus de trois heures voulu apporter la démonstration qu’il demeurait un président aux commandes, en maîtrise, capable de peser encore sur le cours des évènements, tant sur la scène internationale que sur le théâtre intérieur. Le rendu global de la prestation laisse in fine un sentiment de déjà-vu, un long couloir d’autojustification et de plaidoyer pro domo en faveur d’un « règne » qui n’en finit pas de s’étirer sans autre finalité que de durer par lui-même et pour lui-même.
Le chef de l’État croit encore à la force de sa parole à partir de laquelle il gage l’efficience de son action. Ce n’est pas seulement une erreur d’analyse ; c’est désormais une faute politique et morale tout à la fois. L’exercice télévisé d’hier a confirmé la grande naïveté communicante tenant lieu d’attitude générale tant du côté des acteurs que des observateurs. L’excès de communication remplit le vide du politique ; il témoigne de l’impuissance du pouvoir.
Plus Macron s’exprime, moins il est entendu, car toujours prévisible : l’amont est fait de promesses quand la prestation ensuite atteste d’une vacuité répétitive. Au fond, le chef de l’État, greffier de ses échecs qu’il ne veut pas voir et donc ne pas reconnaître aura dit a minima deux choses qui confirment son immobilité centrale : il n’y aura pas plus de référendum sur les retraites que sur l’immigration – et ce, comme par hasard sur les deux sujets que les Français plébiscitent dès lors qu’on les questionne sur les matières référendaires qu’ils aimeraient voir soumises à leur examen collectif.
« La palinodie de la promesse référendaire a tout au demeurant du jeu du chat et de la souris »
Ce qui démontre que le macronisme est principalement et exclusivement une arme anti-populaire que la doxa élyséenne ruisselante, au travers de ses sempiternels éléments de langage métamorphose, idéologie dominante du moment oblige, en containment « anti-populiste ». Les fourriers du pouvoir ne cessent d’agiter des épouvantails qu’ils nourrissent du vent de leur obstination à ne jamais vouloir se remettre en cause. Le problème, c’est que plus ils se cabrent, moins ils se légitiment, inaptes qu’ils sont à saisir qu’ils jouent le jeu périlleux des élites qui dans toutes les époques de grande confusion ne peuvent comprendre que leur surdité persistante signifie qu’elles sont à bout de souffle, et vraisemblablement en fin de course.
C’est l’impression générale qui se dégageait une fois encore de la scénarisation présidentielle. À défaut de traiter des vrais problèmes que l’opinion, sondage après sondage, appelle ses gouvernants à prendre à bras-le-corps, ceux-ci préfèrent louvoyer avec le réel, pensant sans doute mieux l’exorciser. Ce n’est pas qu’ils ne voient pas, mais c’est qu’ils ne le veulent pas. La palinodie de la promesse référendaire – qui revient à intervalles aléatoires depuis 2017 – a tout au demeurant du jeu du chat et de la souris, comme si on cherchait d’abord à mimer l’esprit du référendum en le dévitalisant, alors qu’il a été pensé par le fondateur de la Ve République comme un outil de revitalisation, cure de jouvence en quelque sorte, démocratique.
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Hier, Emmanuel Macron, dans un format que son entourage avait prétendu inédit (en quoi ?), aura réitéré la figure de cette « com » permanente dont il imagine qu’elle suffit à accréditer l’idée de la pertinence de ses orientations… Il n’aura tout compte fait que conforter ce halo de perceptions que cet homme, décidé dès qu’il s’agit de lui-même, est un indécis ontologique dès lors qu’il convient d’agir pour la France et les Français.
*Arnaud Benedetti est rédacteur en chef de la Revue Politique et parlementaire et professeur associé à l’Université Paris Sorbonne.
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