Le JDNews. « Nous ne sommes même pas en démocratie », écrivez-vous dans votre dernier livre. Est-ce une provocation ?
Raphaël Doan. Je prends démocratie dans son sens originel, classique et étymologique. Démocratie, cela veut dire pouvoir du peuple, et c’est bien ainsi qu’on la concevait depuis son invention par les Grecs anciens jusqu’aux philosophes des Lumières. Dans la pensée classique, la démocratie n’existe que si le peuple vote lui-même les lois, participe directement au gouvernement de la cité.
Dans notre régime actuel, ce n’est pas le cas, puisque les lois sont votées par un petit groupe d’individus – les parlementaires. Nous avons bien une part de démocratie dans notre Constitution, à travers le référendum, mais cela fait vingt ans qu’on ne la fait plus vivre… Du moins pour le moment.
Quel regard portez-vous sur la prolifération d’initiatives présentées comme participatives ?
C’est une parodie de démocratie. La représentation, au sens parlementaire du terme, est déjà une sorte de pis-aller par rapport à la démocratie directe ; les conventions citoyennes tirées au sort, c’est encore pire. Pourquoi des citoyens tirés au sort auraient-ils le droit de décider pour les autres sur de grandes questions communes ?
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« La démocratie, on l’oublie souvent, est d’abord un puissant moyen de trancher les dilemmes »
Heureusement, en un sens, ces conventions sont extrêmement faibles : en amont, elles peuvent facilement se faire influencer dans un sens ou dans un autre par le choix des experts et des contributeurs, en aval, le gouvernement peut facilement ignorer leurs recommandations. C’est très bien qu’il y ait de grands débats nationaux, mais pour cela, nous avons déjà des outils solides : le Parlement et les médias pour débattre, le référendum pour trancher si nécessaire.
Quelle juste place pourrait être faite à la démocratie directe dans nos institutions ?
Je ne plaide pas pour une démocratie directe totale ; d’ailleurs, cela n’existe quasiment jamais. Les meilleurs régimes sont en général les régimes mixtes, qui prennent un peu à la monarchie, un peu à l’aristocratie et un peu à la démocratie. Notre problème est d’avoir délaissé cette dernière. Un président peut bien sûr réactiver l’usage du référendum, et tant mieux si c’est le cas.
Mais il faudrait aussi ouvrir le champ des questions pouvant être soumises à référendum, aujourd’hui plutôt limité. Car la démocratie, on l’oublie souvent, est d’abord un puissant moyen de trancher les dilemmes, de s’attaquer de front aux questions mises sous le tapis, de donner de la légitimité à une action. C’est le meilleur moyen de sortir de l’impasse actuelle.
Faire de la France une démocratie, Raphaël Doan, Passés Composés, 130 pages, 10 euros.
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