La guerre d’Ukraine est loin d’être terminée mais les diplomates sont de retour, trois ans après leur rupture brutale. Les fantassins continuent à mourir dans les tranchées du Donbass mais la perspective a changé. Les deux camps ont abandonné les conditions préalables aux négociations. Plus personne ne parle de victoire ou de capitulation. L’évocation des Munichois a disparu des plateaux télévisés. La paix n’est plus un désir obscène. C’est un tournant dans le conflit. Il laisse espérer un répit dans le bourrage de crânes. On sait que la première victime des guerres est la vérité.
Depuis 2014, l’Ukraine est devenue le laboratoire du mensonge d’État. La grande machine de propagande tourne à plein régime sur les réseaux sociaux comme les chaînes d’info continue. En Russie, en Ukraine. Comme en France. Avec des mensonges aussi énormes que les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Et des mystères aussi profonds que la mer Baltique où reposent les débris de Nord Stream. L’heure approche où il va être possible d’écrire la véritable histoire de la guerre en Ukraine. Cela devrait être édifiant.
Un secret de Polichinelle
Signe des temps, une cinquantaine de généraux (dont plusieurs à 4 ou 5 étoiles), une centaine de colonels, autant d’officiers que de sous-officiers ont signé une tribune exigeant que le Parlement soit consulté sur l’engagement de troupes sur le terrain. À étudier la liste, on découvre que plusieurs d’entre eux sont des professionnels du renseignement (DGSE, DRM, ex-DPSD, SGDSN, forces spéciales). Leur pétition rappelle que depuis trois ans, « des informations persistantes, bien que non confirmées officiellement, évoquent une présence de troupes françaises en Ukraine ». Dit ainsi, cela ressemble au secret de Polichinelle. Mais jusqu’à présent, poser la question relevait du suicide et vous désignait comme agent du Kremlin ou victime des trolls de la désinformation. Tout au plus, les autorités concédaient-elles que les canons Caesar aient pu être livrés avec des instructeurs, car on ne tire pas au canon automoteur de 155 comme avec un lance-pierres. Ou que l’Élysée ait besoin d’informations fiables vérifiées sur le terrain par les services spécialisés. Il n’y avait pas lieu d’en discuter, rompez ! Journalistes et parlementaires ne s’en sont pas inquiétés.
Pourtant, les signataires ont raison de souligner que « l’article 35 de la Constitution impose au gouvernement d’informer le Parlement dans les trois jours suivant une intervention militaire à l’étranger et de soumettre toute prolongation au-delà de quatre mois à un vote ». De même, comment expliquer que l’accord de sécurité franco-ukrainien n’ait jamais été ratifié par le Parlement, au mépris de l’article 53, qui dispose que les « accords relatifs à l’organisation internationale […] ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi » ?
Une chose trop sérieuse
On n’entre pas en guerre en cachette ou en contrebande. Ni seul : les citoyens ont le droit de savoir. Dans ce domaine, c’est même un devoir d’exercer le contrôle démocratique que les textes prévoient. Les signataires de la pétition s’y conforment mais seront accusés d’avoir manqué au devoir de réserve. C’est un reproche qui n’est jamais fait aux généraux qui prennent leur retraite sur les plateaux télévisés en apportant leur caution aux discours va-t-en-guerre. La montée des périls en Europe impose de s’occuper des questions de défense. Pas seulement parce qu’il va falloir se serrer la ceinture. La guerre est une chose trop sérieuse pour se contenter d’entonner l’ode à la joie quand la France et la Pologne signent un traité d’amitié le jour de l’Europe, avec une clause qui ouvre « une possibilité de coopération en matière de dissuasion nucléaire ». On ne fait pas la guerre pour prendre une pose virile, lustrer le marbre de sa propre statue ou écrire ses mémoires de guerre.
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