La séquence a été visionnée plus de 90 000 fois. Après Marseille et Toulouse, le Youtubeur allemand connu sous le pseudo « LuckyLuke030 » a proposé à ses abonnés un « ghetto tour » à Nîmes. Dans cette vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 12 mai, et depuis supprimée, le jeune homme s’est rendu dans le quartier de Mas de Mingue. Il y dévoile le fonctionnement d’un important point de deal et fait la promotion d’un trafic bien organisé.
Les dealers, vêtus de noir et au visage masqué et flouté, arborent des armes à feu en main. Le Youtubeur montre également un espace détente, proposant des boissons, des collations et même un barbecue aux clients. Les individus s’affichent aussi en train d’effectuer des rodéos sauvages à motocross.
L’influenceur se rend sur les barrages mis en place à l’entrée du quartier par les trafiquants et part à la rencontre des guetteurs mobilisés sur les toits des immeubles. Il s’installe à bord d’une Ferrari qui circule dans les rues aux côtés d’une Porsche et d’individus à motocross.
LuckyLuke030 donne même la parole à des dealers : « J’ai 14 ans, j’ai commencé à jober à l’âge d’un an. J’ai jobé à Grenoble, à Bagnols. » L’influenceur commente par la suite : « Ce ne sont pas seulement des gars du quartier qui vivent ici mais des travailleurs qui changent de quartier voire de ville. C’est vraiment un gros business ici, même une industrie en France. »
Le maire de Nîmes monte au créneau
Ces images ont choqué le maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier. « Je condamne avec la plus grande fermeté ces scènes révélées dans ce reportage monté de toutes pièces. C’est scandaleux et dramatique », réagit-il auprès du JDD. L’édile y voit d’ailleurs une « opération de communication et une tentative de banaliser le trafic de produits stupéfiants dans ce quartier prioritaire ». Tout comme les secteurs Pissevin-Valdegour et Chemin Bas d’Avignon à Nîmes, le quartier de Mas de Mingue est connu pour abriter l’un des plus importants points de deal.
La suite après cette publicité
« La ville de Nîmes examine à l’heure actuelle l’ensemble des moyens juridiques à sa disposition pour exprimer avec fermeté son opposition catégorique à cette glorification d’une organisation criminelle », précise Jean-Paul Fournier. La procureure de la République de Nîmes, Cécile Gensac, s’est saisie du dossier
Bruno Retailleau sur place vendredi
Cette vidéo a été dévoilée à quelques jours du déplacement à Nîmes de Bruno Retailleau. Après plusieurs fusillades sur fond de trafic de drogue, le ministre de l’Intérieur doit évoquer ce vendredi 16 mai les questions de sécurité dans la ville d’un peu plus de 150 000 habitants et effectuera une visite dans le quartier Pissevin. Le chef de Beauvau doit rencontrer Jean-Paul Fournier et des élus. Le maire attend beaucoup de cette visite : « J’aimerais que nos policiers municipaux aient plus de pouvoir afin d’agir mieux contre le narcotrafic. »
D’ici 2026, la ville de Nîmes va recruter 31 policiers municipaux supplémentaires afin d’atteindre un effectif de « presque 200 agents » sur le terrain. « Si la police est installée à demeure à Nîmes, la situation sera aussi améliorée », espère l’édile de la cité gardoise qui déplore « la violence » que le trafic entraîne. « Ce n’est pas normal que des gens soient tués par des balles perdues », fustige-t-il.
La police réagit
Le syndicat Alliance Police Nationale 30 a également réagi à cette vidéo polémique dans un communiqué : « Il est choquant de voir un jeune homme se présenter comme influenceur, tout en glorifiant des comportements nuisibles et en faisant l’apologie d’activités illégales comme le trafic de drogue dans des quartiers vulnérables. » Le syndicat s’inquiète que cette publication ait « des conséquences néfastes, en incitant d’autres jeunes à suivre cet exemple ». Il appelle ainsi les modérateurs des réseaux sociaux à « prendre des mesures pour encadrer ce genre de contenu ».
La police nationale du Gard a en outre rappelé que les forces de l’ordre étaient mobilisées « quotidiennement » dans « tous les quartiers sensibles de Nîmes ». « Au premier trimestre 2025, 46 interpellations ont ainsi d’ores et déjà été réalisées, avec la découverte de 5,5 kg de cannabis, 28 g de cocaïne et la saisie de 14 500 euros », indique enfin la police.
Source : Lire Plus





