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Élisabeth de Feydeau : comment les femmes ont fait du parfum un outil de pouvoir



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16 Mai 2025
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Élisabeth de Feydeau : comment les femmes ont fait du parfum un outil de pouvoir
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Il fallait bien un philosophe aussi rigide qu’Emmanuel Kant pour reléguer l’odorat au rang des sens « ingrats ». Élisabeth de Feydeau, elle, le place au cœur du pouvoir. Dans Les Voluptueuses, l’historienne retrace la manière dont certaines femmes ont conquis des corps, gouverné des cœurs et parfois des royaumes au moyen d’une simple fragrance. Elles s’appellent Cléopâtre, Catherine de Médicis, Joséphine, Sissi, Frida Kahlo ou Joséphine Baker… des femmes de légende aux intuitions olfactives redoutables. Les Voluptueuses n’est pas une histoire du parfum, mais une histoire par le parfum. Celle des femmes qui en ont fait une arme, mesurant l’usage politique, sensuel et stratégique des odeurs.

Tout commence dans la fumée. Littéralement, le mot parfum vient de là : per fumum, « par la fumée », cette offrande volatile qui liait le ciel à la terre dans les rituels anciens. Dès l’Antiquité, les reines et les prêtresses brûlent myrrhe et encens pour affirmer leur pouvoir, convoquer les dieux ou envoûter les hommes. La première des voluptueuses est Cléopâtre, souveraine parfumée qui sut faire de la senteur un art de la domination autant que de la volupté, saturant ses voiles de myrrhe avant d’embarquer pour séduire César. Plus à l’est, dans les volutes d’un harem ottoman, Roxelane, épouse rusée de Soliman le Magnifique, s’impose par le musc, lourd, enveloppant, impérieux.

« Le plus indispensable des superflus »

À la cour de France, le parfum est un véritable moyen de conquête du pouvoir. Versailles embaume : sachets glissés dans les corsets, éventails imprégnés, gants, étoffes et même fontaines charrient des fragrances précieuses. Les maîtres parfumeurs rivalisent d’audace pour saisir une odeur. La marquise de Montespan, favorite de Louis XIV, maîtrise parfaitement ce langage. Sa tubéreuse, fleur blanche au parfum entêtant et capiteux, la précède dans les couloirs et sature les draps du roi. Un siècle plus tard, Madame de Pompadour affine sa domination par des eaux de senteur subtiles, tissées dans ses gants, ses appartements, ses robes. Dans cet univers codifié, les favorites règnent aussi par leur parfum. Il est leur complice, leur ambassadeur, leur meilleure arme. Joséphine Bonaparte, maîtresse du musc animal, impose sa senteur jusque sur les tentures de Malmaison.

Mais Les Voluptueuses ne se contente pas de flairer les alcôves. Élisabeth de Feydeau, formée à l’École du Louvre, grande connaisseuse de la parfumerie française (elle a travaillé avec Guerlain et Chanel), s’attache aussi aux mots. Parler du parfum, tenter de fixer l’insaisissable, relève du défi littéraire. Parce qu’il échappe et exige des images, des détours, des emprunts à la musique – on parle de notes, d’accords, d’orgues. Le parfum ne se décrit pas, il se transpose. Il convoque la couleur, le son, la mémoire. L’historienne excelle dans cette prose synesthésique, hybride, sensuelle. George Sand ne disait pas autre chose : si elle évoquait les prairies fleuries du Berry, c’était moins par goût du champêtre que pour faire revenir l’enfance, les après-midis perdus, les saisons embaumées.

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À la Belle Époque, les senteurs poudrées, les muscs feutrés saturent les boudoirs et les théâtres. Sarah Bernhardt enivre Paris de son sillage d’ambre et d’iris. Colette, elle, a reçu très tôt l’éducation du nez. L’odorat précède le verbe, car sa mère, Sidonie, lui apprend à sentir le monde avant même de le lire. Le parfum devient outil de langage et de liberté, « le plus indispensable des superflus », dit Colette, et ses romans regorgeront de références olfactives. L’auteur du Blé en herbe ne se contente cependant pas de décrire, elle en vend.

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« Touche-à-tout de génie », elle ouvre dans les années 1930 sa propre boutique de cosmétiques. Élisabeth de Feydeau retrace aussi l’histoire de la mode et du corps habillé, orné, parfumé. Les grands couturiers – Chanel, Lanvin – comprennent vite que la robe et le parfum doivent parler d’une même voix. Puis viennent les icônes modernes : Frida Kahlo, portée par l’incandescence de Shalimar ; Marilyn Monroe, immortalisée dans son mystère par quelques gouttes de Chanel N°5. À travers ces figures, Élisabeth de Feydeau suggère que le parfum n’est pas une simple parure, mais une confidence à même la peau. Une signature qu’on ne lit qu’en s’approchant.

Voyage olfactif dans l’intime

Il y a dans Les Voluptueuses des moments émouvants. L’évocation de L’Heure bleue, ce parfum créé par Jacques Guerlain en 1912, « dernier élan romantique de ces temps crépusculaires », porté par Romy Schneider, résonne comme un adieu enveloppé de mélancolie, avec un écho plus personnel encore : Élisabeth de Feydeau confie que ce fut son premier parfum de « grande » offert par sa mère, choc olfactif qui fixa pour elle à jamais la puissance d’une odeur. Le livre, truffé de détails – sur les matières premières, leur métamorphose, les ateliers, les gestes –, impressionne surtout par son ton limpide, érudit, sans jamais être pédant.

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L’historienne glisse d’un siècle à l’autre avec l’agilité d’un nez averti. Elle recompose une histoire souterraine, charnelle, stratégique – une géopolitique du parfum. Elle rappelle une vérité oubliée : l’odeur précède la mémoire. Les parfums gardent ce que les mots perdent – la trace des amours perdues, des royaumes effacés, des désirs tus. Les Voluptueuses n’est pas une simple traversée de l’histoire culturelle mais un voyage olfactif dans l’intime des femmes. L’ultime secret du parfum, semble souffler l’auteur, est de faire percevoir autrement des femmes si célèbres qu’on les croit figées dans leurs portraits officiels. Le parfum devient ici le fil sensoriel d’une mémoire féminine, un art de la présence – et de la liberté.


Les Voluptueuses, une histoire parfumée des femmes de légende, d’Élisabeth de Feydeau. Flammarion. 424 pages, 23,90 euros.

Source : Lire Plus

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