
En tant que petits pêcheurs artisanaux européens, nous ne pêchons pas avec de gros engins, ni n’avons recours à des techniques destructrices, nous ne pêchons pas à des centaines de milles au large des côtes, ni ne bénéficions des larges exonérations fiscales et subventions au carburant de la part de l’Union européenne.
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Ce que nous possédons est bien plus précieux : des générations de savoir-faire et un engagement profond à protéger nos zones de pêche, dont nous sommes les gardiens pour les générations futures. Pour nous, la pêche n’est pas seulement un métier, c’est un héritage — un mode de vie ancré dans des siècles de tradition transmise de génération en génération, et dont les moyens de subsistance sont intimement liés à la préservation de l’océan.
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Un écosystème marin menacé par la pêche industrielle
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Mais aujourd’hui, cet héritage est menacé. Non pas par la mer, mais par des flottes industrielles qui pillent les océans en toute impunité et nous marginalisent.
La pêche industrielle, soutenue par de vastes subventions et exonérations fiscales, dispose de puissants lobbies
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Les opérations de pêche industrielle qui surexploitent les mers sont soutenues par de vastes subventions et exonérations fiscales, elles disposent de puissants lobbies qui défendent leurs intérêts auprès des décideurs au détriment des petits pêcheurs artisanaux. Leurs pratiques destructrices, comme le chalutage de fond, ne menacent pas seulement la biodiversité — elles sapent les bases mêmes d’une pêche durable. Elles détruisent les fonds marins, épuisent les stocks, émettent de larges quantités de gaz à effet de serre, et mettent en péril notre survie à nous, pêcheurs artisanaux garants d’une pêche durable et respectueuse des écosystèmes marins.
Ce n’est pas qu’une crise écologique — c’est aussi une crise économique et sociale. Alors que nous représentons 76 % de la flotte de pêche de l’Union européenne, nous sommes mis de côté au profit de politiques favorisant les intérêts industriels d’une minorité qui génère peu d’emplois et partage peu ses profits, contribuant à accentuer la fragilité de nos communautés côtières. C’est pourquoi nous appelons à la mise en œuvre effective et au respect imminent des aires marines protégées (AMP) existantes. Ces zones ont été créées pour protéger la vie marine et les moyens de subsistance des communautés côtières, mais trop souvent, elles ne sont que symboliques. Assurer le respect réel de ces mesures de protection est essentiel pour garantir l’avenir d’une pêche européenne durable et des écosystèmes marins dont elle dépend.
Les AMP — lorsqu’elles sont bien conçues et bien appliquées — fonctionnent. Les pêcheurs en font l’expérience au quotidien, et la science le confirme. Elles restaurent la diversité et la densité des stocks de poissons ; et quand les poissons reviennent, les pêcheurs aussi. Un océan en bonne santé signifie des pêcheries florissantes — et ces dernières nécessitent des écosystèmes abondants. Les AMP offrent une protection vitale, en permettant à la vie marine de se remettre de décennies de pressions industrielles.
Contrairement à ce que prétendent les lobbies industriels, les AMP ne consistent pas à interdire l’accès à l’océan
Contrairement à ce que prétendent les lobbies industriels de la pêche, les AMP ne consistent pas à interdire l’accès à l’océan. Elles consistent à interdire sa destruction. Elles permettent à la vie marine — et par ricochet à nos moyens de subsistance — de se régénérer.
Nous, pêcheurs artisanaux, utilisons des engins sélectifs à faible impact tels que les lignes à main, les filets dormants et les casiers — des méthodes qui préservent les écosystèmes, nourrissent les citoyens européens et génèrent plus d’emplois dans les communautés côtières que tout autre segment du secteur.
L’UE doit respecter ses engagements
Nous sommes les gardiens de la mer, pas seulement ses usagers. Mais alors que nous respectons les règles, nous sommes les premiers pénalisés par l’effondrement des stocks de poissons, des politiques d’attribution de quotas injustes et un accès de plus en plus restreint à nos propres eaux — ceux qui exploitent le plus les ressources naturelles semblent au contraire en être récompensés.
L’Union européenne avait pourtant promis plus d’équité à travers la politique commune de la pêche (PCP) et notamment via l’article 17 qui prévoit de récompenser les pratiques durables et de prendre en compte des critères sociaux et environnementaux dans l’attribution des autorisations de pêche. En pratique, les États membres n’appliquent pas ces dispositions : les flottes industrielles reçoivent la majorité des quotas et 95 % des subventions au carburant — alors même qu’elles offrent moins d’emplois et causent plus de dommages.
Cette situation injuste qui pénalise directement les petits pêcheurs européens ne peut perdurer. Nous appelons l’Union européenne à respecter ses engagements et à :
- appliquer réellement l’article 17 de la politique commune de la pêche ;
- mettre fin aux subventions finançant la destruction de l’océan et des écosystèmes marins ;
- protéger, renforcer et étendre les aires marines – véritablement – protégées.
Les AMP ne sont pas un obstacle à la pêche. Elles sont l’une des clés pour faire vivre la pêche à long terme. Pour nous qui pêchons encore avec nos mains, notre cœur et notre héritage en mémoire, les aires marines protégées sont la promesse d’un avenir auquel nous pouvons croire.
Car si nous voulons des pêcheries florissantes, nous avons besoin d’un océan florissant. Nous, petits pêcheurs artisanaux européens, savons mieux que quiconque que les deux sont indissociables.
*Liste des signataires :
Christian Decugis, pêcheur artisanal, Var, France. Petit-fils de pêcheur traditionnel, Christian exerce depuis 1980 à Saint-Raphaël. Il utilise filets, palangres hauturières et casiers. Membre des prud’homies depuis 1980, prud’homme pendant plus de 20 ans, ex-président du Comité Local des Pêches du Var (2009-2012), membre fondateur de Medarnet, président d’APAM et de LIFE.
Alisdair (Bally) Philip, pêcheur aux casiers et coordinateur national de la Scottish Creel Fishermen’s Federation – Highlands, Écosse. Bally est pêcheur aux casiers sur la côte ouest de l’Écosse. Il coordonne la fédération nationale et milite contre le chalutage de fond, pour un avenir durable des jeunes pêcheurs.
Isaac Moya, pêcheur artisanal et cofondateur de l’Empesca’t – Catalogne, Espagne. Pêcheur à faible impact, il cofonde Empesca’t, un collectif promouvant des prix équitables pour les pêcheurs artisanaux, des pratiques responsables et la protection des écosystèmes locaux.
Macarena Molina Hernández, pêcheuse artisanale, Andalousie, Espagne. Représentante de la pêche artisanale au sein de PESCARTES, dans la Réserve Marine d’Intérêt Pêche Cabo de Gata-Níjar.
Renato Galeotti, pêcheur artisanal, président de l’Associazione Casette dei Pescatori – Vada, Italie. Renato dirige l’association qui regroupe les pêcheurs artisanaux de Vada utilisant des filets maillants à faible impact.
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