Le JDD. Vladimir Poutine n’est pas venu à Istanbul, comment interprétez-vous ses prises de position ?
Benjamin Haddad. Depuis des mois, nous travaillons avec nos partenaires ukrainiens, européens et américains pour ramener la paix : d’abord obtenir un cessez-le-feu, puis une négociation. C’est aussi le souhait de Zelensky. Quand tout le monde prédisait notre isolement, le président Macron a mis la France au centre du jeu diplomatique. En face, Poutine ne cesse les manœuvres dilatoires, comme son absence en Turquie ce jeudi le démontre.
Le message est limpide : il veut continuer sa guerre d’agression entamée il y a plus de trois ans. Tout, aujourd’hui, dans sa posture, que ce soit l’escalade militaire sur le terrain ou sa rhétorique maximaliste, plaide en ce sens. Ne soyons pas naïfs : à travers l’Ukraine, c’est l’Europe qu’il cherche à déstabiliser. Tout son régime est tourné en ce sens. Julien Freund, philosophe disciple d’Aron, disait : « C’est l’ennemi qui vous désigne. » Poutine a désigné l’Europe et nos démocraties. Regardons cette menace en face.
Le président de la République a évoqué de nouvelles sanctions contre la Russie, lesquelles ?
Notre objectif est d’exercer une pression maximale sur la Russie afin de forcer Poutine à négocier. Cela passe par l’accélération des livraisons d’armes à l’Ukraine et le vote d’un 17e paquet de sanctions européennes pour allonger la liste d’individus et d’entreprises russes visés.
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« Une paix durable passera par des garanties de sécurité fortes pour l’Ukraine »
Il s’agit également de renforcer la lutte contre la « flotte fantôme », les navires pétroliers qui permettent à la Russie, en mer Baltique ou en mer du Nord, d’échapper aux sanctions. Le Sénat américain prépare aussi un paquet de sanctions sur l’énergie et les banques qui frapperont les pays et entreprises qui aident la Russie à contourner les sanctions.
Emmanuel Macron évoque le déploiement de « forces de réassurance » en Ukraine pour garantir la paix. N’est-ce pas prendre le risque d’une confrontation directe avec la Russie ?
Au contraire, une paix durable passera par des garanties de sécurité fortes pour l’Ukraine. Cela commence par le soutien à une armée ukrainienne forte ainsi que la réassurance qu’évoque le président. C’est pour cela que nous réarmons nos démocraties européennes après des décennies de dépendance aux États-Unis. L’objectif est de tirer les leçons du passé et de dissuader toute velléité de future agression. Tout message de faiblesse serait perçu comme un blanc-seing par la Russie.
Sur le dossier des droits de douane, l’Europe semble forte en paroles, mais faible en actes. Ne sommes-nous pas assez dissuasifs pour le coup ?
L’objectif est de négocier une désescalade : la guerre commerciale n’est dans l’intérêt de personne. À commencer par les États-Unis : les marchés américains dévissent. Mais nous avons les moyens de répondre et nous examinons en ce moment un paquet de taxes sur les biens américains, ainsi que l’utilisation d’instruments comme la taxation des services numériques. Il n’y a pas de tabou. Notre marché unique et ses instruments sont une force, et le président Trump l’a bien compris.
Dans ce contexte de guerre commerciale, faut-il reprendre les négociations sur le Mercosur ?
Je suis très mobilisé sur le sujet. On ne peut pas imposer des normes à nos agriculteurs et importer des produits qui ne les respectent pas. J’ai réuni début avril plusieurs partenaires européens qui partagent nos préoccupations et j’ai rappelé que nous n’acceptons pas cet accord en l’état. Nous exigeons de la réciprocité et des clauses de sauvegarde pour protéger nos marchés.
Les entreprises françaises subissent des règlementations comme la directive sur les rapports de développement durable des entreprises. L’Europe n’est pas populaire.
C’est faux de dire que l’Europe est impopulaire. Les Français voient bien qu’entre les États-Unis et la Chine, on a intérêt à être unis. Mais face à un monde qui s’accélère, une concurrence qui se durcit, les Européens doivent s’adapter en profondeur. On ne peut pas être les derniers à noyer nos entreprises de normes et à laisser nos marchés ouverts à toutes les prédations. Je me déplace beaucoup en France pour écouter nos agriculteurs, nos patrons de TPE et de PME et nos élus locaux, tous se plaignent de l’inflation normative européenne, de la complexité : ils ont raison. Mon job est de défendre les intérêts des Français à Bruxelles, pas d’être le VRP de la Commission.
« Notre représentation nationale aurait pu envoyer un message unanime à notre compatriote Boualem Sansal »
La France a obtenu de la Commission qu’elle révise en profondeur la CSRD et la CS3D (règlementations sur la production durable) qui pèsent sur les entreprises. On avait jusqu’à 1 200 indicateurs à remplir ! Il est temps d’arrêter la fuite en avant sur les nouvelles normes. J’ai dit que je m’opposerais à la proposition de la Commission d’imposer un contrôle technique annuel sur les automobiles. On a une guerre des droits de douane. Le défi de l’IA, qui peut penser que c’est aujourd’hui une priorité ?! Il faut être plus offensif également sur les régulations qui régissent les banques et les compagnies d’assurance, qu’Américains ou Britanniques ne respectent pas. La France a un mot d’ordre : simplifier, simplifier et encore simplifier !
Concrètement, Stellantis et Renault reprochent à l’Europe de les contraindre à produire des voitures électriques qui ne se vendent pas. Ne faut-il pas casser l’interdiction de vendre des véhicules thermiques à partir de 2035 ?
C’est dans notre intérêt d’aller vers la décarbonation, d’autant qu’à l’inverse des Américains, nous ne sommes pas producteurs d’hydrocarbures, nous les importons. La France s’est battue pour la reconnaissance du nucléaire au niveau européen. Aller vers la décarbonation est un enjeu de souveraineté. Mais ne le faisons pas au détriment de nos entreprises et de nos industriels. Il faut mettre du bon sens et du pragmatisme dans la méthode.
Les constructeurs ont investi dans l’électrique, mais la demande baisse, ce qui n’est pas de leur fait. Ils se retrouvent contraints à payer des amendes ou à acheter des bons carbone à la concurrence chinoise et américaine. On marche sur la tête ! La France a obtenu gain de cause pour que la Commission suspende ces amendes. Nous avons aussi obtenu la création d’une banque de décarbonation. Nous devons passer d’une logique de contrainte à une logique d’investissement.
Le Premier ministre est confronté à un budget 2026 douloureux. Comment résoudre ce casse-tête ?
Je vois les modèles autour de nous en Europe : nous sommes plus imposés que nos voisins et nous travaillons moins. Depuis 2017, nous avons fait baisser le chômage de façon historique grâce à des réformes courageuses, mais nous continuons à avoir un taux d’emploi inférieur à beaucoup de nos voisins. Ça limite notre création de richesse, et donc nos recettes. On doit continuer de réformer notre modèle. Regardons les solutions qui existent autour de nous : les Suédois, par exemple, ont introduit une dose de capitalisation des retraites en complément du régime de base de répartition. Un fonds de pension qui finance ensuite les entreprises suédoises et obtient un retour élevé pour les retraités. C’est un débat intéressant.
LFI a refusé de soutenir la libération de Boualem Sansal à l’Assemblée nationale. Comment interprétez-vous ce choix ?
LFI fait un pas de plus dans l’indigne. J’ai défendu ce texte à l’Assemblée. Notre représentation nationale aurait pu envoyer un message unanime à notre compatriote Boualem Sansal, un homme malade de 75 ans, un message de défense de nos valeurs universelles. Mais les Insoumis ont choisi le communautarisme et n’ont cessé d’attaquer la France dans ce débat.
Les Républicains ont engrangé plus de 120 000 adhésions et ont remporté une série d’élections partielles. Cela n’est-il pas le signe du retour des vieux partis ?
J’ai rejoint Emmanuel Macron dès la création d’En Marche et je crois profondément à la pérennité de notre aventure politique : le dépassement, mettre ensemble les gens de bonne volonté, qui croient à la liberté, au travail, à la République et à l’Europe.
Je ne l’ai jamais caché, je viens de la droite, je suis libéral. J’ai toujours plaidé pour l’alliance avec LR. J’ai une grande estime pour Bruno Retailleau avec qui nous menons la bataille pour mieux contrôler les frontières de l’Europe.
Est-ce que vous plaidez aussi pour ce rapprochement à Paris, pour les municipales ?
Oui. Paris a besoin d’un nouveau souffle après un quart de siècle de mandature socialiste et de politique dogmatique. Je soutiens Rachida Dati qui est la mieux placée pour nous faire gagner. Unissons-nous : la division, c’est la défaite. Je m’engagerai personnellement dans cette bataille.
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