« Battez-vous pour ce club comme si votre vie en dépendait », implorait pourtant une immense bâche déployée au pied du virage des Magic Fans. Depuis des heures, le « peuple vert » venu de toute la France avait investi le centre-ville de Saint-Étienne, maillots de toutes les époques sur le dos. Dans le hall de l’hôtel, avant de filer à Geoffroy-Guichard, on avait croisé un quinquagénaire et ses deux fils fraîchement débarqués de Picardie après huit heures de route. « On vient toujours pour le dernier match, souriait le paternel. Je suis désolé pour eux mais je crois que je leur ai filé le virus ! »
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L’an prochain, l’ASSE fêtera le cinquantième anniversaire de la finale de Glasgow, la si cruelle défaite contre le Bayern (1-0), les poteaux carrés, le défilé sur les Champs-Élysées quand même, la France enamourée. Elle est tellement partout, cette épopée de 1976, qu’à l’entrée des équipes ici, on envoie encore le « Allez les Verts » de Monty, repris par 40 000 poitrines rugissantes, souvent les larmes aux yeux. Ça marche encore parce que l’histoire était unique, que le monde a changé avec le siècle et qu’elle ne se reproduira plus, en tout cas plus comme ça. Les « mâtrus » (enfants, dans le parler local) le savent mais ils honorent le passé en chantant plus fort que leurs pères et leurs grands-pères réunis.
C’est tout ça, une soirée dans le « Chaudron », sans aucun doute l’une des ambiances les plus poignantes du football dans nos contrées. Mal en point au coup d’envoi, les hommes d’Eirik Horneland, l’entraîneur norvégien qui n’avait jamais quitté son pays avant l’an passé, devaient en effet tout donner, gagner et attendre un faux pas des rivaux d’infortune, Le Havre, et pourquoi pas Reims, juste pour arracher une place de barragiste. Espérer, malgré un énorme fil à la patte : cette défense passoire, la pire de l’élite après celle de Montpellier. Y croire, avec la ferveur, la solidarité, le supplément d’âme. Même quand Toulouse, qui n’espère ni ne craint plus rien depuis des semaines, ouvre la marque dès la 10e minute par Kamanzi (0-1). Pas grave, « Sainté » est l’équipe qui prend le plus de buts dans le premier quart d’heure, on ne va pas s’arrêter de chanter pour si peu. Même quand le TFC double la mise par King cinq minutes plus tard en se jouant de l’arrière-garde locale comme un chat le ferait d’une souris verte (0-2).
Tardieu avait ramené l’espoir
Les Stéphanois jouent au pendu, ils étalent des lacunes terribles mais ils ne trichent pas. Et le football leur dit merci. Peu avant la pause, sur un corner mal dégagé, Tardieu arme une volée à trouer les filets et faire exploser les 38 725 vaillants (1-2, 38e). Sous un déluge de décibels, le match devient fou, le même Tardieu touche la barre, le TFC rate le break et tout le monde rentre aux vestiaires en courant sous une énorme ovation. Depuis la première minute, Saint-Étienne est virtuellement relégué mais personne dans les tribunes ne semble découragé.
Un match qui ressemble à une prolongation géante de Coupe de France
La seconde période est complètement haletante, les schémas tactiques et la raison ont déserté les lieux. Dans ce match qui ressemble désormais à une prolongation géante de Coupe de France, là où se noue le destin d’un club, Toulouse reprend de la marge par Gboho sur un nouvel abandon défensif (1-3, 58e), l’ASSE ressuscite l’espoir par Batubinsika (2-3, 63e) et les minutes décisives s’égrènent à mesure que l’oxygène se raréfie. Admirables de courage et d’abnégation, les Verts vont au bout d’eux-mêmes mais ce ne sera pas assez loin pour se maintenir dans l’élite, alors que les Havrais filent vers l’exploit et Reims vers un barrage angoissant après la finale de Coupe face au PSG.
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Plombés par trop de faiblesses et de vents contraires ces derniers mois, les Verts finissent avec de cruelles banderoles sous le nez et des chants aussi vulgaires qu’immérités. Ils reviendront, comme toujours. À Saint-Étienne, c’est l’espoir qui mourra en dernier.
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