– Connais-tu L’Héautontimorouménos ? m’interroge un camarade qui lit Baudelaire comme d’autres regardent le PSG…
– L’Héautontimorouménos ! Un poème de Baudelaire…
– Connais pas…
– L’Héautontimorouménos est du grec ancien. Cela signifie « puni par soi-même »
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– Et donc ?
– Ça me rappelle Emmanuel Macron. Écoute Baudelaire : « Je suis la plaie et le couteau ! Je suis le soufflet et la joue ! Je suis les membres et la roue. Et la victime et le bourreau ! »
Emmanuel Macron inspire les poètes, les freudiens, les lacaniens mais aussi monsieur tout le monde qui cherche à comprendre comment un homme aussi intelligent commet autant de bêtises.
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Il parait qu’il existe deux tragédies en ce monde : ne pas obtenir ce qu’on veut ; et l’obtenir. La culpabilité rongerait-elle Emmanuel Macron ? Le président de la République a obtenu à la première tentative ce que François Mitterrand ou Jacques Chirac avaient mis une vie à décrocher. Nicolas Sarkozy, François Hollande ont mené des batailles, ils ont essuyé des échecs. Emmanuel Macron fonce dans le mur comme s’il payait au destin la rançon de sa fortune :
– Quand les dieux grecs voulaient te punir, ils te donnaient tout. Puis ils te reprenaient tout, poursuit mon ami que Socrate, Platon, Aristote divertit.
La psychiatrie analyse ce symptôme. Il est référencé sous l’étiquette « conduite d’échec ». Attention névrose ! La conduite d’échec exprime une culpabilité qui met en faillite ses propres désirs. Faut-il lire la dissolution de l’Assemblée nationale à l’aune de l’autopunition ?
À mon tour de poser les questions :
– Tu connais Michel Audiard ?
– Oui, Dabe.
– « Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche. » T’es Baudelaire ou t’es Audiard ?
Nous n’en aurons jamais fini avec Emmanuel Macron que les Français ont inventé en 2017, qu’ils ont réélu en 2022, qu’ils fussent enchantés par ces belles paroles comme Ulysse écoutait les sirènes – le président a placé le verbe au-dessus de l’action – ou qu’ils craignissent Marine Le Pen à l’Élysée.
– Et Alain Chamfort ?
– J’adore !
– Manureva ! Tu te souviens ? Manu… Manureva… Tu saisis ? Manu… Manu rêva. Des jours et des jours tu dérivas. Mais jamais, jamais tu n’arrivas. Quand j’écoute Manureva, je pense à Manu Macron.
– T’es con !
Guet-apens à TF1
Mais que diable est-il allé faire dans cette galère ? Emmanuel Macron restait sur une séquence positive dans un train de nuit entre la ville polonaise de Rzeszów et la capitale ukrainienne de Kiev. Pourquoi parler ? Paraphrasons Raymond Devos : lorsqu’il n’a rien à dire, Emmanuel Macron souhaite qu’on le sache. « Je parle donc je suis », disait cette semaine Gilles-William Goldnadel sur le plateau de « L’Heure des Pros ».
À moins qu’il faille expliquer une visite à TF1 dans le tréfonds d’une âme tourmentée. « Je me saborde donc je suis. » La culpabilité est consciente ; le sabordage ne l’est pas. Au lendemain de cette soirée, Emmanuel Macron a perdu quelques points dans les sondages. Il collectionne les revers. En Ukraine, à Gaza, en Algérie, quelle influence ? quel résultat ?
Mardi soir, Agnès Verdier-Molinié et Robert Ménard ont vengé les journalistes de France qui depuis huit ans boivent la tasse devant Emmanuel Macron pour ne pas dire ses paroles. Pour la première fois depuis 2017, le président semblait sonné tel un boxeur. Comme s’il découvrait la réalité, les déficits, l’immigration, l’insécurité, ses chiffres, ses conséquences. Comme si travailler à l’Élysée interdisait que quiconque interpellât le président à la façon d’Agnès Verdier-Molinié ou de Robert Menard. Ils le malmenaient en direct. C’était cruel. Le maire de Béziers n’était pas agressif. Il n’éprouvait aucune joie mauvaise à égrener les cécités d’Emmanuel Macron. Il déplorait le bilan : « Mais vous êtes président que diable ! Depuis huit ans ! » Voici ce qu’il disait et qu’Emmanuel Macron n’entendait pas.
Pour la première fois, Emmanuel Macron était groggy. Il devinait que la parole ne suffirait pas
Oui, pour la première fois, Emmanuel Macron était groggy. J’ai eu le sentiment qu’il devinait que la parole ne suffirait pas, que ces deux prochaines années annoncent un chemin de croix, que le bilan est terrible, que la curée a commencé, que les attaques ne cesseront plus, que les amis partiront, qu’il finira à genoux.
« Rester libres » ? Vraiment ?
Inutile d’insister sur le déni et l’impuissance que chaque téléspectateur a ressentis mardi. La presse de droite comme celle de gauche était pour une fois unanime.
En revanche, les éditorialistes ont peu commenté les premières paroles du président : « Le défi des défis, dans un monde de plus en plus incertain, est de rester libre. » Les observateurs ont négligé ces quelques mots. Rester libre ? Vraiment ? Rester libre quand le pays est enchainé à une dette colossale ? Rester libre quand l’immigration est incontrôlée ? Rester libre quand l’insécurité gagne chaque village de France ? Rester libre quand l’Algérie refuse de reprendre ses ressortissants placés sous OQTF ?
Je crains que cette liberté évoquée par le président soit en priorité pour lui. Libre des promesses, libre des espérances, libre des Français. Emmanuel Macron largue les amarres. Adieu veau, vache, cochon, couvée. Nous serons les dindons d’une farce qu’il a interprétée comme George Clooney a braqué le casino dans Ocean’s Eleven. Il nous restera nos yeux pour pleurer. Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Nous sommes les cocus du quinquennat ! La messe est dite. Et le plus jeune président élu de la Ve République plane déjà vers d’autres cieux, d’autres aventures. Il est libre…
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