Trois hommes, trois droites et quasiment aucune gauche. Une anomalie en Europe, mais le reflet d’un pays marqué par la mémoire du communisme et profondément remodelé par vingt ans de domination conservatrice. Trente millions de Polonais s’apprêtent à élire ce dimanche leur président de la République. Le scrutin devrait décider du sort de Droit et justice (PiS), le parti qui domine la vie politique depuis vingt ans en Pologne. Son leader Jaroslaw Kaczynski, bientôt 76 ans, a vieilli autant que sa formation qui arrive essoufflée sur la ligne de départ. Son candidat, Karol Nawrocki, un historien de 42 ans qui se présente comme indépendant soutenu par le PiS, aura du mal à succéder à Andrzej Duda, qui ne peut pas se représenter après deux mandats consécutifs.
C’est que la Pologne est un pays ancré à droite. De toutes les nuances de la droite. Le favori de l’élection, Rafal Trzaskowski, maire de Varsovie de 53 ans, est le représentant de la Plateforme civique, le parti du Premier ministre Donald Tusk. Sa ligne économiquement libérale le situe au centre droit mais, comme Tusk, il est plus proche de Marine Le Pen sur les frontières que d’Emmanuel Macron.
Pendant la campagne, Trzaskowski a exprimé son opposition à l’accueil de nouveaux migrants, arguant que la Pologne a déjà accueilli assez de réfugiés ukrainiens. Il s’est également opposé à l’adoption de l’euro, préférant conserver le zloty pour contrôler la politique monétaire de la Pologne. En Pologne, la presse appelle ça un « recentrage »… Une façon de récupérer les déçus du PiS sans abandonner les thèmes habituels de la Plateforme civique dont la défense des LGBTQ et du droit à l’avortement, très restreints actuellement, et au sujet duquel il s’est engagé à signer une loi autorisant l’IVG jusqu’à douze semaines de grossesse.
En face, Karol Nawrocki défend les valeurs traditionnelles d’une société qui reste majoritairement conservatrice, spécialement en zones rurales. Mais il a accumulé les casseroles tout au long de la campagne. Plusieurs controverses ont entaché l’image de ce novice en politique, originaire de Gdansk, comme ses accointances passées avec des supporters de foot néo-nazis et des groupes mafieux de la Baltique.
Voulant s’acheter une image internationale, Nawrocki s’est rendu au début du mois aux États-Unis, a été reçu dans le Bureau ovale par Donald Trump, puis est allé à la rencontre de l’immense diaspora polonaise de Chicago. Avec 25 % d’intentions de vote, soit dix points derrière Trzaskowski, pas sûr que ce roadtrip américain l’ait beaucoup servi.
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Vient enfin, en troisième homme, la surprise de cette campagne, Slawomir Mentzen. C’est lui, à la droite de la droite polonaise, qui constitue le principal danger pour Nawrocki et donc pour la survie du PiS. Leader du parti Nouvel Espoir et candidat de Konfederacja, il a su séduire les plus jeunes électeurs polonais, empruntant à l’ex-candidat à la présidence roumaine Calin Georgescu cette propension extraordinaire à communiquer sur TikTok. Plus strict sur les frontières que ses deux concurrents, Mentzen, un entrepreneur de 38 ans, veut quitter l’Union européenne, baisser drastiquement les impôts, privatiser l’enseignement supérieur et, surtout, mettre fin à l’aide financière à l’Ukraine…
Ce qui lui vaut d’être accusé (sans la moindre preuve) d’être un candidat soutenu par les Russes. Longtemps au coude-à-coude avec Nawrocki, son positionnement trop antisystème semble l’avoir fait décrocher. Mais sa place centrale en fera un allié de choix si Nawrocki, qualifié au second tour, souhaitait rattraper son retard sur Trzaskowski. La gauche, réduite en pourcentages de miettes, ne pourra que regarder le spectacle.
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