« Allez, en avant », lance régulièrement Laurent Wauquiez à ses troupes. L’homme a toujours été pressé. Normale-Sup, Sciences Po, l’ENA, maire, président de région, patron de parti, plusieurs fois secrétaire d’État et ministre… À 50 ans, le Ponot a déjà coché de nombreuses cases d’une carrière politique bien remplie. Mais ce dimanche 18 mai, pour la première fois, il a largement été battu par un adversaire plus coriace que lui. La défaite est même brutale. Après trois mois de campagne intense à sillonner les fédérations LR, Laurent Wauquiez n’a recueilli que 25,69 % des voix à la présidence des Républicains face à son concurrent Bruno Retailleau.
« Je ne vais pas vous dire qu’on s’y attendait. Le résultat est rude et j’en suis le premier surpris. Quand Laurent est venu dans mon département, je voyais les adhérents arriver en étant pro-Retailleau et repartir en étant pro-Wauquiez. Donc j’étais plutôt confiant », ressasse le député des Ardennes Pierre Cordier au JDD. Contrairement à ce qu’annonçait Laurent Wauquiez lui-même quelques heures avant le scrutin électronique, le député de Haute-Loire n’a donc pas déjoué « tous les pronostics » et l’issue de la compétition n’a pas réellement été une surprise.
Laurent Wauquiez s’est tout de même montré plutôt offensif lors de sa prise de parole quelques minutes après l’annonce des résultats. Il a d’abord adressé à Bruno Retailleau « tous ses vœux de réussite dans la mission qui va être la sienne ». Avant de prôner le rassemblement de « toute la droite » pour « porter un projet de rupture et un vrai projet d’alternance ». Puis d’appeler, comme il l’avait déjà fait lors de la campagne, le ministre de l’Intérieur à ne pas « diluer » le parti de droite « dans le macronisme ».
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« Le discours pugnace de Laurent Wauquiez était prématuré », analyse le politologue Luc Gras auprès du JDD. Car la stratégie de la double casquette du Vendéen, c’est-à-dire être à la fois au ministère de l’Intérieur et président de LR, a été adoubée par les adhérents de droite en dépit des arguments portés par l’Auvergnat. Au 20 heures de TF1, le locataire de la place Beauvau lui a d’ailleurs répondu que la question de la participation de son parti au gouvernement avait été « tranchée » par le vote. « Laurent Wauquiez a maintenant tout intérêt à rester tranquille et à bien se placer pour la suite, tout en étant loyal à Bruno Retailleau », explique le spécialiste en stratégie politique.
Si l’ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a subi un revers, ses chances de victoire futures ne sont pas annihilées pour autant. « Laurent Wauquiez n’est pas à enterrer. Il a pratiquement quinze ans de moins que Bruno Retailleau et il se placera en recours si le ministre de l’Intérieur échoue à sa tâche », analyse Luc Gras. « En allant chercher Bruno sur sa participation au gouvernement, Laurent a raté ses thèmes de campagne, mais ses qualités intellectuelles et son intelligence politique restent entières. On aura besoin de lui pour la suite », affirme de son côté le sénateur LR Max Brisson auprès du JDD.
En substance, Laurent Wauquiez devrait maintenant retrouver son point d’appui : la présidence du groupe LR au Palais-Bourbon. Il ne pourra pas toutefois poursuivre sa critique vis-à-vis de Bruno Retailleau et diriger un groupe qui est maintenant dévolu au ministre de l’Intérieur. Surtout si le nouveau patron des Républicains s’immisce dans les décisions internes. Pis, si le Premier ministre François Bayrou décide d’instaurer le scrutin proportionnel, les marges de manœuvre de Laurent Wauquiez seront encore réduites. Car la liste de députés du parti de droite sera alors décidée au sein de l’instance nationale. Les prochains mois devraient donc s’annoncer plutôt calmes pour l’élu de la Haute-Loire.
Mais c’est à l’approche de l’élection présidentielle qu’il pourrait de nouveau se retrouver sur le devant de la scène. Après les municipales en mars 2026, Bruno Retailleau ne pourra pas rester éternellement au gouvernement s’il veut se lancer dans la campagne de 2027. « C’est aussi à ce moment-là que Laurent Wauquiez devra sortir du bois », avance le politologue Luc Gras. Pendant la course à la présidence de LR, les deux candidats ont plaidé pour une primaire interne afin de choisir le prochain prétendant à la magistrature suprême de la droite. Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez pourraient alors de nouveau se retrouver face à face. Au risque que le scénario de dimanche se reproduise… ou que le patron des députés LR prenne sa revanche.
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