Le soleil écrase le court central ce 5 juin 1983. Le pays tout entier attend une victoire tricolore. De retour la veille d’une compétition aux États-Unis avec mes perchistes (qui seront sacrés aux Jeux olympiques l’année suivante), j’écoute la finale sur Europe 1.
Sur un ultime service renvoyé hors du terrain par le Suédois Mats Wilander, Yannick Noah s’impose (6-2, 7-5, 7-6). Il est 17 h 35. Il vient de gagner Roland-Garros. Le public est en délire. Son père, Zacharie, saute de sa loge pour l’embrasser. Son coach, Patrice Hagelauer est là, bien sûr. Le soir même, Yannick organise une soirée d’anthologie dans son village de Nainville-les-Roches en Essonne. Tous les habitants sont conviés et de très nombreux amis. C’est beaucoup plus que sa victoire qu’il veut partager. C’est la marque du cœur. Après les Jeux de Séoul en 1988, je suis associé à sa préparation physique. Quel immense honneur ! Quand il devient capitaine de l’équipe de France victorieuse de la Coupe Davis en 1991, je suis encore dans le staff. Honneur immense, une fois de plus.
Beaucoup plus récemment, en mai 2023, j’assiste à l’inauguration d’une fresque murale à Roland-Garros pour les quarante ans de son titre. Elle retrace les grands moments de sa vie. Victoire, émotion, charisme. Je suis fier d’avoir partagé quelques parcelles de sa gloire.
J’ai aussi travaillé avec Amélie Mauresmo, l’actuelle directrice du tournoi. À l’époque, elle était 125e mondiale et sortait du centre national d’entraînement, le CNE. Ses moyens physiques étaient exceptionnels. Je me souviens également de séances du roi Rafael Nadal. Je l’ai vu plusieurs fois changer de maillot en une heure ou deux, tant il mettait d’intensité dans ses frappes, comme s’il voulait détruire le court ! À propos, savez-vous qu’en fonction des rayons du soleil, la terre battue change de couleur et modifie la vitesse de déplacement des joueurs ? Véridique et vérifié ! Richard Gasquet, lui, va disputer à 38 ans son dernier Roland. J’ai le plaisir de le croiser sur les terrains du Lagardère Paris Racing. Ce garçon est un magicien raquette en main. Et je suis admiratif de sa gentillesse dans ce monde professionnel. Il est de la même génération que Sergueï Bubka junior, ancien tennisman pro et fils du légendaire perchiste. Un jour, je suis en train de discuter avec Bubka père. Un joueur russe, je crois que c’était Andrei Chesnokov, l’interpelle : « À qui parlais-tu ? ». Bubka lui rétorque : « Tu ne sais pas ? C’est l’entraîneur des perchistes français ! »
Pour conclure, je voudrais vous livrer un secret. Si tout le monde sait que le stade des Internationaux de France porte le nom d’un as de l’aviation, tué en héros lors de la Première Guerre mondiale, plus rares sont ceux qui savent que s’y trouvait autrefois une piste… d’athlétisme, éclairée le soir par les réverbères du boulevard d’Auteuil. En 1962, je m’y rendais en scooter. La piste cendrée était réservée aux Parisiens. Je lance un appel à témoins, si quelqu’un a couru dessus, qu’il me contacte, j’aimerais échanger avec lui.
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