
Vendredi soir, devant des centaines de supporters et de curieux venus de toute la France, une imposante statue à la gloire de Bernard Tapie et des champions d’Europe 1993 (photo) a été dévoilée sur le parvis du stade Vélodrome, qui portera désormais le nom de feu le président de l’OM. Trente-deux ans ont passé depuis la première et seule victoire à ce jour d’un club de l’Hexagone en Ligue des champions, mais le fossé est toujours béant entre les « pro » et les « anti ».
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À Marseille, où il est enterré, Tapie restera « le Boss », son surnom depuis les années 1980, quand l’homme d’affaires avait repris un club aussi prestigieux que brinquebalant pour en faire une redoutable machine à gagner. Ailleurs, sa personnalité et ses méthodes divisent encore, parfois furieusement. Tapie, toutes proportions gardées, c’est le point Godwin de toute conversation sur le ballon rond dans notre pays. Ses thuriféraires vantent son énergie folle, ses audaces, ses intuitions. La tête rageuse de Basile Boli face à l’AC Milan (1-0) a contribué à décomplexer un foot français qui se contentait jusqu’alors de magnifiques finales perdues, Euro 1984 excepté. Cinq ans plus tard, le capitaine de l’OM à Munich, Didier Deschamps, soulevait la Coupe du monde.
Pour ses contempteurs, le Parisien de naissance est l’homme de l’affaire de corruption VA-OM, qui jette selon eux un discrédit absolu sur les triomphes de l’époque. Certains estiment même qu’à l’instar de Lance Armstrong, tous les trophées de son ère (1986-1994) devraient être retirés, Ligue des champions incluse. En toile de fond, cette rivalité Paris-Marseille que le repreneur d’entreprises avait mise en scène pour dynamiser – dynamiter ? – le championnat national.
« Les Parisiens seront à jamais les deuxièmes »
Sur le Vieux-Port, où la devise « À jamais les premiers » est entrée dans le langage commun, on vit sur ce titre européen avec un mélange de fierté bravache et de nostalgie. L’OM n’est plus dominant mais reste sans doute le club le plus populaire du pays, les milliers de supporters dans tous les stades de L1 l’attestent. On est également persuadé que la capitale, lieu des pouvoirs, n’a jamais digéré de voir le représentant de la deuxième cité damer le pion au PSG.
La chute de Bernard Tapie, qui a laissé l’OM au bord du gouffre fin 1994 et vécu mille vies avant de se battre avec un courage admirable contre la maladie, serait le fruit de cette jalousie agressive et pas encore étanchée. « De toute façon, même s’ils gagnent le 31 mai contre l’Inter, ils seront à jamais les deuxièmes », raillait-on vendredi soir au pied de la statue. Irréconciliables ?
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