Côté pile, un établissement d’enseignement bien sous tous rapports, soucieux de sa respectabilité et s’affichant comme un rempart contre la radicalisation et le terrorisme. Côté face, une structure de formation des imams à un islam dur, encourageant l’antisémitisme et légitimant les violences contre les femmes. L’Institut européen des sciences humaines (IESH) de Château-Chinon, situé dans le hameau de Saint-Léger-de-Fougeret, au milieu du Morvan, fait partie de ces institutions islamiques dans le viseur du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, qui doit, ce mercredi 21 mai, présenter en Conseil de défense un rapport sur l’organisation des Frères musulmans en France.
Si certaines structures sont facilement détectables en raison des propos haineux tenus en public par leurs prêcheurs, d’autres, comme l’IESH, passent sous les radars en raison de la duplicité de leurs cadres. « Même s’il se défend de tout lien avec les Frères musulmans, l’IESH constitue un puissant relais de cette mouvance en France », écrit le renseignement territorial dans une récente note que le JDNews révèle en exclusivité.
Des cadres proches des Frères musulmans
Pour étayer leur démonstration, les analystes de ce service spécialisé dans l’exploitation des signaux faibles passent en revue les fondateurs de l’institut créé en 1990, lesquels sont qualifiés de « figures incontournables de l’islam politique ». Ainsi, jusqu’en 2017, l’IESH affichait ouvertement sa proximité avec des cheiks de la péninsule arabique ou du Golfe. À commencer par le premier responsable du conseil scientifique de l’IESH : Youssef al-Qaradâwî, guide spirituel des Frères musulmans, décédé en 2022 à Doha, et qui était interdit de séjour sur le territoire français à cause de ses prises de position pro-djihadistes, antisémites, misogynes et homophobes.
Plus de 300 000 euros en billets ont été saisis lors d’une perquisition au sein de l’école
Aujourd’hui, l’IESH est présidé par Mohamed Karmous, un Franco-Helvético-Tunisien considéré par le renseignement français comme « proche voire membre à part entière des Frères musulmans ». Sa femme, Nadia Karmous, est connue pour ses prises de position en faveur du prédicateur suisse Tariq Ramadan, petit-fils d’Hassan al-Bannâ, fondateur de la confrérie. Quant à l’actuel directeur de l’IESH, Larabi Becheri, il a rencontré en 2012 en Turquie le guide spirituel de l’organisation frériste, Youssef al-Qaradâwî, par ailleurs soutien décomplexé du Hamas qui a qualifié la Shoah de punition divine avant d’être interdit d’entrée en France la même année. Cette entrevue avec ce théologien a permis à la chaîne qatarie Al Jazeera de promouvoir l’IESH dans le monde arabe « afin de recruter de nouveaux donateurs », constate le renseignement.
Entrées d’argent suspectes
Car l’IESH a besoin de fonds pour tourner. Officiellement, il est financé par les coûts de scolarité des 200 étudiants accueillis chaque année – dont une vingtaine en moyenne sont fichés « S » par les services de renseignement –, mais aussi par l’organisation de séminaires payants et des dons recueillis auprès des fidèles. L’année dernière, une cagnotte en ligne a réuni 218 032 euros, contre 9 228 euros en 2022. Les cadres de l’école déclarent se conformer à la loi et jurent que plus aucune subvention ne provient de l’étranger depuis l’année 2018. Or, en 2021, la banque qui hébergeait le compte de l’institut l’a fermé à cause de « fortes rentrées d’argent lui semblant suspectes », écrivent les analystes qui soupçonnent Larabi Becheri de s’être fait remettre au moins 40 000 euros en espèce de la main d’un Saoudien en août 2021, qui lui-même se sachant surveillé avait remis l’argent à une tierce personne inconnue des services de police juste avant d’embarquer en Arabie saoudite.
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La justice aussi s’intéresse de près au financement étranger présumé de l’IESH. En décembre dernier, plus de 300 000 euros en billets de banque ont été saisis lors d’une perquisition menée au sein de l’école. L’enquête confiée à l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) porte sur des soupçons de blanchiment, d’abus de confiance ainsi que de non-respect de l’obligation de déclaration de financements étrangers, pourtant inscrite dans la loi de lutte contre le séparatisme adoptée en 2021. « Rien n’a été découvert », avait alors juré le doyen de l’institut.
Double discours « bien rodé »
Officiellement, Larabi Becheri met en avant son attachement aux valeurs de la République. Pourtant, lors d’un contrôle administratif de l’accueil collectif de mineurs mené l’été dernier, plusieurs manquements ont été relevés, ce qui a conduit la préfecture de la Nièvre à fermer les colonies pour les enfants lors des vacances scolaires. Selon les informations recueillies par le JDNews, les services de l’État ont retrouvé plusieurs ouvrages et supports pédagogiques « incitant au djihad, encourageant l’antisémitisme et légitimant les violences contre les femmes », suspectant ainsi une « conception archaïque, fondamentaliste et surtout haineuse de l’islam » et « trahissant un double discours bien rodé, propre à la mouvance frériste», écrit le renseignement. Ces éléments ont été transmis à la Place Beauvau qui étudie désormais « juridiquement » la piste d’une « entrave administrative », selon une source proche du dossier.
Si l’institut est surveillé comme le lait sur le feu, c’est que son influence dépasse largement le territoire de la Nièvre. Il fait des petits un peu partout en France, et même en Europe : Paris, Wales, Birmingham, Francfort, Helsinki… Tous sont regroupés aujourd’hui sous la bannière d’une fédération intitulée Union des instituts européens des sciences humaines et islamiques (UIESHI), dont le président n’est autre que Mohamed Kermous, l’actuel président de l’association qui gère le site de Château-Chinon. Les journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot avaient révélé dans un livre que Mohamed Kermous avait été arrêté en 2007 par les douaniers dans un TGV avec 50 000 euros en liquide, venus directement… du Qatar.
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