Le JDD. La saga Mission : Impossible a-t-elle changé votre vie ?
Simon Pegg. Oui, de manière incommensurable depuis vingt ans que j’y participe. Un privilège d’endosser le rôle de Benji Dunn depuis Mission : Impossible 3 (2006), de J. J. Abrams, six fois en tout ! Il a évolué au fil des aventures : il est passé du statut de geek derrière son ordinateur à celui d’agent de terrain aux côtés d’Ethan Hunt, et j’en suis reconnaissant à Christopher McQuarrie, arrivé au scénario sur le quatrième épisode réalisé par Brad Bird, Protocole Fantôme (2011).
Il avait à cœur de développer mon personnage, excité à l’idée de mettre enfin les mains dans le cambouis. Ceci étant dit, je suis jaloux du fait que Tom Cruise bénéficie des séquences les plus extraordinaires. (Rires)
Vous a-t-il incité à prendre des risques à ses côtés ?
Tom se donne à 100 % pour les besoins du film. Il est prêt à tout, et je pèse mes mots, pour divertir le public. Forcément, quand on se retrouve au contact de l’individu, on essaie d’être à la hauteur. Il s’inquiète constamment pour moi.
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« Ne dites jamais à Tom que telle chose est impossible »
Quand je tournais une scène d’action où je devais me battre, il m’observait et me demandait si ça allait, une vraie mère poule. On a filmé Dead Reckoning (2023), le septième volet, pendant la pandémie. On était confinés dans le même hôtel, on prenait tous nos repas ensemble, une amitié indéfectible est née entre nous.
Alors non, je n’ai jamais fermé la porte quand il me proposait de me dépasser, mais ce qu’il accomplit, j’en suis incapable. Parce que j’aime profondément le cinéma, mais je ne sais pas si je risquerais ma vie au nom de la passion. Car c’est son cas ! Ne dites jamais à Tom que telle chose est impossible : il va toujours dénicher le moyen de contourner les obstacles. Je ne connais aucun acteur à Hollywood, et même dans le monde, qui l’égale. Il nous procure un tel niveau d’émerveillement. De nos jours, on peut tout faire avec les effets spéciaux. Mais voir une star mouiller sa chemise est plus excitant. On s’interroge : « Comment fait-il ? »
Pensez-vous que Mission : Impossible traduit les tourments de la société ?
Absolument. On réfléchit cette fois sur l’intelligence artificielle, qui semblait de la science-fiction au moment de Dead Reckoning… Mais aujourd’hui, c’est bel et bien une réalité. Elle existe, même si on ne comprend pas tous les tenants et aboutissants, ni ce qu’elle peut représenter pour les êtres humains, ni si elle est bonne ou mauvaise.
Chaque film reflète nos préoccupations : on ne veut pas qu’elle nous remplace, ou pire qu’elle nous détruise. On privilégie autant l’intime que le spectacle dans Mission : Impossible. Sinon, l’action est désincarnée et n’a pas de sens. Quand on éprouve de l’empathie pour Ethan Hunt, on a peur pour lui. The Final Reckoning est poignant, sans doute parce qu’il s’agit d’un au revoir.
Mais pas d’un adieu ?
Vous avez un gage : j’offre un chocolat à chaque journaliste qui me demande s’il s’agit du dernier épisode. (Il tend un plateau de gourmandises et éclate de rire). Évidemment que la question est sur toutes les lèvres. Ma réponse est simple : « Il ne faut jamais dire jamais. » Je pense que c’est la fin de la trajectoire d’Ethan Hunt dans l’univers, mais on ignore de quoi est fait le futur. J’ai bien essayé de proposer un spin-off à Christopher McQuarrie en se concentrant sur Benji, mais ça ne tiendrait pas la route. Ce serait une comédie d’espionnage de seconde zone !
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