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4 milliards d’euros pour l’audiovisuel public : enquête sur un système fermé et hors de contrôle



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21 Mai 2025
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4 milliards d’euros pour l’audiovisuel public : enquête sur un système fermé et hors de contrôle
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La scène se passe en province, en avril, lors d’un déplace ment ministériel. Un trottoir, des badauds, quelques élus locaux, et la presse. Ce poids lourd du gouvernement s’arrête, répond aux questions des journalistes, puis baisse la tête : devant lui, une forêt de micros, comme une jungle aux couleurs du service public. France 2, France 3 Régions, France 5, France Info télé, France Info radio, France Inter, France Culture, RFI. Huit micros. Huit rédactions. Huit équipes. « C’était grotesque. Il ne manquait que Fip et l’Ina ! » plaisante-t-il, mi-amusé mi-désabusé. À 4 milliards l’année, l’audiovisuel public a le sens du doublon. Derrière cette scène tragi-comique, un malaise profond.

Le ministre enchaîne : « Il faut arrêter avec ce truc qui coûte un pognon de dingue et qui se marche dessus. » Le ton est familier, mais le constat partagé dans tous les cabinets : l’audiovisuel public français est devenu un monstre budgétaire à l’architecture baroque, aussi coûteux qu’irréformable. En 2025, pour la première fois, l’État lui consacre plus de 4 milliards d’euros. Une somme astronomique, versée sans exigence de résultats clairs, à une nébuleuse de chaînes, radios, antennes et plateformes qui parfois se concurrencent entre elles. Le tout financé par le contribuable, qui n’a plus vraiment son mot à dire.

Millefeuille télévisuel

L’addition commence avec France Télévisions : 2,7 milliards d’euros pour cinq chaînes nationales, des antennes régionales et des bureaux à perte de vue. Viennent ensuite Radio France et ses six stations (France Inter, France Info, France Culture, France Musique, Fip, Mouv’), qui absorbent près de 700 millions. Puis Arte, France Médias Monde (France 24, RFI), l’Ina, TV5 Monde… Un empire de structures juridiquement auto nomes, empilées comme des strates géologiques, où chacun défend son périmètre, ses moyens, ses spécificités.

Un ancien directeur d’antenne résume : « C’est un écosystème qui ne sait plus se remettre en question. Il se justifie par son existence. » Tout y est : les doublons, les chevauchements, les frais fixes exponentiels, les studios partiellement occupés, les services supports démultipliés. Chaque entité a ses propres RH, son juridique, son pôle numérique. Il existe parfois trois équipes différentes pour filmer une interview du même ministre, à la même heure, pour trois antennes du même groupe.

Un système fermé, qui se parle à lui-même, produit pour lui-même et résiste à toute rationalisation

Et personne ne trouve ça absurde. La question n’est pas tant celle du financement que de l’usage. Que produit-on, aujourd’hui, pour 4 milliards d’euros ? Des audiences en recul, une ligne éditoriale parfois floue, une mission de service public qui se dilue à mesure qu’on la proclame. France Télévisions est en perte de vitesse : ses chaînes atteignent difficilement 28 % de part de marché cumulée, malgré les investissements. Radio France reste puissante sur les CSP+, mais décroche sur les jeunes et les CSP-.

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Quant aux plateformes numériques maison, elles coûtent cher pour des résultats confidentiels. En 2023, France Télévisions a consacré plus de 80 millions d’euros à sa stratégie numérique. Le nombre de développeurs dépasse celui de certains pure players privés, pour une plateforme qui peine à exister dans un paysage dominé par Netflix, You Tube ou Twitch. Et pourtant, pas un frémissement de remise en cause. La suppression de la redevance, en 2022, aurait pu être l’occasion d’un électrochoc.

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Elle n’a été qu’un changement d’emballage : depuis, l’audiovisuel public est financé par une fraction de la TVA, une ligne budgétaire noyée dans les documents de Bercy, sans visibilité pour les citoyens… et sans contrainte pour les opérateurs. Le financement est assuré, automatique, dépoli tisé. La rente est installée. Chaque année, les promesses de réforme ressurgissent, et chaque année, elles s’évaporent. La grande fusion Radio France-France Télévisions ? Évacuée. La mutualisation des rédactions ? Repoussée. La simplification des structures ? Trop risquée.

L’impossible réforme?

Derrière la façade de la mission culturelle ou démocratique se cache surtout un monde à part, doté de statuts protecteurs, de conventions collectives avantageuses et d’une capacité de résistance administrative – et syndicale – hors du commun. Le moindre projet d’évolution est interprété comme une tentative de musellement. Et les quelques voix critiques sont aussitôt soupçonnées de vouloir livrer le pays à la télé-poubelle. Il n’est donc plus question de réformer. Il n’est même plus question de poser la question Et pourtant, elle mérite d’être posée.

4 milliards d’euros de dépense publique

Non pas celle de l’existence de l’audiovisuel public – il est légitime qu’un pays comme la France dispose d’un outil de production non marchand, qui fasse place au documentaire, à la création, à la culture. Mais celle du périmètre, de la cohérence, de la dépense. Ce que l’on finance aujourd’hui n’est plus un service, mais une constellation, un millefeuille, une organisation hors-sol. Un système fermé, qui se parle à lui-même, produit pour lui-même et résiste à toute rationalisation. En Allemagne, la ZDF et l’ARD, bien que puissantes, ont rationalisé leur offre et mutualisé leurs rédactions régionales.

En Italie, la RAI, exsangue, a engagé une cure d’austérité. Même la BBC, malgré ses tensions budgétaires, demeure plus lisible, plus cohérente, et rend des comptes. La France, elle, s’offre le luxe de la profusion… Dans un pays où l’on traque les économies à l’hôpital, à l’école, dans les transports ou à l’Université, ce privilège silencieux interroge.

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Le contribuable finance une machine dont il ne connaît ni les rouages ni les objectifs précis. Quatre mil liards d’euros. Ce chiffre pourrait, à la rigueur, être défendu. Mais il ne l’est pas. Car au fond, ce n’est pas tant le montant qui choque que le gouffre entre ce qu’il coûte et ce que les Français en perçoivent. Ils ne savent plus très bien ce qu’ils financent, ni pourquoi.

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